Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent "Carancho", le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Le prologue très Werner Herzog d'Elefante blanco semble avancer en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l'urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d'un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l'Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d'éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l'exploit — et y parvient presque.

La patte Trapero

Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approchée, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ; Nicolas est sanguin, casse-cou, en quête d'action. Deux mondes entre lesquels va se glisser une assistante sociale (la sublime Martina Gusman), tentation charnelle qui pourrait donner le coup de grâce à ce passage de flambeau. D'autant plus que la violence s'empare du bidonville, rongé par le crime et le trafic de drogue, tandis que le gouvernement essaie de l'assainir en le vidant de sa population. Elefante blanco tire profit de ce qui aurait pu être sa faiblesse : le conflit entre un grand sujet et l'envie de créer des trajectoires purement romanesques. On l'a dit, Trapero croit profondément en l'essence populaire du cinéma, à partir du moment où elle repose sur une générosité dans le spectaculaire. Jamais didactique, toujours focalisée sur les élans de ses personnages — courage, peur, mensonge, sacrifice ­— la mise en scène s'autorise ainsi des instants de virtuosité pure, comme ce plan-séquence magistral où l'on traverse le bidonville jusqu'au QG du chef du cartel — avec surprise scénaristique à la clé —, ou dans les incroyables scènes d'émeute, totalement immersives. Cette façon de chercher du souffle à tous les niveaux, de refuser le réalisme social pour oser l'ampleur de la fiction, est sans doute ce qui fait de Trapero un des cinéastes les plus intéressants du moment.


Elefante blanco

De Pablo Trapero (Esp-Arg, 2h) avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman...

De Pablo Trapero (Esp-Arg, 2h) avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman...

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Dans la banlieue de Buenos Aires, Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d'un hôpital. Nicolas le rejoint après l'échec d'un projet qu'il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s'ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l'arrêt des travaux pour l'hôpital, c'est l'étincelle qui met le feu aux poudres


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"Slalom" : sortie de piste

Drame | ★★★☆☆ Un film de Charlène Favier (Fr-Bel, 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont la réalisatrice Charlène Favier s’empare à beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avénement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’elle représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective – un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par Noée Abita et Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "

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"Slalom" : sortie de piste

ECRANS | ★★★☆☆ De Charlène Favier (Fr.-Bel., 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare a beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avènement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’il représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective, d'un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par le duo Noée Abita-Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "dossier" en offrant

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"L'Ordre des médecins" : blues de la blouse

ECRANS | de David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) "médicaux" initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière – par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède – la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’inst

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"Everybody knows" : Asghar Farhadi à la recherche de ce qui nous liait

ECRANS | Sous le délicieux présent transperce le noir passé… Le cinéaste iranien Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre porté par Penélope Cruz et Javier Bardem, en compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]“. Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura (Penélope Cruz) et ses enfants, elle qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa famille : d’anciens

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"Kóblic" : chasse au pilote

ECRANS | de Sebastián Borensztein (Arg.-Esp., 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ (c’est-à-dire les méthodes d’élimination) rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, déjà impressionnant ce début d’année dans Citoyen d’honneur. En ripou cauteleux au faciès répugnant, il vaut le vautour. Pardon, le détour.

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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"L’Ami, François d’Assise et ses frères", biopic en ordre mineur

ECRANS | de Renaud Fely & Arnaud Louvet (Fr., 1h27) avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier…

Vincent Raymond | Vendredi 23 décembre 2016

Sortez vos bréviaires, règle numéro un du petit sanctifié : s’il veut que son message bénéficie d’une postérité, un prédicateur doit toujours être trahi par l’un de ses proches – voyez Jésus, qui a d’ailleurs prédit la traîtrise de Judas à ses ouailles lors de son dernier banquet. Pour Saint-François-d’Assise, c’est pareil : il aura fallu qu’un de ses apôtres assouplisse en douce les commandements rigides de sa radicale fraternité de mendiants pour que l’Église consente à la reconnaître comme étant de sa Maison. Ah, ces bonnes intentions pavant la route vers l’enfer… C’est bien joli ces plans extatiques avec petits oiseaux devant la caméra de Renaud Fely et Arnaud Louvet. Et puis la verte nature rugueuse mais bienfaisante, l’hostilité du haut clergé méfiant face au vœu de pauvreté, et celle des gens d’armes imperméables aux farandoles exaltées de ces gueux hurlant leur amour… Du nanan pour le catéchisme. Bon, on ne verse pas non plus dans l’hagiographie mystique d’un Delannoy déclinant : il y a quand même des corps derrière ces esprits. Et surtout un défilé de têtes, qui porte à croire que la totalité des comédiens italiens f

