Little big man

SCENES | Avec "Mort d’un commis voyageur", Claudia Stavisky semble avoir trouvé la matière pour synthétiser tout ce qu’elle a expérimenté jusqu’ici au théâtre. De facture classique et sans fioriture, sa mise en scène va à l’essentiel : un texte déchirant et des acteurs au centre du jeu. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 7 octobre 2012

Photo : © Christian Ganet


Quand des structures métalliques planes traçant les contours des pièces d'un appartement descendent des cintres, la patte Stavisky est là, tissant un fil évident avec ses précédents spectacles (Une nuit arabe et Le Dragon d'or). Ce qu'elle construisait à la verticale est désormais un aplat grâce à son scénographe Alexandre de Dardel.

En évitant le décor de carton-pâte (à l'exception des scènes, trop impersonnelles, se jouant dans un restaurant) et en rendant transparent son plateau, elle laisse ainsi s'installer pleinement des personnages qui peuvent jouer la simultanéité de leur vie présente et leurs errances d'hier. Claudia Stavisky avait déjà travaillé avec un plateau vide (Lorenzaccio) ou avec le synchronisme (le diptyque de Schimmelpfennig) ; elle avait aussi déjà brisé dans La Femme d'avant en 2006 le rapport scène-salle de manière très cinématographique.

Les personnages, accablés par leur vie trop lourde à porter, oublient parfois de jouer face au public, mais le spectateur ne perd pas leur trace, comme si une caméra prenait le relais de notre regard — guidé en fait par la lumière de Franck Thévenon. Ici, Willy Loman, représentant commercial ambulant, vient de perdre son emploi. Ses fils ne sont pas à la hauteur de ses attentes et sa vie se rétrécit dans une ville, New York, qui paradoxalement ne cesse de s'agrandir mais où il étouffe. Claudia Stavisky traque sa douleur dans son corps pantelant.

Être quelqu'un

Sans faire un vaste exposé sur le monde post-crise de 1929, Arthur Miller ausculte en 1949 avec cette grande œuvre les petites et grandes désillusions d'un monde qui s'effrite en scannant une famille américaine moyenne. L'emprunt les gangrène, vendre est l'unique horizon (ce propos fait aujourd'hui la force du théâtre de Joël Pommerat) et leur rêve est d'«un jour posséder une chose avant qu'elle ne soit foutue».

Ce texte, plus sombre qu'Arthur Miller ne le considérait, pourrait être d'une criante actualité. Il est en fait intemporel et les petites touches d'actualisation que lui confère Claudia Stavisky dans sa traduction sont un brin superflues même si elles reflètent le langage populaire des alentours de Brooklyn.

Car rien n'est plus fort que lorsqu'elle accorde une totale confiance à ses comédiens : les fils ont une complicité que leurs franches engueulades n'altèrent pas, François Marthouret se désagrège pendant qu'Hélène Alexandridis, en amoureuse aveugle et totale, est plus que poignante lorsqu'elle explique à ses enfants à quel point son petit mari VRP est aussi un grand homme dévoué à sa famille. L'homme n'est rien de plus que ce qu'il est ; la mise en scène de Claudia Stavisky aussi.

Et cette modestie est largement suffisante pour attraper le spectateur et l'émouvoir. «Tu veux pas les brûler tous ces rêves bidons avant qu'il arrive une catastrophe ?» lance le fils Biff à son père. Et si c'était là le principal ? Remettre l'humain au centre du monde et l'acteur au centre du plateau.

Mort d'un commis voyageur
Aux Célestins jusqu'au 31 octobre

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Galilée éclairé

SCENES | En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Galilée éclairé

En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins jusqu'au 1er décembre) son meilleur spectacle depuis Blackbird (2008). Dans un décor clos tout en hauteurs, dans lequel Galilée se calfeutre, étouffe et travaille à notre discernement, elle signe une mise en scène sobre qui rend grâce à ce mathématicien pour qui le but des sciences est de « poser une limite aux erreurs infinies ». Au XVIIe siècle, Galilée n'a eu de cesse de s'opposer aux lois divines et d'étayer, via l'observation des astres, les hypothèses de Copernic avant lui : la terre tourne autour du soleil. Dans ce texte dont l'écriture est entamée au commencement de la Seconde Guerre mondiale et sera révisé jusqu'à la mort en 1956 de Brecht, le dramaturge dit l'impossible humilité de l'humain face à l'univers et les ravages des dogmes religieux, ridicules, tellement ridicules. Ph

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Fait maison

SCENES | Si Joris Mathieu passe son tour après des années foisonnantes (reprise de son très dark Frères sorcières et tournée d'Artefact et Hikikomori, souvent à l'étranger), (...)

