Tragédie(s) grecque(s)

Christophe Chabert | Lundi 19 novembre 2012

Le désarroi politico-économique qui frappe la Grèce ne peut que pousser les sciences humaines à se pencher sur son histoire récente. Comme, en plus, le cinéma grec contemporain a su faire de ces difficultés une force esthétique et narrative, il était presque logique que les rencontres Ethnologie et cinéma lui consacrent leur édition 2012. Il s'agira donc de remonter dans le temps, à travers des documentaires et des fictions (mais aussi des débats avec des historiens, philosophes et réalisateurs) : l'immigration (à travers la fresque d'Elia Kazan, America America), la dictature des colonels (Paroles et résistances, un documentaire de Timon Koulmasis) puis la Grèce moderne (avec le film inédit de feu Théo Angelopoulos, La Poussière du temps, deuxième volet de sa trilogie inachevée). Enfin, il sera bien entendu question de la crise actuelle, à travers plusieurs programmes qui iront du documentaire d'intervention à la fiction courte postée sur le web. Les rencontres aborderont ainsi la question de la diffusion de ses films sauvages, tournés avec des téléphones portables et publiés sur des blogs ou des réseaux sociaux. En clôture le samedi 1er décembre au Méliès, un film devrait synthétiser tout cela : Alps (photo), qui marque le retour de Yorgos Lanthimos quatre ans après son uppercut Canine. De loin, rien n'évoque ici la crise grecque, puisqu'on y raconte comment une société secrète paie des comédiens pour jouer le rôle de personnes récemment décédées auprès de leurs proches encore endeuillés. Mais Lanthimos, qui réfléchit aux rapports de domination et à la tentation de la claustration comme barrière à la violence du monde, est sans doute celui qui trouve les métaphores les plus évidentes pour figurer la situation de son pays.

Christophe Chabert

Ethnologie et cinéma
Du 27 novembre au 1er décembre, dans divers lieux
http://ethnocine.msh-alpes.fr

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"La Favorite" : dames de cœur, à qui l’honneur ?

ECRANS | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse dans laquelle l'actrice Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et le réalisateur Yórgos Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Lundi 4 février 2019

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne (Olivia Colman). Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah (Rachel Weisz), sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail (Emma Stone), cousine désargentée de Sarah, arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une des ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1714). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte san

Continuer à lire

Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision "exotique" de l’ethnographie  »

Festival | Fortes d’une programmation aussi dense que variée, qui s’étend du vendredi 9 au dimanche 25 novembre dans plus d’une douzaine de lieux différents, les XXIIe Rencontres autour du film ethnographique veulent également s’ouvrir à un public plus large, comme nous l’explique Jacopo Rasmi, l’un des trois coordinateurs du festival.

Damien Grimbert | Mardi 6 novembre 2018

Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision

Comment définiriez-vous l’objectif de ces Rencontres ? Jacopo Rasmi : Il s'agit de construire une alliance entre le support filmique, notamment le cinéma documentaire, et toute une série de questionnements qui se situent plus dans le champ des sciences sociales : l’ethnologie et l’anthropologie bien sûr mais aussi la sociologie, la réflexion politique…On essaie ainsi de choisir des thèmes – le corps l’année dernière, la ville cette année… – qui sont propres à la fois au cinéma et aux sciences sociales. Vous proposez donc une vision assez ouverte du cinéma ethnographique… En effet : tout le cinéma documentaire, qui est notre champ d’action privilégié, consiste à filmer des formes de vie, des gestes culturels, des manières de vivre… Et ça tombe tout de suite dans un domaine qui peut être celui de la réflexion anthropologique ou sociologique avec des questionnements autour des êtres humains, des sociétés, de la manière dont on vit ensemble, des variations entre nos modes de vie… Pour nous, la relation entre cinéma et ethnographie e

Continuer à lire

"Mise à mort du cerf sacré" : brame et châtiment avec stars

ECRANS | de Yórgos Lánthimos (Gr.-G.-B., 2h01, int.-12 ans avec avert.) avec Nicole Kidman, Colin Farrell, Barry Keoghan…

