Lionel Martin : rhino féroce

Jazz | C'est aux commandes d'un EP tellurique en faux "Solo(s)" entièrement enregistré en extérieur avec Bertrand Larrieu qu'est réapparu cet automne, sans jamais avoir pourtant disparu, le saxo tellurique de Lionel Martin à la conquête des vibrations du monde et de ses dimensions parallèles.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 décembre 2020

Photo : © Bertrand Gaudillère


Quiconque a un jour évoqué la personne de Lionel Martin aura souligné à quel point l'animal est singulier. Dans ses recherches musicales comme dans ses manières de les restituer et d'occuper le terrain, à commencer par la rue. Car c'est précisément, dans la rue, son jardin de grand enfant préféré que Lionel Martin est allé enregistrer son dernier projet. Un EP sobrement baptisé Solo(s).

Après, entre deux embardées éthio-machinchose avec Ukandanz, un duo avec le pianiste bulgare Mario Stantchev à la remorque de la musique de Louis Moreau Gottschalk et un détour du côté de chez Count Basie et son Afrique, en compagnie de Sangoma Everett (un bon jazzeux est d'abord un jazzeux qui sait s'entourer), Martin est donc descendu en bas de chez lui — on exagère à peine — pour se livrer à une expérimentation brute. Comme si à travers son instrument, le saxophoniste faisait passer ses tripes pour les poser sur une table en forme de trottoir.

Signée Robert Combas

Bon, en réalité, Martin est allé ici et là, sous une éolienne, dans un grenier, a visité la Beauce ou la Loire, arpenté le métro avec ce que cela peut produire d'accidents bienvenus — on apprend ainsi via une annonce métropolitaine que le morceau Fiction fut enregistré pendant un mouvement de grève. Au vrai, l'instrument précité est surtout une antenne par laquelle transitent les vibrations du monde alentour et que Martin restitue en un grondement quasi métaphysique, un genre de chant de la terre. En cela, Solo(s), si sublimement capté par Bertrand Larrieu, qu'il eut pu s'intituler Duo(s), est une sorte de fascinant tour de transe post-jazz au cœur d'une dimension parallèle et psychédélique et à vrai dire un peu en ruine.

On ne s'étonnera donc guère que la pochette de ce vinyle 5 titres fût signée Robert Combas, l'artiste au monde chatoyant derrière l'esthétique du Rhino Jazz qui a fait de Martin son rhino à corne sonore en zoomant sur l'affiche de la dernière édition du festival auquel les deux ont partagé un genre d'atelier au long cours. Singulier animal que ce Martin-là qui sans ménager sa monture, c'est-à-dire lui-même, vous fera voyager loin, très loin. Après un bon quart de l'année sans sortir on composte son billet les yeux fermés.

Lionel Martin & Bertrand Larrieu, Solo(s) (Cristal Records / Ouch Records)

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lionel Martin, un souffle continu

Jazz | Sax pas commun, label manager au plaisir, animateur de rues par tous temps, Lionel Martin s'engouffre à l'Ambuscade ce jeudi en compagnie de collègues de Ukandanz. Cuivré.

Sébastien Broquet | Mercredi 27 novembre 2019

Lionel Martin, un souffle continu

Vous le croisez dans la rue, devant l'Opéra de Lyon où il aimait à se poser avant travaux, donnant rendez-vous en ce spot qu'il appelle « son bureau », ou encore sur la passerelle du Palais de Justice, sax en bouche et pédales d'effets voisinant avec le sac de vinyles. Ou encore, dans une salle de concert style Périscope, croisant le fer avec Sangoma Everett, batteur mythique installé encore récemment du côté de Bellecour, qui œuvra derrière Dizzie Gillespie, Branford Marsalis ou Archie Shepp. Possiblement, vous l'avez vu gesticuler aux Nuits de Fourvière, en ouverture d'Iggy Pop, pour un concert resté mémorable car un poil bruitiste — son instrument l'avait lâché en cours de route. Vous l'avez sinon peut-être vu en squatt, à La défunte Miroiterie à Paris, où son pote Férid Kaddour, éditeur de Gilbert Shelton, lui avait fait rencontrer Steve McKay, autre grand dingo du saxo devenu mythique en tant que membre des séminaux Stooges au début des 70's. Ukandanz Lui, c'est Lionel Martin, m

Continuer à lire

Comment ça va avec la douleur ? : "Rester vivant - méthode"

Aïe ! | de Erik Lieshout (P-B, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Comment ça va avec la douleur ? :