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Fait maison

Si Joris Mathieu passe son tour après des années foisonnantes (reprise de son très dark Frères sorcières et tournée d'Artefact et Hikikomori, souvent à l'étranger), c'est Christian Schiaretti qui sera le directeur de structure le plus prolifique. Initialement en poste jusqu'au 31 décembre 2019, il sera finira en fait son contrat fin de saion 2019-20 et coordonnera bien le centenaire du TNP en 2020. Dans les prochains mois, il sera omniprésent : outre la reprise de La Leçon (mai) et la création de La Voix humaine avec la magnétique Sylvia Bergé-de-la-Comédie-Française (octobre), il s'attelle à deux mastodontes : Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac (mars), fable cruelle dont Antonin Artaud fut le premier "montreur" et L'Échange de Paul Claudel (décembre). Au vu de l'explication de texte qu'en a faite Schiaretti lui-même lors des Langagières (festival réitéré en mai), il est sûr que sa lecture en sera acérée, infiniment réfléchie tant la diction et les césures qu'il en a alors proposées étaient soupesées « Il faut respecter le vers clau

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Un simple constat

SCENES | Elle plie le linge de son fils sans nervosité particulière. Tout est calme si ce n'est sa petite sœur un peu survoltée qui lui annonce, par voies détournées, (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 septembre 2017

Un simple constat

Elle plie le linge de son fils sans nervosité particulière. Tout est calme si ce n'est sa petite sœur un peu survoltée qui lui annonce, par voies détournées, qu'elle est enceinte. Peut-être que ces vêtements, elle pourra les récupérer pour son petit à venir ? Non, il ne vaut mieux pas. Tout n'est pas si simple et déjà ça grince. Le texte de l'Américain David Lindsay-Abaire est ainsi construit : par strates, presque par devinettes car il traite de l'indicible : la mort d'un enfant. Dans cette entame de spectacle, ce procédé narratif s'avère un tantinet lénifiant, car dans cette maison de la middle class US, les sujets de conversation sont pauvres : offrir un set de salle de bain, jouer au tennis... Peu à peu l'intrigue va se densifier pour se resserrer autour de ce sujet tragique et les comédiens, de concert, vont s'engouffrer plus puissamment dans leur rôle. Claudia Stavisky, qui persiste avec raison à imposer sur le plateau des Célestins des auteurs vivants, contemporains, souvent anglophones (Harrower, Barker, Skinner...) trouve là une matière sobre, qui est universelle (le chagrin) mais ne prétend pas être

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D'une bataille à l'autre

SCENES | « Je ne suis pas en paix avec la vie. Ça n'existe pas. » Galactia, lucide et torturée, gravite autour d'un homme engagé par ailleurs, qui la malmène, et (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

D'une bataille à l'autre

« Je ne suis pas en paix avec la vie. Ça n'existe pas. » Galactia, lucide et torturée, gravite autour d'un homme engagé par ailleurs, qui la malmène, et du pouvoir politique venant de lui confier une grande mission : peindre la bataille de Lépante que les Vénitiens viennent en 1571 de gagner, face aux Ottomans. Là où le doge ne voit qu'un triomphe, elle est hantée par le carnage et les milliers de victimes. Elle fera le Tableau d'une exécution. Howard Barker, historien de formation, aime à puiser dans le réel un support à sa réflexion qu'il déploie depuis plus de quarante ans dans ce qu'il a lui-même nommé "le théâtre de la catastrophe", sorte de retour à l'essence humaine dans le grand maelström du monde. Christiane Cohendy porte durant plus de deux heures cette femme aux convictions affirmées mais qui ne s'exonère pas de ses fêlures et fragilités. Claudia Stavisky parvient à l'orienter vers cette dualité, comme elle l'avait fait avec Marie Bunel

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Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Port-au-Prince, dimanche 4 janvier

ECRANS | À l’affiche cette saison des Célestins dans Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau (pour lequel il était nommé au Molière du comédien dans un spectacle (...)

