Culture : le changement, c'est maintenant ?

François Hollande à l’Élysée, la gauche au gouvernement, Aurélie Filippetti au ministère de la culture : un casting plus favorable au monde de la culture ? Rencontre avec deux acteurs culturels locaux du spectacle vivant pour obtenir leur ressenti à la veille des législatives, élections qui seront cruciales pour confirmer (ou non) ce casting. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Le 27 mars dernier, l’Association des scènes nationales (présidée par Michel Orier, directeur de la MC2) organisait un colloque au 104 à Paris. Des représentants des principaux candidats furent conviés, pour que les acteurs culturels nationaux leur rappellent leurs positions et leurs attentes à un mois du premier tour de la présidentielle. Le même jour, à Grenoble, au Théâtre 145, le Synavi, Syndicat national des arts vivants – « un syndicat d’employeurs et de structures indépendantes dans le spectacle vivant, qui représente environ 400 structures en France, pour l’essentiel des compagnies, mais aussi des lieux, dans les domaines du théâtre, de la danse, du cirque, des arts de la rue, du conte... » – proposait un débat sur des questions similaires, avec différents élus locaux de gauche. Deux exemples de la forte mobilisation menée par le monde de la culture à la veille de scrutins jugés décisifs (les législatives sont attendues avec intérêt), comme nous l’explique aujourd’hui Fabrice Bernard, délégué régional du Synavi (avec une vision forcément subjective, puisqu’il existe de nombreux syndicats représentants diverses sensibilités – et tous les acteurs culturels ne sont d’ailleurs pas syndiqués). 

Ces dernières années, les relations ont été tendues entre le milieu culturel et le pouvoir...
Fabrice Bernard : Tendues sur certains points, mais aussi inexistantes sur d’autres, dans le sens où l’on n’avait pas forcément de liens directs avec le pouvoir en place. Mais oui, tendues, car il y a eu des réformes qui ont été très difficiles, notamment pour le secteur indépendant. On a vu les baisses de budgets nous toucher de plein fouet, ce qui a causé de nombreux dégâts : beaucoup de structures n’ont pas pu survivre, et d’autres résistent, mais difficilement. 

Comment voyez-vous le changement qui arrive, changement qui demande à être confirmé avec les législatives ?
Nous le voyons d’un bon œil, avec beaucoup d’espoir, mais aussi d’attentes, en espérant que François Hollande tienne ses promesses. 

Durant sa campagne, il a livré un discours attentif mais résolument pragmatique au sujet de la culture...
Ça s’est vu pendant la primaire aussi, avec Martine Aubry qui proposait une augmentation du budget de la culture, alors que lui restait sur la même enveloppe mais avec une répartition différente. Néanmoins, les choses qui nous ont interpellés dans son programme sont la loi d’orientation pour le spectacle vivant, ou encore la reconnaissance, dans le cadre de l’éducation artistique, du rôle de l’artiste : qu’il soit rémunéré en tant qu’artiste, et non comme animateur ou enseignant. Nos métiers ont évolué. Un artiste ne travaille plus seulement sur un plateau, même si le cœur de son métier est évidemment d’être en représentation. Il y a aussi tout le processus de création en amont, qui est en lien avec les publics. On réduit souvent l’éducation artistique ou l’intervenant artistique à l’école, mais il n’y a pas que l’école : il y a les prisons, les hôpitaux, les centres sociaux, la rue aussi... Tous les lieux où l’artiste peut être en lien avec le public, dans une forme de création en aller-retour. Ce sont des nouvelles pratiques qui démontrent que l’artiste a toute sa place dans la société. Il faut lui reconnaître cette place. C’est une grande bataille, parce que dans nos mentalités, l’artiste est seulement celui qui joue sur une scène, dans un lieu dévolu à sa pratique.

Une des questions qui va être posée très rapidement (en 2013, date d'échéance de l'actuelle convention) est celle du régime des intermittents du spectacle. Qu’attendez-vous du gouvernement à ce sujet ?
Que ce régime d’assurance chômage soit pérennisé, contrairement à ce que pouvait laisser entendre le gouvernement précédent comme quoi les annexes 8 [pour les techniciens – NdlR] et 10 [pour les artistes – NdlR] pourraient disparaître. On souhaite vraiment que les négociations reprennent, de manière juste. 

On entend pourtant de plus en plus un discours mettant en cause la viabilité de ce régime, discours qui se base sur un rapport du début de l’année de la Cour des comptes qui s’alarme du fait que ce régime perde un milliard d'euros par an pour « seulement » 100 000 bénéficiaires...
Il se trouve que l’on parle souvent des déficits des annexes 8 et 10, mais on ne tient pas compte de tout l’emploi permanent dans le milieu du spectacle. Le déficit n’est qu’une seule partie du milieu du spectacle vivant, et de la culture en général. 

Comment jugez-vous les premiers pas d’Aurélie Filippetti au ministère de la culture ?
On a déjà une petite remarque à lui faire, comme on l’a d’ailleurs déjà fait publiquement lors de sa venue à Lyon. Elle a encore redit à la presse que l’intermittence était une façon de financer la culture. Non, nous, que ce soit les syndicats de salariés ou les syndicats d’employeurs, on ne peut pas l’entendre. L’intermittence n’est pas une subvention allouée à la culture, et ne doit surtout pas le devenir. C’est un régime d’assurance chômage qui permet aux artistes de vivre entre deux contrats. Voilà pour la première remarque. Après, on est dans l’attente, on a demandé un rendez-vous avec la ministre, on espère qu’elle va l’honorer, au contraire de son prédécesseur que l’on a jamais pu rencontrer personnellement. 

En 2012, que peut faire un ministre de la culture, qui est surtout dans un rôle de gestion (ou non) des acquis mis en place par ses prédécesseurs ?
Eh bien justement, que le ministre redevienne une force de propositions et de concertation avec les professionnels ! Pour que nos métiers puissent évoluer, ça ne peut passer que par le politique, par des lois ou des concertations. Avec une réflexion commune sur ce qu’est un artiste, qu’est-ce qu’un artiste intervenant, qu’est-ce que la place de l’artiste dans la société. On compte vraiment sur la nouvelle mandature pour retrouver un espace de réflexion qui devienne force de propositions.


A lire aussi, le point de vue de Jacky Rocher, directeur de la Rampe d'Échirolles

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