Pour en finir avec l'expression "world music"

Édito du n°1089 - mercredi 21 mars 2018 - Petit Bulletin Grenoble

Certains disent "musiques du monde". D'autres "world music". Nous, depuis plus d'un an, sous l'impulsion du rédacteur en chef du PB Lyon, écrivons "sono mondiale", expression moins condescendante défendue par Radio Nova. Mais tout ceci n'est pas encore satisfaisant, et surtout très réducteur, comme nous avons pu le constater la semaine dernière.

Samedi 17 mars a ainsi été lancée la huitième édition des Détours de Babel, passionnant festival notamment centré sur la variété des musiques venues de toutes les parties du globe. Avec d'abord une flopée de discours à l'Ancien musée de peinture, et surtout un concert à la salle Olivier Messiaen : une création baptisée Lemma imaginée par la chanteuse algérienne Souad Asla avec dix musiciennes du sud-est algérien, là où l'Atlas et le Sahara se font face. « Aujourd'hui, beaucoup de choses se sont libérées. C'est merveilleux de voir ces artistes pratiquer au grand jour et pour la première fois les répertoires traditionnels de la région de Béchar qui étaient jusque-là strictement réservés à la gent masculine » écrit Souad Asla en note d'intention.

Et donc, ce concert si fort, cette rencontre si riche musicalement, c'est de la "world music" parce que ces femmes ne sont pas occidentales ? Et du coup on les range en vrac dans la même catégorie que, au pif, la cumbia sud-américaine et les musiques traditionnelles asiatiques ? Sympa la vision occidentalo-centrée qui perdure depuis des décennies, et qu'il serait peut-être temps d'abolir une bonne fois pour toute chère industrie musicale, non ?