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Port-au-Prince, dimanche 4 janvier

À l’affiche cette saison des Célestins dans Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau (pour lequel il était nommé au Molière du comédien dans un spectacle de Théâtre public), François Marthouret est aussi réalisateur. Après plusieurs téléfilms, il a ainsi signé Port-au-Prince, dimanche 4 janvier (2015) un long-métrage adapté d’un roman de Lyonel Trouillot, Bicentenaire, retraçant les événements survenus en 2004, lorsque le peuple haïtien s’est soulevé contre le président Aristide. Le cinéaste viendra le présenter lors d’une projection spéciale. Au CNP Bellecour le mercredi 1er juin

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Des affaires sans folie aux Célestins

SCENES | Quand le rideau se lève sur Les Affaires sont les affaires (1903), le décor beau, imposant et presque sobre (dépourvu de toutes les babioles afférentes à un (...)

Nadja Pobel | Vendredi 11 mars 2016

Des affaires sans folie aux Célestins

Quand le rideau se lève sur Les Affaires sont les affaires (1903), le décor beau, imposant et presque sobre (dépourvu de toutes les babioles afférentes à un intérieur bourgeois) donne cette fâcheuse impression d’être revenu des décennies en arrière et d’assister à une séquence d’Au théâtre ce soir. La scène inaugurale entre une épouse sage et trop brushée et sa fille ado révoltée, les cheveux en bataille, n’arrange pas le tableau d’une opposition trop caricaturale. Quand l’intrigue progresse, Claudia Stavisky tente d’introduire un peu de contemporanéité avec une télé écran plat. Raté ! L’émission diffusée est commentée par un homme se revendiquant d’antan, Stéphane Bern. L’animateur nous parle d’un château occupé par monsieur Lechat, parvenu qui s’est construit une fortune en escroquant à tout-va, s’est acheté un journal et s'essaye désormais à la politique, en mentant sur ses convictions. Toute ressemblance avec Bernard Tapie et Silvio Berlusconi est bienvenue. Mais la metteur en scène a la délicatesse de ne pas les singer. À chacun sa cassette Et voilà que son travail trouve alors sa vitesse de croisière. Grâce notamment à son

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Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

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C’est en 1993 qu’elle apparait au cinéma. Julie-Anne Roth est castée par Cédric Klapisch dans le film générationnel qu’est Le Péril jeune, après un petit rôle dans La Reine Margot, où elle est l’amie féministe de la bande. Elle n’a que 19 ans et vient à peine de découvrir le théâtre. Alors en fac de lettre, elle veut devenir chef opérateur et préparer la FEMIS, «mais pour filmer les gens, il me fallait comprendre ce que c’est que de jouer». Elle suit donc les cours du soir de Pierre Debauche qui l’encourage à fréquenter son école à plein temps. Après trois années en compagnie à Agen, elle veut «apprendre encore et rencontrer des personnes de mon âge, créer des amitiés car c’est important dans ce métier qu’il est difficile de faire seul». Ce sera donc le Conservatoire national à Paris dont elle sort diplômée en 1999, déjà remarquée par les professionnels et nommée aux Molière en 1997 pour son rôle dans Sylvia (mise en scène par A. R. Gurney). Stuart Seide l’emmène (ou la ramène) à Shakespeare. De l’auteur britannique, elle dit «vouloir jouer tous les rôles féminins» ! «Quand j’ai lu Shakespeare, j’ai eu l’impressio

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Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

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Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

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C’est ce qui s’appelle un été pourri : non seulement Météo France a enregistré, sur la période juillet-août, le plus fort cumul de précipitations dans l’Hexagone depuis 1959, mais comme si cela ne suffisait pas, Christian Schiaretti, directeur du TNP, a dû en plus affronter des vents contraires. Pour son retour au festival d’Avignon après des années de disette sous l’ère Archambault-Baudrillier, son didactique quoique passionnant Mai, juin, juillet s’est en effet pris une volée de bois vert de la part de la presse nationale, en même temps que le poste d’administrateur général de la Comédie Française lui échappait. Son dossier ayant mystérieusement disparu entre la rue de Valois et le palais de l’Elysée, il n’a jamais été remis au chef de l’Etat qui a choisi Éric Ruf, aux dépens également du candidat dépêché en dernière minute (Stéphane Braunschweig ) par l’ex-ministre de la culture Aurélie Filippetti. Les camouflets sont une denrée bien partagée. Toujours est-il qu’au TNP, dont il reste directeur au moins jusqu’en 2016, il n’avait de toute façon pas prévu de création en 2014-2015, notamment à cause de la diminution de son budget, amputé de 250 000€ (sur un total

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Nadja Pobel | Vendredi 27 septembre 2013