De la douleur surmontée naît la création poétique. Tel est le postulat de l’essai signé par Michel Houellebecq en 1991, Rester vivant, méthode. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie — schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain “Vincent“, artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit du seul “personnage“ fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de

Continuer à lire

Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Saint Fons Jazz | Ouch! Records, c'est un label, axé vinyles et dépourvu d'œillères, œuvrant sur les crêtes du jazz, là où le punk s'effiloche. Mené par le saxophoniste très stoogien Lionel Martin, rééditant des raretés de Louis Sclavis ou de Ukandanz (qui vient de s'arrêter), mettant en lumière l'illustre Louis Moreau Gottschalk, Ouch! s'offre un concert spécial sous patronyme O.S.L.Ø., réunissant pour le Saint-Fons Jazz la crème des musiciens du label, dont Louis Sclavis. Conversation.

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Lionel Martin : Je le trouvais trop long, le premier Ukandanz, en CD. Tu décroches. Trop d'intensité ! En vinyle, Yetchalal, tu l'as sur quatre faces, tu respires, tu retournes, et c'est reparti. Tu arrives à la fin, tu as le temps d'avoir encore faim. C'est aussi le sens du vinyle : la contrainte de temps. Expliquons : Ouch! Records, c'est donc un label, dédié au vinyle principalement, pour des éditions limitées à 500 exemplaires. Lionel Martin : L'histoire commence vraiment avec Ukandanz. Ce premier album méritait d'être remis en lumière, d'être découpé différemment. C'est mon préféré ! J'ai décidé de monter un label pour le ressortir, sous forme d'un bel objet, un peu de collection. Qui dit collection, dit jouer sur la rareté. Je suis collectionneur de vinyles, aussi : j'ai passé pas mal de samedis matin à me lever de bonne heure pour aller faire les brocantes. Je ne le fais plus depuis quatre ans, trop de monde, trop de professionnels : c'est stressant. Et les prix ont explosé. Ce qui me désespère, surtout quand des gens font de la spéculation sur des di

Continuer à lire

A Vaulx, du jazz à foison

MUSIQUES | Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

A Vaulx, du jazz à foison

Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

Continuer à lire

Au-dessous des volcans

MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Au-dessous des volcans

«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

Continuer à lire

On n’arrête pas le Combas

ARTS | 97 374 visiteurs… Tel est le chiffre de fréquentation qu’a obtenu la (très longue : presque cinq mois !) rétrospective Robert Combas au Musée d’art (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 20 août 2012

On n’arrête pas le Combas

97 374 visiteurs… Tel est le chiffre de fréquentation qu’a obtenu la (très longue : presque cinq mois !) rétrospective Robert Combas au Musée d’art contemporain (MAC). Si le MAC s’apprête maintenant à accueillir une exposition plus attendue et plus originale autour des liens entre John Cage et Erik Satie, Robert Combas et le mouvement de la Figuration Libre en général continuent d’avoir une actualité à Lyon. La Bibliothèque de quartier du 3e Arrondissement expose en effet, jusqu’au samedi 29 septembre, plusieurs estampes originales de représentants de ce courant : François Boisrond, Robert Combas, les frères Di Rosa, mais aussi d’autres artistes figuratifs travaillant dans cet univers esthétique, comme les Lyonnais Jean-Philippe Aubanel et Bernard Pelligand… Françoise Lonardoni, chargée des collections contemporaines de la Bibliothèque Municipale de Lyon, donnera une conférence le vendredi 14 septembre à 18h autour des liens entre la Figuration Libre, les graffitistes américains et la création des années 1980 en général. Jean-Emmanuel Denave

Continuer à lire

Combas lasse

ARTS | À travers plus de 600 œuvres, le Musée d'art contemporain remet sous les feux de la rampe le peintre de la Figuration libre, un peu oublié, Robert Combas. Malgré son indéniable talent et sa puissance d'imagerie, sa peinture nous laisse indifférent sur le plan plastique et émotionnel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 1 mars 2012

Combas lasse

Nous sommes en province en 2005, le pouvoir d'attraction de prêteurs d’œuvres et le budget du Musée d'art contemporain (MAC) ne sont pas illimités. Avec les moyens du bord, le MAC a alors la bonne idée d'organiser une exposition Warhol dévoilant une face méconnue de l'artiste, son "œuvre ultime". L'événement est intéressant et réussi et, mieux encore, le public s'y précipite (autour de 150 000 visiteurs). À l'époque déjà, conservateurs et pouvoirs publics ont les yeux rivés sur les chiffres de fréquentation des lieux culturels. La belle et astucieuse exposition de la Pop star Warhol se retourne alors en obligation un peu cauchemardesque : réitérer régulièrement ce genre d'événement «blockbuster». D'où les rétrospectives Keith Haring (sympathique), Ben (vide) et, aujourd'hui, Robert Combas. Soit un artiste relativement facile d'accès et connu, soutenu par une bonne campagne de communication. En plus, l'artiste a eu