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Steven (Colin Farrell) forme avec Anne (Nicole Kidman) un couple huppé de médecins, parents de deux enfants éclatants de bonheur et de santé. Jusqu’à ce que Martin (Barry Keoghan), un ado orphelin de père dont Steven s’est bizarrement entiché, ne vienne jeter l’anathème sur leur vie en imposant un odieux chantage… Cannes 2017, ou l’édition des épigones : pendant que Östlund lorgnait du côté de Haneke avec The Square, Lánthimos jetait d’obliques regards en direction de Lars von Trier avec cette tragédie talionnesque et grandiloquente, où un pécheur (en l’occurrence un médecin coupable d’avoir tué un patient par négligence) se voit condamné à subir une punition à la mesure de sa faute. Mais quand Lars von Trier cherche à soumettre ses personnages à une épreuve, son confrère semble davantage enclin à éprouver son public en usant de basse provocation. Lánthimos aime en effet donner dans le sacrificiel symbolique, ne rechignant pas au passage à un peu d’obscénité

Continuer à lire

Lettre de Cannes #4

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on fête un anniversaire, et comment Nicole Kidman est devenue notre copine de festival.

Christophe Chabert | Jeudi 25 mai 2017

Lettre de Cannes #4

Cher PB, Mardi 23 mai, le festival de Cannes fêtait son soixante-dixième anniversaire, dans une cérémonie qui faisait des ponts entre passé, présent et je ne sais pas quoi, avec des palmés passés (dont David Lynch, prêt à présenter les premiers épisodes de la nouvelle saison de Twin Peaks que tu as déjà dû voir, petit coquinou, en streaming sur je ne sais quelle plateforme de mauvaise vie), des palmés futurs (Sorrentino et Park Chan-wook, cette année préposés à la remise de palme au sein du jury) et des presque palmés – Pedro Almodóvar, dans le rôle du cinéaste cocu mais bon joueur au milieu des ex-vainqueurs. On notait quelques absences de poids : Terrence Malick, qui pourtant n’a plus peur de montrer sa trogne en public ; les frères Dardenne, pourtant grands potes de Therry Frémaux ; Steven Soderbergh, sans doute un peu vexé que son dernier Logan Lucky est atterri piteusement au Marché du film cette année ; les frères Coen, Nuri Bilge Ceylan ou encore Lars Von Trier, dont on ne sait trop s’il est encore persona non grata au festival, ou simplement retenu par le montage de son dernier film, ou si son camping car est au garage pour

Continuer à lire

Ethnologie et Cinéma : un siècle à hauteur d’Homme

ECRANS | Zoom sur la vingtième édition du fameux festival grenoblois.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Ethnologie et Cinéma : un siècle à hauteur d’Homme

Limiter le cinéma à un langage au service du divertissement n’aurait aucun sens : le 7e art sait aussi être un outil d’exploration du monde et le relai d’un regard curieux, sans se montrer scrutateur ni indiscret, sur ceux qui le peuplent grâce à ces scientifiques particuliers que sont les ethnologues. Il n’est d’ailleurs pas indifférent que de grands cinéastes de fiction (ceux pour qui le cinéma tient parfois de la transe ou d’une forme de sorcellerie contemporaine) se soient frottés à l’exercice ethnographique. Volontiers rétrospective, et accompagnée par de très nombreux "passeurs" (critiques, chercheurs…), cette vingtième édition des Rencontres Ethnologie et Cinéma permet de s’en rendre compte en parcourant le siècle écoulé. Si les projections de l’énigmatique Šarūnas Bartas (Tofolaria), du militant René Vautier (Afrique 50) ou du Québécois Pierre Perrault (La Bête lumineuse) ont lieu en ouverture, tout comme l’avant-première du film rhônalpin Gorge, cœur, ventre de Maud Alpi, la suite de la semaine ne manque pas d’at

Continuer à lire

Peuples de l’écran avec Ethnologie et cinéma

ECRANS | Zoom sur la nouvelle édition du festival qui « se propose d’explorer la façon dont l’alliance du cinéma et des sciences humaines participe de la production d’une meilleure connaissance des cultures humaines ».