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4, 3, 2, 1, top ! Maggie entre en scène et se lance dans un monologue assourdissant. Elle dit tout : sa douleur de ne plus être aimée par son mari adoré, son inquiétude que les beaux jours soient autant de lointains souvenirs, et en même temps son immense optimisme, presque maniaque, que tout revienne à la normale. Sans faux-semblant, la divine Laure Marsac se jette sur ce texte éblouissant de Tennessee Williams comme son personnage s’accroche vaille que vaille à son homme, Brick (Philippe Awat, plus proche de Bruce Willis dans Piège de cristal que de Paul Newman dans le film de Richard Brooks). Pour ce huis-clos étouffant, créé et joué 44 fois en plein air à Grignan cet été, Claudia Stavisky signe une mise en scène appliquée, sans grande surprise et de facture classique, mais portée par des acteurs investis, notamment Alain Pralon, qui sait donner les nuances nécessaires à l’expression de la complexe personnalité du beau-père de Maggie. Du lit au bar, du bar au lit en passant par un canapé et un mini dressing, les personnages ont beau s’agiter, aller et venir, c’est b

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Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

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TNP Christian Schiaretti monte Le Roi Lear de Shakespeare (du 10 janvier au 15 février) à la demande de (et avec) l’acteur rocailleux et monumental Serge Merlin. Le comédien avait déjà interprété ce rôle sous la direction de Matthias Langhoff avec une grosse machinerie dont il souhaite se débarrasser ici. Ca tombe bien, Schiaretti n’a pas son pareil pour mettre en avant le texte, ici traduit par Yves Bonnefoy. Célestins Déjà joué 44 fois cet été dans la cour du château de Madame de Sévigné à Grignan, Chatte sur un toit brûlant, mis en scène par Claudia Stavisky, ouvrira durant un mois (du 19 septembre au 20 octobre) la saison des Célestins. Théâtre de la Croix-Rousse Bells are ringing, c’est la création dont Jean Lacornerie rêve depuis longtemps. Triomphe à Broadway dès sa création en 1956 avant d’être porté à l’écran par Vincente Minelli, ce spectacle n’a jamais encore été joué en France. Ce

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Benjamin Mialot | Mardi 18 juin 2013

Nocturne américain

«Quand on a vu le film, on n’a pas vu la pièce» nous affirmait Claudia Stavisky au moment du dévoilement de la création de Chatte sur un toit brûlant en mars dernier. Et pour cause : Tennessee Williams lui-même détestait cette adaptation, pourtant portée avec un charisme foudroyant par le duo Elizabeth Taylor / Paul Newman. Point de stars US cet été, mais la grande Laure Marsac, Pirate césarisée de Jacques Doillon en 1985 (à 14 ans !) qui arpente depuis les plateaux de théâtre et de tournage, dans le rôle de Maggie, et Philippe Awat, un autre habitué des planches, dans le rôle de Brick. Et c’est dans la nuit drômoise, en lieu et place du Mississippi, que le couple va se distendre, alors que la famille Politt célèbre le soixante-cinquième anniversaire de son patriarche. Lui noie dans l’alcool la perte de son meilleur ami tandis que son frère aîné spécule pour récupérer le domaine de plantation de coton du père ; elle tente en vain de sauver son couple, comme une lionne. Ou comme une chatte qui resterait sur son toit brûlant jusqu’à ce que l'air redevienne respirable et la vie possible.

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Nadja Pobel | Mercredi 5 juin 2013

Festin aux Célestins

Bien sûr, nous sommes aux Célestins, un des théâtres d’excellence de la région, où ce sont les mots qui sont portés aux nues au fil des très nombreux levers de rideaux (270 lors de la saison qui vient de s’écouler). Ce sont toutefois des chiffres qui nous permettront d’y voir plus clair dans sa saison 2013/2014 : un tiers de spectacles mis en scène par des femmes, dont la moitié écrits par la gente féminine, cinq grands maîtres du plateaux (Bondy, Ostermeier, Lupa, Goebbels, et Vogel), neuf pièces internationales, un tiers de la programmation composée de compagnie de la région Rhône-Alpes (Nöjd, Haut et Court…). Des locaux et des stars Du côté des mots, les premiers à résonner seront ceux de Tennessee Williams avec Chatte sur un toit brûlant, créé cet été au Château de Madame de Sévigné à Grignan (44 représentations !) et repris dès le 19 septembre. Autre résident (temporaire), le circassien Mathurin Bolze qui présentera en novembre Ali + Nous sommes pareils à des crapauds qui dans l’austère nuit… (attention, titre à rallong

