Les Recettes du bonheur

ECRANS | De Lasse Hallström (ÉU, 2h03) avec Helen Mirren, Om Puri, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Aux États-Unis, la mode est aux «book clubs», clubs de lecture pour ménagères qui s'ennuient et qui ne veulent rien tant que lire les bouquins conseillés par Oprah Winfrey puis en discuter entre elles autour d'une tasse de thé. Winfrey est d'ailleurs coproductrice de cette adaptation parfaite pour d'hypothétiques «film clubs».

Au croisement de toutes les modes — la cuisine, l'exotisme, les bons sentiments… Les Recettes du bonheur raconte comment une gentille famille d'Indiens en exil décide d'ouvrir un restaurant dans le Sud de la France, en face d'un établissement étoilé au Michelin. Le fils est évidemment un chef né, capable d'apporter sa science des épices indiennes aux recettes du terroir et d'emballer au passage la jolie française (la Canadienne Charlotte Le Bon) qui bosse chez la concurrence. Lasse Hallström avait déjà fait le coup avec le terrible Le Chocolat : clichés touristiques et saveurs rances, comédie et mélo, casting international jusqu'à l'absurde — rien ne vient justifier dans le scénario que le personnage d'Helen Mirren parle anglais, par exemple…

Le plus embarrassant reste qu'après une heure quarante de cette tambouille insipide en forme de success story éculée, le film place son troisième acte sous l'angle du retour aux vraies valeurs : la cuisine moléculaire, c'est de la frime, rien de tel qu'une bonne vieille omelette ou un bon poulet en sauce. Même dans Top Chef, ils n'osent pas…

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Realive : Un peu réchauffé

Pas fantastique | de Mateo Gil (Esp., 1h42) avec Tom Hughes, Oona Chaplin, Charlotte Le Bon…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juin 2018

Realive : Un peu réchauffé

Atteint d’un mal incurable, un jeune entrepreneur décide de se faire cryogéniser dans l’espoir d’être guéri dans le futur. Réveillé (et “réparé“) 60 ans plus tard, il découvre un monde dans lequel il est un exception. Bien plus qu’il ne croit. Jusqu’où peut-on défier l’ordre naturel des choses ; jusqu’à quel point la science peut-elle se dépourvoir de conscience avant de voir son âme tomber en ruines ? Voilà pour les grandes questions philosophiques — et vieilles lunes de l’anticipation — portées par ce film souffrant malheureusement pour lui de similitudes trop évidentes avec Ouvre les yeux (1998) de Amenábar (dont Mateo Gil a été, justement, le scénariste) et d’une vision aseptisée du futur peu créative, rappelant notamment THX1138 (1973) de George Lucas ou Bienvenue à Gattaca (1997) d’Andrew Niccol. Si l’humanité avait une propension à l’ascèse et à la sobriété, comment expliquer Desigual, les coiffures de footballeurs ou Donald Trump ? Misant un peu trop sur la suresthétisation de l’image e

Continuer à lire

"L'Echappée belle" : Vieux routards que jamais

ECRANS | de Paolo Virzì (It.-Fr., 1h52) avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay… (3 janvier)

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Ella et John ont décidé de rouler vers le Sud à bord de leur vieux camping-car, comme autrefois, mais à l’insu de leurs enfants — ce qui n’est pas pour les rassurer, car John est atteint d’Alzheimer et Ella d’une autre saloperie. Il s’agit sans doute de leur dernière balade en amoureux… L’affiche et la thématique visent les spectateur·trice·s susceptibles de s’identifier à des comédiens avec qui ils partagent, outre les tracas de l’âge, le privilège d’appartenir à une génération “à part” : celle, notamment de la libération sexuelle ou des luttes contre la Guerre au Vietnam. Voir ces témoins du Flower Power sillonner, éberlués, leur Amérique en train de se recroqueviller sur Trump ou se pencher sur les cause de la rupture générationnelle existant entre ces géniteurs décomplexés et leurs enfants bien plus coincés, aurait pu s’avérer captivant. Malheureusement, les considérations socio-politiques passent au second plan, s’effaçant au profit de séquences plus “faciles” en émotions. Et si l’empathie que l’on éprouve pour le duo Mirren-Sutherland atténue l’agacement, elle ne

Continuer à lire

La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’Américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non

Continuer à lire

Hitchcock

ECRANS | Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque (...)

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Hitchcock

Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque l’apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter — et donc de lasser le public — il voit dans l’adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l’histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral. C’est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c’est sa grande qualité — en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs. Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l’ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénariste bellâtre. Tout cela est très juste historiquement — la bio de MacGilligan en avait fait un de ses angles — mais se révèle plus

Continuer à lire

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pratique éculée de la guest écrasante. Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, Valérie Lemercier, Catherine Den

Continuer à lire