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Peuples de l’écran avec Ethnologie et cinéma

Art scientifique, de la mémoire et de la curiosité, le cinéma s’est très tôt intéressé à ce qui l’environne. Avant même de penser la fiction, il écrivait – « scénarisait » – des séquences restituant la vie ordinaire des Terriens de la fin du XIXe siècle. Le sens documentaire et le goût de l’ethnographie sont ainsi inscrits dans les gènes du 7e art, qui se sont exprimés avant ceux de la comédie ou du drame, la caméra donnant à voir ou à revoir d’un œil neuf ce qui fait la matière vivante du monde. Cet état de découverte permanente, le cinéma ethnographique le revendique lorsqu’il filme des territoires, familiers ou lointains – et surtout ceux qui les arpentent. Depuis 1996, les Rencontres grenobloises Ethnologie et cinéma s’en font un relai précieux, ainsi qu’un pont entre l’univers de la recherche et le grand public, en particulier cette année grâce à de nombreux médiateurs (les réalisateurs) et lors de deux master-class (l’une consacrée à Vittorio de Seta, l’autre au Portugal). Placée sous la thématique Modes de vie en question(s), cette édition s’ouvrira par l’avant-première, présentée par sa réalisatrice Anne Roussillon, de

Continuer à lire

The Lobster

ECRANS | ​De Yorgos Lanthimos (Gr/GB/PB/Ir/Fr, 1h58) avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2015

The Lobster

Une société futuriste où le célibat est banni. Les contrevenants ont un peu plus d’un mois pour trouver l’âme sœur dans un hôtel. En cas d’échec, ils sont changés en l’animal de leur choix. Menacé, David s’échappe et rejoint une armée rebelle, les Solitaires qui, eux, interdisent les couples… Objet bizarroïde tenant à la fois de l’europudding arty et de l’hommage à ce cinéma britannique de la fin des années 1960 (friand de thèmes dystopiques, d’ambiances beige-greige-marronnasse, de dialogue rare et de montage aride), The Lobster représente à dessein un futur dépassé. Bourrée jusqu’à la gueule de métaphores ultra clignotantes, la fable pèse d’autant plus vite qu’on assiste à un défilé interminable de stars grimées ou enlaidies, tirant des museaux exagérément longs. Elle laisse également dubitatif quant à la position de Lanthimos vis-à-vis de la représentation de la violence : le réalisateur semble balancer entre une certaine complaisance voyeuriste et une difficulté à assumer frontalement ses choix, notamment à la toute fin…

Continuer à lire

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

Continuer à lire

Alps

ECRANS | De Yorgos Lanthimos (Grèce, 1h33) avec Ariane Labed, Aggeliki Papoulia…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Alps

Pour les admirateurs de Canine, le précédent film de Yorgos Lanthimos, Alps est une petite déception. Son pitch est pourtant tout aussi fort : un groupuscule bizarre monte une société secrète dont les membres sont chargés de prendre la place de personnes récemment décédées pour atténuer la douleur de leurs proches. Cela dit, cet argument met du temps à se clarifier sur l’écran, Lanthimos choisissant une structure en tableaux où chaque séquence diffuse une étrangeté qui distrait de l’enjeu principal. Une fois le récit vraiment lancé, il embraie sur une réflexion sur le pouvoir, l’envie et la compétition, qui là encore n’est pas d’une immense simplicité. Malgré sa confusion narrative, Alps garde toutefois une vraie force figurative : la mise en scène vise l’inconfort du spectateur, le mettant mal à l’aise par des situations extrêmes tout en les enveloppant d’un humour très noir. Un film d’auteur donc, dans le meilleur et le pire sens du terme.

Continuer à lire

Refaire le monde autour d’un film

CONNAITRE | Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde (...)