Continuer à lire

Podcast / Débat critique sur Combas au Mac de Lyon

ARTS | Le Musée d’art Contemporain de Lyon ouvre sa grande exposition Robert Combas intitulée Greatest Hits, jusqu’au 15 Juillet 2012. Qu’en est-il de cette tentative de réhabilitation d’un artiste connu mais souffrant également d’une image du passé, celle des années 80 ?

Dorotée Aznar | Mercredi 29 février 2012

Podcast / Débat critique sur Combas au Mac de Lyon

Date de première diffusion:  28 Février 2012Emission n°99 Durée: 29’45 minInvité: Cécile Carretti, responsable galerie Confluences IUFM; Hugo Pernet, artiste; David Gauthier, critique, commissaire et responsable des affaires culturelles à l’ENS Lyon.Contenu: Le Musée d’art Contemporain de Lyon ouvre sa grande exposition Robert Combas intitulée Greatest Hits, jusqu’au 15 Juillet 2012. Qu’en est-il de cette tentative de réhabilitation d’un artiste connu mais souffrant également d’une image du passé, celle des années 80? Chroniques: Marie Bassano et Simon Feydieu font parler Robert Altman et son ‘Short cuts’ dans leur capsule cinématographique; Quentin Maussang ouvre un nouveau chapitre de son histoire de l’art avec la chanson ‘brut, libre, putain il faut vivre’ en miroir de l’exposition Combas (avec Matthieu Schmittel pour la guitare solo et les choeurs, et Matthieu Peyraud pour la production). Liens utiles : Site web de Robert Combas Re

Continuer à lire

Figurer, défigurer, transfigurer

ARTS | Panorama / Après une Biennale d'art contemporain assez exceptionnelle, la saison expos se poursuit avec une grande rétrospective attendue consacrée à Robert Combas et une multitude d'expositions plus discrètes et curieuses dans les galeries. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

Figurer, défigurer, transfigurer

Après Warhol, Keith Haring et Ben, Le Musée d'Art Contemporain ouvre grand ses trois étages (du 24 février au 15 juillet) à l'un des héros de la Figuration Libre (aux côtés de Hervé Di Rosa, François Boisrond...) Robert Combas né en 1957 à Lyon où il passa sa crise d’œdipe avant de rejoindre Sète en 1961. C'est la première grande rétrospective consacrée à cet artiste ultra prolifique avec quelque 300 œuvres ressemblant à autant de jungles visuelles. Le parcours d'exposition sera rythmé en musique par une playlist rock concoctée par Combas et, au dernier étage du musée, l'artiste sera présent pendant deux mois pour créer de nouvelles œuvres sur place, jouer de la musique ou inviter d'autres artistes... En février aussi, à la galerie Pallade (du 2 février au 24 mars) et à la galerie Confluence(s) de l'IUFM (du 3 février au 23 mars), c'est une grande figure de la Figuration Narrative cette fois, Jacques Monory, qui viendra à Lyon présenter des œuvres récentes ou historiques. Proches de l'objectivité photographique, ses toiles à forte dominante bleue, représentent généralement des scènes de meurtres, de violence ou de rues, aussi frappantes qu'én

Continuer à lire

Robert Combas, Greatest hits

ARTS | Après Warhol, Keith Haring et Ben, c’est au tour du peintre Robert Combas de remplir les trois étages du Musée d’Art Contemporain et d’attirer le plus de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 septembre 2011

Robert Combas, Greatest hits

Après Warhol, Keith Haring et Ben, c’est au tour du peintre Robert Combas de remplir les trois étages du Musée d’Art Contemporain et d’attirer le plus de spectateurs possibles pour une rétrospective «blockbuster». Une rétrospective annoncée comme bon enfant et rock’n’roll : l’artiste de la figuration libre, né en 1957, travaillera dans le musée durant son exposition, accompagnera le parcours chronologique de ses œuvres par une bande-son et invitera régulièrement des groupes de musique et des artistes proches sur une scène cabaret au sein du MAC ! Du 24 février au 15 juillet 2012, au Musée d’Art Contemporain.

Continuer à lire