Virginie Despentes : le rock comme moteur depuis 25 ans

Pasolini > Despentes + Dalle + Zëro

La Source

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Littérature / C’est l’un des événements de ce début d’année : le concert-lecture que donneront vendredi 22 mars à la Source l’écrivaine Virginie Despentes et la comédienne Béatrice Dalle sur des textes de Pasolini et accompagnées par le groupe rock Zëro. Mais avant d’aller se prendre une claque, on l’affirme à celles et ceux qui en douteraient encore : Virginie Despentes est l’une des plus grandes autrices françaises contemporaines. On s’explique.

« J’avais comme point de départ l’idée d’un presque quinquagénaire qui perd son appartement. Ensuite est venue l’idée qu’il ait été disquaire. Ça devait être un livre très court. Et puis c’est devenu Vernon Subutex. Je ne me suis pas dit que j’allais faire une photographie de l’époque, mais une fois qu’on prend le rock comme moteur, on se retrouve vite à brasser beaucoup de gens différents… Ce n’était pas prémédité, mais c’est un vrai centre de tri, ce truc ! » Il y a trois ans, Virginie Despentes accordait une interview au Petit Bulletin Lyon dans laquelle elle revenait sur la genèse de sa fresque en trois tomes parue entre janvier 2015 et mai 2017. Un véritable succès de librairie (plus de 900 000 exemplaires ont été vendus) au sujet pourtant pas forcément très grand public – grosso modo, comment des punks de 20 ans ont vieilli.

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Mais un sujet qui lui permet de tirer de nombreux fils, et de dépeindre en filigrane la France actuelle. Car c’est ça la force de Despentes : offrir une véritable littérature sur un présent pas forcément reluisant. Notamment du côté artistique, et de la musique qui la passionne depuis toujours. « Aujourd’hui, la musique est plus surveillée qu’elle ne l’était : on trouve normal de demander à un artiste hip-hop de répondre d’un texte comme s’il était écrit pour être lu dans les maternelles. Dans les années 1980, les groupes underground faisaient ce qu’ils voulaient – c’était un truc d’initié, il n’y avait pas de regard extérieur. Je pense que c’est ce qui a fondamentalement changé : aujourd’hui, l’industrie du spectacle s’adresse tout le temps aux gens très jeunes, elle s’empare des cerveaux des enfants. Dans les années 1980, il y avait le club Dorothée, tout le reste du temps les adultes nous laissaient faire nos trucs sans s’occuper de nous. On avait beaucoup plus d’espace libre, mentalement. »

« J’écris de chez les moches… »

Virginie Despentes, c’est donc un regard acéré sur le présent, mais pas que… Car l’autrice fait également partie de ces artistes qui sont presque en avance sur leur temps. Ou, du moins, l’ont anticipé. Ces derniers mois, de nombreux journaux ont ainsi publié des articles du type « Pourquoi il est urgent de (re)lire King Kong Théorie de Virginie Despentes » (ça, c’était Télérama), remettant en avant cet essai paru en 2006 qui aborde frontalement de nombreuses questions liées au féminisme – la prostitution, le viol, le porno… Sa première phrase, explicite, est même devenue culte : « J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. »

Un texte autobiographique (elle y parle du viol subi à 17 ans en des termes glaçants – elle cite par exemple la féministe états-unienne Camille Paglia qui émet l’idée de « penser le viol comme un risque à prendre, inhérent à notre condition de filles ») diversement accueilli à sa sortie – ah, la critique acerbe d’Éric Naulleau publiée dans Le Matricule des angesVirginie Despentes se révèle pour sa part incapable d'à la fois écrire et penser »). Mais un texte qui est aujourd’hui, alors que le mouvement #MeToo est passé par là, plus que d’actualité – notamment sur les notions de patriarcat ou de norme hétérosexuelle. Oui Télérama et les autres, vous avez raison, il faut le (re)lire !

Pente ascendante

Mais pour capter toute la force de l’œuvre de Despentes, on peut aussi remonter plus loin dans le temps : en 1994, lorsqu’elle débarque sur la scène littéraire avec son incroyable (et lui aussi clivant) roman trash (car nourri au sexe, à la drogue et aux meurtres) Baise-moi, sur deux jeunes meurtrières en cavale. « Si une jeune fille écrivait aujourd’hui quelque chose d’équivalent à Baise-moi, des politiques et l’association Promouvoir organiseraient tout de suite des barrages pour qu’elle ne s’exprime nulle part, demanderaient que son éditeur soit traîné devant les tribunaux, sécurité de l’État oblige… » (extrait de son interview au PB Lyon).

Certes, la France a changé depuis 25 ans. Virginie Despentes aussi d’ailleurs, qui a accédé au statut de romancière populaire et respectée : elle est membre de l’Académie Goncourt depuis 2016 ; sa trilogie Vernon Subutex a été adaptée en série par Canal + (ce sera à voir en avril, avec Romain Duris dans le rôle-titre). Pourtant, ce nouveau statut ne l’empêche pas d’être toujours à part. Et, surtout, de garder ce côté punk-rock qui la différencie du lot d’auteurs et autrices parfois interchangeables. Comme on pourra s’en rendre compte à la Source lors du concert-lecture qu’elle donnera avec sa pote Béatrice Dalle et le groupe Zëro pour rendre hommage à l'œuvre de Pier Paolo Pasolini, autre artiste sulfureux s’il en est.


Virginie Despentes en quelques dates

1969 : Naissance à Nancy

1994 : Baise-moi (qu’elle a adapté au cinéma en 2000)

1998 : Les Jolies choses (prix de Flore)

2004 : Bye Bye Blondie (qu’elle a adapté au cinéma en 2011)

2006 : King Kong Théorie

2010 : Apocalypse bébé

2015 – 2017 : Vernon Subutex

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