François Cau | Lundi 31 octobre 2011

Refaire le monde autour d’un film

Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde décidément bien fragile, et grand bien leur en prend. Si les précédentes moutures de l’événement étaient parvenues, à l’aide de productions aventureuses toujours pertinentes, à nous faire découvrir des mœurs et des civilisations peu accessibles, cette cuvée 2011 consacre une large partie de sa programmation aux chocs des cultures, aux migrations et intégrations aux idéaux brisés. Il en va ainsi du troublant et très beau documentaire Nostalgie de la lumière, présentée en ouverture des rencontres : situé au Chili, dans le désert d’Atacama, le film confronte les observateurs en astronomie venu profiter de la clairvoyance de ce spot unique au monde, et les familles en quête des restes humains de leurs proches, victimes de la dictature de Pinochet… La deuxième semaine de projections s’axera quant à elle, de façon plus inattendue, sur les questionnements autour du travail, avec en particulier les deux documentaires que Pierre Carles a consacré au sujet, Attention danger travail et Volem Rien Foutre Al Pais. Des points de vue ico

Continuer à lire

En terre africaine

ECRANS | Les 14e Rencontres Ethnologie et cinéma se font cette année sous le signe de l’Afrique. L’occasion de se décentrer un peu, ou d’essayer au moins. LG

François Cau | Lundi 11 octobre 2010

En terre africaine

On ne va pas se mentir : un festival nommé « Ethnologie et cinéma », ça peut effrayer au premier abord. Sujets sérieux, documentaires en pagaille, recherches anthropologiques trop loin de nous, autant d’a priori auxquels il serait dommage de se cantonner, sous peine de manquer un événement particulièrement curieux et intéressant. Il est vrai que certains films peuvent désorienter l’occidental moyen et naturellement ethno centré que nous sommes : « A joking relation », de l’américain John K.Marshall, nous présente par exemple une fillette et son oncle jouant à être mari et femme. L’image noir et blanc est magnifique, le cadrage soigné, le regard porté exempt d’un jugement encombrant : le jeu se fait en paroles mais aussi en gestes – mis en valeur par des gros plans sur des mains qui s’entremêlent ou le torse de l’homme. Ce dernier point nous force ainsi à dégager notre regard de l’éducation reçue, pour comprendre la scène pour ce qu’elle est : un jeu et non une perversion. « Shooting with Mursi » décrit quant à lui la force de l’image par l’intermédiaire de son utilisation par la tribu Mursi. L’un de ses membres s’est procuré une caméra et n’a de cesse depuis de filmer leur culture

Continuer à lire

Canine

ECRANS | En provenance de Grèce, un conte de l’aliénation familiale à l’humour féroce : le film de Yorgos Lanthimos est une grosse claque dans la tronche ! Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 26 novembre 2009

Canine

On doit d’abord remercier le fabuleux Paolo Sorrentino. Non seulement parce qu’on ne s’est toujours pas remis de son Il Divo, mais surtout car, sans lui et la sagacité de son jury cannois d’Un certain regard, nous serions passés à côté d’un des chocs de l’année, le génial Canine. Venu de Grèce, territoire cinématographique dont on ne connaît à peu près qu’Angelopoulos (quoiqu’on pense de ses films, pas un perdreau de l’année…), il s’impose par sa force subversive, son ambition formelle et son humour dévastateur — un film à ne pas mettre entre toutes les mains, même si on a envie de le partager avec le monde entier ! Yorgos Lanthimos, l’auteur de Canine, commence par nous faire perdre tous nos repères : des ados écoutent une cassette pédagogique façon «apprenez le Grec en dix leçons», mais l’affaire est du genre bizarre ; les définitions données aux mots sont totalement absurdes (par exemple, «mer» désigne un meuble !). Le champ s’élargit, et on fait connaissance avec une famille trop parfaite vivant dans un monde trop idéal : le père et la mère sourient tout le temps, les trois enfants (deux filles, un garçon) s’a

Continuer à lire

Des films et des hommes

ECRANS | Présentation / En l’espace de 11 ans, le Festival Ethnologie et Cinéma s’est imposé, année après année, comme l’une des programmations cinématographiques les plus (...)