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"La Fille inconnue" : les Dardenne, inconnus à cette maladresse

ECRANS | de Luc & Jean-Pierre Dardenne (Bel.-Fr., 1h46) avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Une jeune médecin, s’estimant responsable de la mort d’une fille à qui elle avait refusé d’ouvrir la porte de son cabinet, mène son enquête en parallèle de la police pour établir son identité. Ses recherches perturbent beaucoup de monde… Jamais, auparavant, les Dardenne n’ont donné cette impression de passer à côté de leur film en racontant une histoire à laquelle on ne croit pas ; où l’on anticipe le moindre retournement scénaristique, même le plus improbable. Tous leurs ingrédients habituels se trouvent pourtant réunis : précarité, lâcheté, culpabilité, Gourmet, Renier, rédemption… Mais ici, ça ne prend pas. Rien que le fait de contenir une actrice explosive comme Adèle Haenel (revoyez Les Ogres ou Les Combattants pour bien apprécier l’énergie de son jeu) dans un rôle quasi statique et un cadre exigu ne cessant de se restreindre, induit de la distorsion à leur effet de réel. Et puis la vivacité

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"Truman" : la mort a du chien

ECRANS | de Cesc Gay (Esp., 1h48), avec Ricardo Darín, Javier Cámara, Dolores Fonzi…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Un mélo avec un chien à adopter ? Sur le papier, ça sent aussi mauvais qu’un vieux clébard abandonné sous la pluie. Mais heureusement, en Espagne il fait sec. Et puis ledit toutou (Truman de son petit nom, donc) n’est qu’un prétexte, occupant au plus quelques minutes l’écran ; l’amorce de retrouvailles entre deux complices, le catalyseur d’un film lumineux sur ce qui vaut d’être vécu et conclu, avant que la vie elle-même ne le soit. Car bien que le spectre de la maladie et la perspective d’un suicide assisté flottent en permanence sur cette histoire, elle célèbre des adieux heureux, des apaisements, des résolutions… Le fait que Cesc Gay ait choisi avec Julian, plutôt qu’un héros égrotant, un type encore actif, crée un malaise dans l’entourage de ce dernier. Truman en dit beaucoup en effet sur le rapport philosophique à la mort dans notre société, et la manière dont sont perçus ceux qui veulent prendre le pouvoir sur l’arbitraire en devançant de leur propre chef l’heure de leur trépas. Julian manifeste sa liberté intime, ce qui ne l’empêche pas d’être par ailleurs un monstre d’égoïsme. C’est cette complexité qui rend son personnage tout à fait passionnant, et e

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Waste land

ECRANS | De Pieter Van Hees (Belg, 1h37) avec Jérémie Rénier, Natali Broods…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Waste land

Léo, inspecteur de la brigade criminelle bruxelloise, enquête sur le meurtre d’un Congolais, probablement assassiné pour un trafic de statues anciennes. En parallèle, il apprend que sa compagne est enceinte, mais le comportement inquiet et "borderline" de Leo lui fait envisager de ne pas garder l’enfant. Commence alors un étrange polar atmosphérique où les démons intérieurs du protagoniste se matérialisent dans une figure du mal absolu dont on ne sait si elle est un pur fantasme ou une réalité. Pieter Van Hees sait, à l’instar de ses compatriotes cinéastes flamands, créer des climats dérangeants, tout en conservant un pied dans le quotidien, que ce soit celui des flics névrosés ou de la communauté africaine de Bruxelles. L’ambitieux projet de Waste land est de faire se rejoindre une double mauvaise conscience : celle de la Belgique coloniale et celle de son anti-héros, campé avec conviction et fièvre par Jérémie Rénier, hanté par l’idée de reproduire un atavisme familial qui a déjà bousillé sa propre existence. Cette jonction ne se fait pas sans quelques maladresses et raccourcis, notamment dans un dernier acte qui échoue à créer le vertige qu’il aim

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Les Nouveaux sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision (et ça se sent), en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la vision conservatrice du cinéaste, qui pense mettre à mal les valeurs familiales mais ne fait que louer une beaufe

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Un festival loco loco

ECRANS | Toulouse, Villeurbanne, Annecy : les festivals de cinéma latino ne manquent pas au printemps. Ojo Loco est donc le benjamin grenoblois de cette liste (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Un festival loco loco