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«La Lucidité n’est pas sombre»

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Nadja Pobel | Mardi 9 octobre 2012

«La Lucidité n’est pas sombre»

Est-ce que vous montez ce texte aujourd’hui précisément parce que nous sommes en temps de crise ?Claudia Stavisky : Un choix n’est jamais indépendant du contexte actuel. Le théâtre est là pour être le miroir de nos vies, de nos sociétés. Mais cette pièce-là je l’ai choisie car c’est d’abord un monument de la littérature contemporaine, c’est aussi grand que du Shakespeare, du Tchekhov et aussi parce que l’histoire de cette famille nous parle de façon très contemporaine non pas de la crise - car ce n’est pas une pièce conjoncturelle - mais du devenir des êtres quand leurs rêves sont brisés. Je n’ai pas eu de déclic par rapport à l’actualité. J’y ai pensé il y a cinq ans à la monter. C’est une pièce qui a toujours été dans ma tête. C’est le théâtre de mon enfance en quelque sorte. Quand j’étais petite à Buenos Aires, c’était ce genre de pièce-là qui me donnait envie de faire du théâtre. Elle a toujours été avec moi. Mais pourquoi maintenant ? Probablement parce que l’écho est assourdissant avec notre réalité quotidienne et aussi parce que je me suis sentie probablement mûre pour l’attaquer. Vous l’avez traduite. Avez-vous voul

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From Russia with Love

SCENES | Comment s'est mise en place la collaboration avec le Maly Drama Théâtre ?Claudia Stavisky : Le Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg est venu à plusieurs (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 15 mars 2012

From Russia with Love

Comment s'est mise en place la collaboration avec le Maly Drama Théâtre ?Claudia Stavisky : Le Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg est venu à plusieurs reprises aux Célestins. La dernière fois, c'était en 2008, avec Vie et destins, un spectacle qui avait très fortement marqué le public lyonnais. Avec Lev Dodine (qui dirige le Maly Drama Théâtre depuis 1993, NdlR), une relation très forte s'est nouée, entre nos deux personnes, mais également entre nos deux maisons, alors même que nous avions des cultures, des modes de fonctionnement et de production très différents. Nous avons donc décidé d'aller au-delà d'un simple accueil de spectacles. Le Maly Drama Théâtre a décidé de m'inviter à Saint-Pétersboug pour mettre en scène Lorenzaccio, ce qui est absolument magique et rarissime. En effet, le Maly Drama Théâtre fonctionne en troupe ; il dispose d'un répertoire de 20 ou 25 spectacles qui se jouent tous les soirs en alternance, et ces spectacles sont mis en scène par Lev Dodine. Inviter un metteur en scène étranger, c'est une première pour cette troupe. Comment avez-vous été accueillie par la troupe ?

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Esprit d’escaliers

SCENES | Il y a manifestement dans les écrits de Roland Schimmelpfennig une complexité dont Claudia Stavisky se délecte. Et il faut reconnaitre à la directrice des (...)

Nadja Pobel | Vendredi 23 septembre 2011

Esprit d’escaliers

Il y a manifestement dans les écrits de Roland Schimmelpfennig une complexité dont Claudia Stavisky se délecte. Et il faut reconnaitre à la directrice des Célestins de se risquer à proposer dans «son» théâtre nappé de velours des dramaturgies contemporaines déroutantes. Au printemps dernier, elle montait Le Dragon d’or, chronique pour quinze personnages jouée par cinq acteurs qui, à trop brouiller les pistes, perdait le spectateur en route. Elle a choisi d’associer à ce texte Une nuit arabe, pièce plus abordable que la précédente et une des plus jouées de l’auteur allemand. De l’une à l’autre de ses mises en scène, Claudia Stavisky a gardé presque la même troupe et un dispositif scénique strictement similaire, tout en hauteur et en escaliers, qu’elle maîtrise bien mieux que dans Le Dragon d’or et qu’elle exploite plus judicieusement. Reste ce texte, une sorte de manuel de l’anti-théâtre où chaque action est énoncée au préalable par le monologue intérieur d’un personnage brisant ainsi net toute fluidité de la narration. Mais comme la fuite d’eau qui mène les personnages de cet immeuble à se rencontrer, peu à peu s’infiltrent dans le récit des fantasmagories e

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