Mire Lee fait sensation à l'IAC
Art contemporain / L'Institut d'art contemporain invite dans ses espaces l'artiste coréenne Mire Lee et ses œuvres hybrides (mi-machines, mi-organismes) impressionantes. Plusieurs vidéos de Pipilotti Rist complètent cette exposition, pour un tout fort réussi.
Photo : Mire Lee, Endless House: Holes and Drips (Sculpture #1), 2022. Courtesy de l'artiste et de Tina Kim Gallery.
Du béton, du ciment, des plaques d'acier... L'artiste coréenne Mire Lee (née en 1988 à Séoul) n'hésite pas à s'emparer des matériaux les plus ingrats et les plus éloignés, a priori, de la "sphère" esthétique. Son exposition percutante à l'IAC nous entraîne dans un univers atypique entremêlant machines, organismes et architectures. On y découvre, par exemple, une bétonnière qui tourne à vide, perchée dans un arbre dans le jardin de l'IAC, ou une espèce de gros organe cardiaque dont suinte un liquide rougeâtre, animé par un système de pompes industrielles ! Ailleurs, une énorme turbine trône tel un monument mortuaire, turbine qui, lors d'une exposition à Londres, produisait de grandes "peaux" artificielles (que l'on découvre, accrochées, dans une autre salle). Fragilité de la vie, fragilité des machines, indiscernabilité du vivant et de l'artifice : les installations et sculptures de Mire Lee ont un impact aussi direct que vif, induisant, selon les sensibilités, curiosité, dégoût, admiration, perplexité... Limbes d'un univers postindustriel où la vie palpite encore sous des formes plus ou moins "monstrueuses".

Clips déglingués
Dans la seconde partie de l'exposition, on bascule dans un univers très différent, celui des vidéos-performances de l'artiste suisse Pipilotti Rist (née en 1962 à Grab). Présentées au gré de dispositifs hétéroclites (projections sur grand écran, diffusion sur des télévisions, etc.), les œuvres sont appréhendées comme des clips déglingués où l'artiste apparaît souvent, interprétant par exemple dans un playback approximatif et drolatique la chanson Jackie and Edna de Kevin Coyne, ou bien faisant progressivement dérailler jusqu'aux hurlements Wicked Game de Chris Isaak. C'est son corps, son humour, ses provocations que met en scène Pipilotti Rist, usant de mélodies connues et d'images "brutes". Tout y est fragile, ambigu, tragi-comique. « Les œuvres de Pipilotti Rist tirent sur les nerfs, écrit Sarah Callet commissaire de l'exposition. Elles refusent la distance, déplacent les lignes entre ce qui montré et ce qui est ressenti. Presque palpables, elles exercent sur nous une pression sourde. Et sous ce poids, quelque chose en nous s'effrite, quelque chose s'éclaire. »
