Couleurs sur la ville

Festival / Les bulles de la Bastille, la tour Perret, l’Isère et le Drac… indissociables de l’image de Grenoble, il y a aussi les murs peints, porteurs de messages poétiques ou militants. On s’est imaginé que le Street Art Fest canalisait un peu ce qui est aussi, par essence, une expression spontanée. Et on a demandé leur avis aux artistes.

Drôle de moment pour une rencontre. On l’aime, on le déteste ou on s’en moque, mais le Street Art Fest fait désormais partie du paysage grenoblois, puisqu’il est de retour chaque année depuis 2015 et que son nom complet inclut les mots Grenoble et Alpes. Reste que, cette fois, la manifestation ne se passe pas tout à fait comme d’habitude. Le Covid-19 étant passé par là, elle se découpe en deux parties (jusqu’à la mi-juillet d’abord, avant une deuxième partie prévue en septembre-octobre), et avec moins d’événements festifs. Le nom de cette édition, Résilience, donne le ton. Panser les plaies et repartir.

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Les Isérois en première ligne

Quel regard les artistes portent-ils sur la ville ? On a posé la question à certains de ceux qui sont déjà rentrés dans le concret. Les premiers à s’être exprimés sont tous isérois. Marco Lallemant, par exemple, qui a dessiné un superbe tigre rouge sur un mur du Cours Berriat. Sa toute première fresque de cette ampleur… vandalisée dès le lendemain de sa création. « Je reste humble, assure Marco. J’avais pu rencontrer les copropriétaires autour d’un apéro, mais je sais bien que la rue ne m’appartient pas. D’ailleurs, je me sens illustrateur peintre et pas street artist. Je reste content de mon travail et d’avoir pu m’exprimer dans un format aussi grand. D’avoir eu ce contact avec les gens qui passent et l’aide des bénévoles. Ils font eux aussi partie du projet. » Marco espère donc avoir d’autres opportunités de ce type. « Mais pas sur un mur trop haut : j’ai le vertige !» D’ici là, il aimerait également pouvoir participer à une visite guidée autour des œuvres des éditions précédentes.

Snek, lui, a participé à la plupart d’entre elles. Sur le mur de la résidence Gallieni, il a peint une fresque immense sur le thème du réchauffement climatique. Une « mise en garde », pour reprendre le titre qu’il a choisi. Pour défendre les thèmes qu’il aborde, Snek se dit plutôt convaincu que militant. En tant que peintre muraliste (l’expression est de lui), il a donc une certaine expérience. « J’ai le goût du dessin depuis très jeune. J’ai découvert les graffitis à 11 ans, utilisé mes premières bombes à 15. Après, on travaille en crew, entre gens de la même sensibilité. » De cette passion, celui qui se présente sous son vrai nom – Marc-Alexandre Pisicchio – a progressivement fait une activité professionnelle, associé avec un autre artiste, Étienne. Lui aussi est heureux de pouvoir travailler sur les murs de sa ville, mais sans considérer qu’ils lui appartiennent. « Le Street Art Fest arrive avec de belles propositions de murs et, objectivement, travailler ici apporte aussi un joli coup de pub. C’est agréable aussi de pouvoir passer tous les jours devant une fresque que l’on a réalisée. Cela dit, j’aime aussi travailler dans d’autres lieux : cela a un charme particulier de laisser une trace ailleurs que chez soi. »

Rigoler, réfléchir, énerver…

Aux côtés de ceux qui dessinent sur les murs, Cobie, lui, colle des affiches un peu partout, avec des messages drôles ou caustiques sur le monde actuel. « J’ai longtemps pensé ne rien faire d’autre que d’écrire des bêtises dans la rue : certains messages passent mieux avec une blague. Mon idée est que la ville ne soit pas décorée que de pubs ou de panneaux routiers. » Parce qu’il anime aussi des ateliers de sérigraphie, le gentil blagueur s’est persuadé que la plupart des gens comprenaient le second degré, y compris parmi les plus jeunes.

Travailler dans le cadre d’un festival ne le formate pas pour autant : « Est-ce que l’on s’institutionnalise ? C’est un débat que je porte en interne. Je les fais souvent chier avec ça ! Au départ, l’intention est bien d’entrer en friction avec le quotidien, pour rigoler, réfléchir ou énerver. La seule chose qui pourrait me déranger, c’est d’être mis sous cloche. Mais je tâche aussi de ne pas avoir un côté donneur de leçons. » Dont acte. Il n’en reste pas moins que, comme celui des autres, son travail est directement exposé à la violence de certaines réactions épidermiques. Sans le cadre relativement protecteur d’un musée, l’art urbain reste particulièrement vulnérable. L’un des travaux de Goin, réalisé récemment, a été presque aussitôt recouvert. Difficile à vivre ? Les artistes que nous avons interrogés se veulent franchement lucides sur le côté éphémère de leur travail. Une manière aussi, parfois, de ne pas trop penser à la bêtise crasse de certains de leurs détracteurs…

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