La Cour de Babel

ECRANS | Un an dans une classe d’accueil parisienne avec des adolescents venus de tous les coins du monde : un beau documentaire de Julie Bertuccelli qui, en adoptant un point de vue local, dresse une carte des troubles qui agitent le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

L'école, nouveau lieu d'élection du documentaire français ? Le triomphe d'Être et avoir, la Palme d'Entre les murs (une fiction, certes, mais avec de gros morceaux de réalité à l'intérieur) et le succès au long cours du très réac' Sur le chemin de l'école pointent en tout cas la salle de classe comme miroir d'une société, de ses conflits, de ses espoirs et de ses doutes.

Avec La Cour de Babel, Julie Bertuccelli opère une parfaite synthèse de tous ces films-là, posant sa caméra pendant un an dans une classe d'accueil parisienne, c'est-à-dire un "sas" de remise à niveau pour adolescents étrangers fraîchement arrivés en France. Il y a là une institutrice modèle (Brigitte Cervoni), des élèves attachants, certains très doués (Felipe, un Chilien qui raconte son histoire dans une BD particulièrement inspirée, Andromeda, une Roumaine à l'intelligence éclatante et au regard débordant de bienveillance) et des parents fiers de la volonté d'apprendre manifestée par leur progéniture…

Le film avance à coups d'événements clairement anecdotiques (le départ de la belle Mariam, moment d'émotion collectif, la présentation lors d'un festival du film qu'ils ont réalisé) et dévoile des discussions en classe sur des sujets éclairant les différences culturelles qui séparent les ados (la religion, encore et toujours) ou des réunions individuelles entre l'instit' et les parents.

La mondialisation entre les murs

Cette structure de chronique pointe la limite d'une œuvre artificiellement formatée sur la durée d'un long-métrage alors qu'elle pourrait donner lieu à une mini-série télé à la manière de La Loi du collège de Mariana Otero. C'est paradoxalement dans cette apparente dédramatisation des choses que repose le tour de force de Bertuccelli. En juxtaposant les parcours singuliers de ces jeunes exilés, la cinéaste dresse en creux un état du monde et de ses troubles actuels : la permanence d'une extrême droite antisémite en Serbie, l'impossible émancipation des femmes en Afrique, la violence urbaine en Amérique du Sud, le conflit jamais éteint entre catholiques et protestants en Irlande du Nord... Et, partout, les inégalités sociales qui poussent à un exode à l'issue incertaine…

La Cour de Babel trouve ainsi dans une situation locale le reflet d'un désordre global dont la solution, d'un optimisme naïf mais nécessaire, réside dans une tolérance et une compréhension mutuelles, celles que manifestent entre eux les héros ordinaires de ce joli film.

La Cour de Babel
De Julie Bertuccelli (Fr, 1h28) documentaire


La Cour de Babel

De Julie Bertuccelli (Fr, 1h42) documentaire

De Julie Bertuccelli (Fr, 1h42) documentaire

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Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais... Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français.


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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

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Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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Présentant les préparatifs d’un spectacle façon MJC, avec un comédien un brin halluciné déclamant des vers post-mallarméens, les premières images inquiètent légitimement. Où donc nous a entraînés la réalisatrice de La Cour de Babel ? Elle livrera peu à peu les clés : l’interprète des poésies est en fait le père d’Hélène, leur auteur. Signant Babouillec, cette trentenaire souffrant d’un trouble autistique ne parle ni n’écrit : elle communique depuis dix ans en désignant une à une les lettres composant les mots reflétant ses pensées. C’est grâce à ce procédé de bénédictin qu’elle a brisé le mur l’isolant du monde et "dicté" ses créations. Julie Bertuccelli fait témoigner ses parents (formidables de présence et de soutien), filme l’auteure à l’œuvre (œuvre de patience) et en discussion avec un mathématicien – sans doute brillant, mais énonçant ici des platitudes. La cinéaste ne pose pas un regard admiratif ou protecteur sur une "curiosité", mais nous fait partager son appréhension d’une démarche artistique singulière. Et prouve également que captée à l’é

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