Stars 80

Projet improbable emmené par l’équipe d’"Astérix aux jeux olympiques" autour de la réunion de vieilles gloires du "Top 50", "Stars 80" fascine par son envie farouche d’être aussi médiocre que son pitch. Y avait-il une autre issue ? Peut-être… Christophe Chabert

Si tant est qu’on aime le cinéma et la musique, il n’y a aucun espoir au moment où l’on franchit les portes de Stars 80 : ce sera affreux, il ne peut pas en être autrement. Imaginer Thomas Langmann aux commandes d’une fiction retraçant l’histoire vraie de deux producteurs qui décident de monter un show avec les vedettes du Top 50 dans les années 80 (quelques noms, juste pour mesurer l’enfer : Début de soirée, Jeanne Mas, Sabrina, Émile et Images…), c’est déjà une sorte de cauchemar. Et pourtant, à la vision du film, quelque chose d’étrange se produit : Stars 80 n’est pas bon, nos yeux piquent et nos oreilles saignent à de nombreuses reprises durant ses 110 minutes, mais on se dit qu’on passe toujours à deux doigts d’une improbable réussite. Il suffit pour cela de se rappeler qu’il y a deux mois sortait Magic Mike ; sur le papier, l’idée est proche : raconter le passé de strip-teaseur de Channing Tatum, et dresser la chronique d’un groupe humain soudé par un métier alimentaire qu’ils exercent pourtant avec professionnalisme et dignité. Scénaristiquement, Stars 80 est tout aussi faible dans ses enjeux dramatiques : le premier acte (la recherche des chanteurs puis leur retour sur scène) est vaguement prétexte à quelques embûches (Jean-Luc Lahaye en pleine autoparodie, le couple Peter et Sloane en ex-amants qui se détestent), et le troisième greffe un très bateau conflit d’ego entre les deux producteurs (Anconina et Timsit, à l’aise avec leur partition). Au milieu, c’est le calme plat, la routine du succès qui s’enclenche… Mais là encore, ni plus ni moins que dans Magic Mike.

Flop 50

La différence, bien entendu, c’est l’absence de mise en scène. Le plus bel exemple est cette scène, potentiellement décisive, où après avoir essuyé un gros bide, la troupe se retrouve dans un petit restaurant de Rouen où Jean-Pierre Mader (Jean-Pierre Mader !) sort son ukulélé et s’offre une reprise folk hawaïenne de Disparue (Disparue !). Tous ses camarades reprennent alors en chœur la chanson, soudés par la musique. Ce pourrait être du Cassavetes, ces comédiens maladroits devraient être regardés comme des morceaux de réel, avec leur histoire marquée sur leurs corps et leurs visages vieillissants. Mais non ; il faut bouger la caméra dans tous les sens, faire des plans de coupe sur les clients qui chantent, greffer la grammaire découpée de la fiction plutôt que d’enregistrer l’émotion de la situation. Il ne s’agit pas de reprocher au film ce qu’il n’est pas ; il s’agit de pester contre son manque d’ambition, typique du cinéma commercial français où le spectateur qui va voir "ça" n’a forcément aucune envie d’être surpris. Dommage, pour une fois, on aurait pu l’être.

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