Le couple témoin

ECRANS | Terriblement daté mais toujours déroutant dans son fond et sa forme, ce film de William Klein croise avec beaucoup d’ironie realpolitik et télé-réalité – en 1976 ! La curiosité cinématographique de la semaine. FC

François Cau | Jeudi 29 septembre 2011

Après avoir proposé, la saison dernière, la redécouverte du foutraque Monde sur le fil (1973) de Rainer Werner Fassbinder, œuvre d'anticipation kitsch mais visionnaire sur le thème de la manipulation des esprits, la Cinémathèque programme cette semaine un film dans la même veine, dans le cadre de son cycle Traversées urbaines, un gentil pamphlet sociologique mis en scène par l'auteur de Qui êtes-vous Polly Maggoo ?. Claudine et Jean-Michel (Anémone et André Dussolier), conjoints « statistiquement très moyens », répondent à la sollicitation du Ministère de l'Avenir et deviennent les objets d'étude de curieux scientifiques, dont la mission est de déterminer l'habitat le mieux adapté aux besoins des couples de l'an 2000. Dans un appartement expérimental équipé de multiples caméras, qui retransmettent une sélection de leur quotidien à la télévision nationale, ils vont se plier aux demandes de plus en plus intrusives de leurs observateurs : inaugurer les derniers gadgets technologiques, répondre à une batterie de tests ambigus, coucher ensemble, simuler une scène de ménage… En France, on n'avait déjà pas de pétrole, mais on avait des idées. Loft scories
Evacuons directement les gros bémols du film. Le plus évident est bien évidemment son caractère formellement très désuet : bon nombre de tics de mise en scène, sûrement impressionnants à l'époque, font aujourd'hui doucement sourire. La bande originale, en particulier la terrible chanson titre, fait souvent saigner les oreilles, et la direction artistique a cet adorable cachet rétro des films futuristes réalisés plusieurs décennies en arrière. Mais dans le même temps, tous ces éléments font partie intégrante de l'étrangeté esthétique du film, dont l'une des finalités est de brouiller les repères de ses spectateurs. De plus en plus aliénés par l'expérience (et ainsi « de moins en moins moyens », comme semblent le regretter les scientifiques), les époux, pas forcément contestataires à la base, vont progressivement réfuter les glaçants mécanismes sociétaux à l'œuvre. Surtout après la visite du Ministre dans leur “domicile“, hilarante évocation des fameux dîners chez l'habitant de Valéry Giscard d'Estaing. Le couple témoin met alors dos à dos les contradictions politiciennes et autres rationalisations libérales des conditions de vie, pour finalement aboutir à la conclusion que le citoyen reste le grand lésé de l'Histoire. Le couple témoin
De William Klein (1976, Fr, 1h41) avec Anémone, André Dussolier…
Mardi 11 octobre à 20h, à la Salle Juliet Berto

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Melancholia mon amour

ARTS | Pensée à partir du titre du livre de Denis Roche Le Boîtier de mélancolie, l’exposition collective Et si ce n'était pas de la mélancolie débutant au musée Géo-Charles (...)

Laetitia Giry | Mardi 8 janvier 2013

Melancholia mon amour

Pensée à partir du titre du livre de Denis Roche Le Boîtier de mélancolie, l’exposition collective Et si ce n'était pas de la mélancolie débutant au musée Géo-Charles en février se présentera comme un assemblage d’univers photographiques. De celui de Pierre de Fenoyl (voir photo) à celui de Pierre Canaguier, en passant par celui de William Klein et en en oubliant… C’est le thème de la mélancolie inhérente au clic ! de l’appareil photo qui se dévoilera au travers de cette sélection. Pas de point d’interrogation pour terminer ce qui en est une, mais une suspension dans le vide, car comme le dit Denis Roche, « le bonheur photographique implique ou suggère quantité de sous-entendus ne serait-ce que le penchant qui nous porte à enregistrer les moments heureux plus que les autres »… Et le musée d’évoquer avec poésie « le murmure de conversation des photographies entre elles, où la grâce, l'inattendu se tiennent sur un point de volupté minuscule mais intense ». Tout un programme, qui nous tente bien. LG

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