PB d'or 2019 : Spectacle vivant

SCENES | 2019 a été riche en spectacles de toute nature, ouverts à tous les publics. Nous revenons sur quelques-uns de ceux qui nous ont le plus marqués.

La rédaction | Mardi 17 décembre 2019

Photo : Philippe Laurençon / Le Pacifique / Ludo Chabert - Ville d'Eybens / DR


Le PB d'or du concours qui donne à la danse la place qu'elle mérite : Podium

Cette année, à l'occasion de ce qui aurait dû être sa dixième édition, le concours de danse contemporaine (Re)connaissance, imaginé par Le Pacifique (lieu dédié à la danse), a troqué son nom pour devenir Podium. Mais au-delà de sa dénomination, l'événement a également changé de formule. Au cours de deux soirées, six solos-duos et six pièces de groupe de compagnies françaises et européennes se sont succédé sur la scène de la Rampe à Échirolles pour proposer 25 minutes de leur œuvre au public et à un jury de professionnels. Avec comme récompense pour les trois vainqueurs, plusieurs dates de tournée chez les dix-sept salles de spectacle partenaires de l'événement et des structures voisines. On l'a souvent répété (et regretté) dans nos pages : les spectacles chorégraphiques tournent souvent moins que les autres. Podium se présente donc comme une belle initiative pour promouvoir la danse et l'inscrire dans une logique de tournée durable.


Le PB d'or du spectacle enthousiasmant : Les 12 Travelos d'Hercule

Fin mai, nous consacrions notre Une à cette aventure née à Grenoble il y a deux ans. Soit des comédiens professionnels qui se réunissent sur scène pour proposer un cabaret drag-queen sur des chansons aux styles on ne peut plus variés – de la pop contemporaine, des vieilleries décalées, du yodel… Costumes impressionnants, prestations en play-back parfaites, travail millimétré sur le jeu… : plus qu'une grosse rigolade (même si ça en est une pour le public), ce spectacle est à placer dans le haut du panier drag-queen que beaucoup convoitent aujourd'hui – on appelle ça un effet de mode. Alors que leur succès au niveau national commence à poindre, ces 12 Travelos (qui sont en fait 8) n'oublient pas Grenoble pour autant : prochaine date samedi 21 mars au Théâtre 145.


Le PB d'or d'une certaine idée de l'intensité théâtrale : Enfin la fin

Une détonation, un plateau plongé dans le noir et, au moment où la lumière se rallume, des spectateurs médusés de voir le comédien à terre, immobile, comme s'il était mort. C'est vrai : dès le début, le personnage unique d'Enfin la fin, de l'auteur autrichien Peter Turrini (né en septembre 1944), annonce son intention de se suicider après avoir compté jusqu'à mille. N'empêche : bien que prévenus à l'avance, nous sommes restés bouche bée devant le final de la pièce, jusqu'alors portée par l'énergie de Florian Delgado, remarquable dans ce rôle complexe. Ce soir-là, dans l'intimité du Créarc, le Théâtre du Risque – compagnie grenobloise – a fait mouche. On est curieux de découvrir ses futures propositions, d'autant que Sébastien Geraci, metteur en scène, aime placer le public au centre de la scène quand c'est possible.


Le PB d'or du spectacle qui fait du bien au moral : Les (Pas Tant) Petits Caraoquets (de conserve)

Voilà un spectacle théâtro-musical qui permet d'échapper à son quotidien et de se rêver chanteur le temps d'une soirée. Avec leur dernière création aussi drôle et poétique qu'ingénieuse et juste, la Compagnie des Gentils nous convie encore une fois dans son univers fantasque. Pendant 1h30, les artistes entraînent le public dans ce karaoké géant, où petits et grands fredonnent ou chantent à l'unisson des airs d'hier et d'aujourd'hui… en français. Avec comme but : aider la famille Gaillard à remplir son accélérateur à particules. Paroles déployées sur des fleurs, sur les voiles d'un bateau ou encore via un astucieux système d'étendoir, chaque morceau est la preuve de l'imagination sans borne – même le ciel ne semble pas être une limite pour eux – de cette troupe. Avec une fin surprenante. Brillant et touchant !


Le PB d'or du spectacle qui semble avoir fait l'unanimité : Campana

« Alors on y va ? – Moi aussi ». Il y a chez Titoune et Bonaventure Gacon les mots de Beckett. Non, ils ne les disent mais nous les entendons car Campana évoque par bribes l'humanité déchirée et la tentation de chacun à raccommoder les morceaux. Sans cesse, sans s'épuiser (quoique) mais pour rester debout. La trapéziste et le clown susurrent plutôt des phrases de Jean-Loup Dabadie et Serge Reggiani, tout en explorant les tréfonds de leur piste qui les aspire et le régurgite comme une grosse marmite où bouerait la face immonde du monde, à moins que ce soit le dernier refuge. Il y a tout cela dans la dernière création du Cirque Trottola et aussi deux musiciens indispensables à la cohérence et la vitalité de ce spectacle : Thomas Barrière (batterie, guitare) et Bastien Pelenc (violon, clavier, voix, clochettes) emmènent très haut ce spectacle majeur.


Le PB d'or du festival nécessaire : Regards croisés

Des comédiens et des comédiennes qui, sur scène, lisent des pièces inédites de théâtre contemporain : sur le papier, on a vu descriptif plus sexy. Pourtant, ce que fait le collectif grenoblois Troisième bureau depuis 2000 est capital pour la vitalité du spectacle vivant, et pour ne pas qu'on se fade sur les plateaux uniquement des pièces d'auteurs décédés depuis des centaines d'années. Alors merci à eux, et vivement la vingtième édition prévue en mai au Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas – parce qu'en vrai, c'est vraiment sympa leur concept !

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