Toulouse, Villeurbanne, Annecy : les festivals de cinéma latino ne manquent pas au printemps. Ojo Loco est donc le benjamin grenoblois de cette liste prestigieuse, puisqu’il n’en est qu’à sa deuxième édition. Pourtant, sa programmation n’a pas à rougir de la comparaison, au contraire… Dans ses filets, on trouve ainsi un florilège des meilleurs films espagnols et latino-américains sortis ces derniers temps (Gloria, Rêves d’or, No), des inédits à Grenoble (dont l’excellent Les Bruits de Recife) et des avant-premières fort excitantes. Parmi elles, on pointera le vénézuelien Pelo malo, présenté en séance de clôture – en revanche, on ne conseillera

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Cloclo

ECRANS | De Florent Emilio Siri (Fr, 2h28) avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...

François Cau | Vendredi 9 mars 2012

Cloclo

Pouvait-on imaginer pire idée qu'une biographie filmée de Claude François ? Non. Sauf qu'en regardant le film de Florent Emilio Siri, revenu de son Platoon (L'Ennemi intime), on se surprend à reconsidérer la question. Non que le film soit une réussite, au contraire, il fait un peu pitié. Avec son patron de biopic plus balisé que le plus stéréotypé des biopics hollywoodiens, Cloclo ne fait pas dans la dentelle. Difficile de faire plus scolaire et sérieux tant le film s'acharne à ressortir la grande trajectoire psychologique et familiale, avec le trauma paternel qui explique tout et les signes balourds du destin à n'en plus finir. L'omniprésence abusive et respectueuse du scénario n'est pas davantage aidée par le maniérisme hollywoodien un peu vain de la mise en scène. Siri est comme Cloclo (fasciné et frustré devant Sinatra qui lui doit My Way), il rêve d'Amérique, mais ne sera jamais à la hauteur. Le film a toutefois le mérite de ne pas idolâtrer son personnage et l'égratigner en insistant, lourdement, sur son perfectionnisme maladif qui le mènera vers la tombe ; le portrait en creux d'un Cloclo en chef d'entreprise pré-sarkozyste fait aussi s

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Possessions

ECRANS | D’Éric Guirado (Fr, 1h45) avec Jérémie Rénier, Julie Depardieu, Alexandra Lamy…

François Cau | Vendredi 2 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix, ainsi que son apparente entre deux conditions différentes. Le malentendu part de là : les différences entre les deux couples ne sont pas si tranchées que cela, et c’est bien le matérialisme dans lequel ils évoluent qui creuse le fossé. C’est la mise en scène qui le souligne, comme dans cette scène où le son et le montage tentent de saisir l’odeur délicate d’un parfum de luxe déclenchant la pulsion de convoitise. Si le film n’atteint pas toujours ce

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Carancho

ECRANS | A la fois sublime histoire d’amour et thriller oppressant à l’arrière-goût tenace de corruption sociale, le nouveau film de Pablo Trapero convainc sur tous les tableaux grâce à une sensibilité cinématographique rare. François Cau

François Cau | Mercredi 26 janvier 2011

Carancho

Sosa (Ricardo Darin, l’un des plus grands acteurs du monde, rappelons-le) est un avocat véreux à la solde de la “Fondation“, une structure simili-mafieuse spécialisée dans le détournement d’assurances d’accidentés de la route. C’est un “carancho“, un rapace, en quête de futurs clients dans les hôpitaux, les commissariats ou les rues de Buenos Aires. Une nuit, sa besogne lui fait croiser le chemin de Lujan (Martina Gusman, encore plus magnétique que dans Leonera), une urgentiste accro à la dope pour tenir sa cadence infernale. Fortuitement, les deux créatures de la nuit vont se rapprocher, se dévoiler leurs fêlures, succomber à leurs charmes respectifs et aspirer à de meilleurs lendemains, ce qui va s’avérer pour le moins délicat. A chaud, on serait tenté de décréter que la force de Carancho réside pour beaucoup dans sa montée en puissance finale - Pablo Trapero y déploie l’art de sa mise en scène dans une poignée de plans-séquences saisissants, qui vous retournent le cœur pour peu que vous vous soyez un minimum attaché aux personnages. Mais plus les jours passent, et plus le souvenir de l’œuvre s’imprime dans la mémoire avec une grande précision, au moins égale à l’émotion suscitée

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