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Valérie Lemercier, arme de distraction massive

Le nouveau spectacle de Valérie Lemercier nous rappelle, si besoin en était, à quel point cette dernière est une interprète hors pair, capable de s’approprier n’importe quel univers pour en explorer le potentiel humoristique avec talent. François Cau

Allez, on est entre nous, on peut tout se dire. Les one-(wo)man-shows français, ça n’a jamais été notre tasse de thé. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais les mêmes travers revenaient, envahissants à en hurler à la lune, le poing rageusement levé vers le ciel : manque de rythme, d’écriture convaincante ou même d’humour, incapacité chronique à se mettre au niveau des sempiternelles mêmes références (Pierre Desproges, Eddie Murphy et Jerry Seinfeld), de la vulgarité crasse et mal digérée en guise de provocation ultime…

On s’assied donc l’air fat, peu sensible aux charmes de la rénovation gentiment tape-à-l’œil de la salle parisienne du Palace, on essaie de ne pas trop penser au très frais accueil du spectacle dans ses premières critiques, on se prépare à compter les sketchs pour patienter jusqu’à la fin. Mais quand le show démarre, on est happés : les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent (version non censurée, of course !) résonnent, Valérie Lemercier fait son entrée, traverse la scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Alors OK, ça ne vaut peut-être pas sa mémorable danse aux César sur Zouk Machine, mais il ne nous en fallait pas plus pour être déjà un minimum conquis.

Spectacle de femme seule

Dès cette pétulante intro, le ton du spectacle est donné. On sera dans le dénuement scénographique total : le décor se cantonne à un cylindre, quasiment aucune bande-son ne viendra émailler le show, il faudra attendre l’ultime sketch pour revoir notre hôte s’adonner à quelques pas de danse (dans le rôle d’une odieuse – et donc irrésistible – prof de danse russe), et pour tout changement de costume, elle se jouera des multiples possibilités offertes par un simple fichu rouge.

Mais en même temps, avec une interprète de ce calibre sur scène, pas besoin de fioritures : Valérie Lemercier est un effet spécial à elle toute seule. Elle a su roder l’écriture d’un spectacle écrit dans l’urgence (pour la réouverture du Palace, justement), se saisir des moindres inflexions de voix susceptibles de provoquer l’hilarité, développer les inénarrables gestuelles de ses personnages, travailler les crescendos comiques de ses sketchs, peaufiner l’efficacité de ses virgules (notamment via deux personnages récurrents, une saoularde apostrophant les célébrités à Roland-Garros et une mauvaise conscience bobo moralisatrice), et nous offrir ainsi un tour de montagne russe humoristique au charme mutin.

Le premier sketch donne un aperçu plus que prometteur de la suite des événements : sur un postulat résolument foutraque (une tour manageuse enceinte, coincée dans une geôle égyptienne avec Georges Moustaki, demande à une amie de réceptionner un groupe de rock anglais à la gare), Valérie Lemercier brode en un tournemain un canevas scénique immédiatement crédible, dosant la loufoquerie avec parcimonie.

Valérie is magic

Ce qui séduit, ce sont avant tout les qualités d’interprétation mais aussi d’écriture. On retrouve ici un sens de la formule qu’on pensait à tout jamais disparu des one-(wo)man-shows français, couplé à un goût de la surenchère qui ne s’égare pas, même dans ses manifestations les plus outrancières de grossièreté. Que la demoiselle incarne un riverain du sud vantant les joies de l’échangisme ou un père de famille racontant à son fiston, le jour de l’enterrement de sa mère, les prouesses sexuelles de cette dernière, on ne tombe pas dans une vulgaire facilité, mais bien dans un sain élan trash dévastant tout sur son passage, tutoyant même le génie outrancier de la sulfureuse comique américaine Sarah Silverman (si vous n’avez pas vu son Jesus is Magic, rattrapez-le de toute urgence).

Un seul bémol à retenir, mais qui n’en est pas vraiment un : la trop courte durée du spectacle (un peu plus d’une heure et quart), qui aurait tendance à nous laisser sur notre faim. Ceci étant dit, un spectacle qu’on trouve trop court et dont on meurt d’envie de raconter les meilleurs passages à la sortie ne peut que trouver largement grâce à nos yeux…

Valérie Lemercier
Samedi 21 mars à 20h, au Summum

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