Christophe Chabert | Mercredi 28 février 2007

Des films et des hommes

Présentation / En l’espace de 11 ans, le Festival Ethnologie et Cinéma s’est imposé, année après année, comme l’une des programmations cinématographiques les plus alléchantes proposées sur Grenoble et son agglomération. Mais qu’entend-on exactement par film ethnographique s’interrogeront (à juste titre) les plus curieux ? Dans son acceptation la plus stricte, ce dernier constitue une prise d’image brute, permettant d’observer de façon neutre une ethnie ou un groupe social. En d’autres termes, une simple “collecte d’informations” à l’aide d’une caméra, dépourvue de toute analyse, prise de recul, commentaire en voix-off ou même mise en scène, à la différence, donc, d’un reportage ou d’un documentaire. Un idéal, on l’imagine aisément, rarement concrétisé, tant il semble impossible au réalisateur de se départir de toute subjectivité concernant le sujet qu’il choisit de traiter. Mais c’est paradoxalement cet écueil qui fait souvent le sel même de la discipline, garantissant ainsi une éternelle variété des formes et des approches, ainsi qu’une saine et perpétuelle interrogation de sa définition initiale. Pour juger sur pièce de cette vivifiante diversité, le festival, initié par la Maiso

Continuer à lire

Mort d’un voyageur

ECRANS | Critique / Les puristes du chamanisme (certes peu nombreux sur Grenoble, mais bon) pourront arguer du fait que le film de Jim Jarmusch ne traite de (...)

| Mercredi 28 février 2007

Mort d’un voyageur

Critique / Les puristes du chamanisme (certes peu nombreux sur Grenoble, mais bon) pourront arguer du fait que le film de Jim Jarmusch ne traite de leur sujet de prédilection uniquement de façon connexe. On se permettra de leur répondre que la vision de Dead Man plonge le spectateur dans une véritable transe cinématographique, ne nécessitant l’absorption d’aucune substance psycho-active, et ce dès sa première scène. La (superbe) musique de Neil Young, construite sur une poignée d’accords répétés en boucles quasi liturgiques, se fait entendre sur le périple ferroviaire de William Blake. Les rencontres et scènes incongrues se succèdent, liées sans suite apparente par une série de fondus au noir. Le grain de l’image, le noir et blanc somptueux, l’attention apportée au moindre détail pour recréer un ouest sauvage américain basé sur ses clichés sans pour autant exalter ses derniers (sinon de façon grotesque), le jeu tout en contradiction de Johnny Depp : Jarmusch a trouvé l’équation idéale pour ce voyage poétique de vie à trépas, et il nous le fait sentir directement, sans surligner ses effets. Dead Man absorbe ses inspirations esthétiques pour imposer son propre rythme, lancinant, et s

Continuer à lire

Caméra occupée

ECRANS | Retrospective / L'événement de ces 11e Rencontres Ethnologies et Cinéma est la rÉtrospective des films de l'indispensable et franchement courageux cinéaste Israëlien, Avi Mograbi. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 28 février 2007

Caméra occupée

Les travaux d’Avi Mograbi, filmeur infatigable, sont très diversifiés dans leur forme. Documentaires, fictions, faux journal intime, farces, objets artistiques, œuvres d'un homme engagé, en résistance. Sur le fond, depuis les années 90, ses films convergent plus ou moins à regarder l'Histoire de son pays, et à dénoncer l'oppression inhumaine de son peuple envers les Palestiniens. Son film le plus récent, le poignant Pour un seul de mes deux yeux (2005), est un documentaire constitué d'assemblages de scènes inoubliables saisies au fil de ses déambulations. S'y mêle une conversation téléphonique de Mograbi avec un ami Palestinien, ce dernier lui expliquant comment l'humiliation permanente conduit un peuple au suicide. Des les premières séquences, Mograbi établit un parallèle entre les deux mythes fondateurs - le suicide héroïque de Samson et celui des habitants de Massada à l'approche des Romains - et l'oppression actuelle contre les Palestiniens. D'autres scènes absurdes, douloureuses emportent dans une émotion tenace. Tout aussi exceptionnel est ce film court, Relief réalisé en 99. C’est une œuvre d’artiste, foudroyante, constituée d'images en boucle du premier Jour de la Nakba à J

Continuer à lire