Le Grand Jeu

ECRANS | Trop rares, les incursions du cinéma français dans les sphères du pouvoir et les coulisses de l’appareil d’État donnent pourtant lieu à des films aussi palpitants que réussis. En voici un de plus – une première œuvre de surcroît, signée Nicolas Pariser.

Vincent Raymond | Mardi 15 décembre 2015

Grands commis de l'État retrouvés "suicidés", sombres rivalités gouvernementales, macrostratégie politique et influences occultes… Les salons dorés et les couloirs feutrés des palais où siège l'exécutif fourmillent d'anecdotes propices à alimenter des thrillers rivalisant avec les meilleurs polars. Parce qu'elles touchent de près au cœur sacré de notre monarchie républicaine, ces histoires ont la saveur fascinante de l'interdit et nous placent dans la situation d'enfants pénétrant à leur insu dans la chambre des parents. Lorsque l'histoire se révèle documentée, c'est comme un flash de réalité augmentée qui nous submerge, prolongé par cette illusion folle d'avoir compris – voire partagé ! – le destin des puissants.

Comme le chef-d'œuvre de Schoeller L'Exercice de l'État (2011) ou, dans une moindre mesure, Quai d'Orsay (2013) de Tavernier, Président (2005) de Delplanque et Une affaire d'État de Valette (2008), Le Grand Jeu révèle petites intrigues comme grandes manœuvres. Et dispose, pour servir son matériau remarquable, d'interprètes d'exception : Dussollier jouant le matois marionnettiste des coulisses, Poupaud dans le rôle du candide précipité dans la nasse.

Ciné cynisme

Leur relation trouble, quasi père-fils, initiateur-initié, débute par une entreprise de séduction appuyée (formidable échange d'ouverture) menée par cet homme de l'ombre lors d'une rencontre en apparence fortuite. En réalité, elle a été ourdie par ce dernier : on apprendra grâce à lui que gouverner, ce n'est pas prévoir, mais plutôt savoir abolir le hasard afin d'être maître de toutes les initiatives. Et comment un fait d'actualité, authentique ou fabriqué (ici, inspiré de l'Affaire de Tarnac) peut, selon la manière dont on l'instrumentalise, affermir ou déstabiliser les forces aux affaires.

Pion halluciné découvrant l'échiquier cynique sur lequel on l'a posé, le personnage d'écrivaillon joué par Poupaud tente tardivement de s'en échapper, alors que la partie a été lancée. Sa naïveté désabusée a quelque chose de touchant, rappelant ces antihéros souvent campés par Amalric, revenus d'une idéologie trotsko-gauchiste pour habiter au milieu des mégots, vêtus comme l'as de pique. Malgré son caractère velléitaire, il a pour lui une sincérité dévorante le rendant incompatible avec le monde hypocrite des dominants. C'est (peut-être) ce qui pourra le sauver de la forfaiture…

Le Grand Jeu
De Nicolas Pariser (Fr, 1h39) avec Melvil Poupaud, André Dussollier, Clémence Poésy…


Le Grand Jeu

De Nicolas Pariser (Fr, 1h39) avec Melvil Poupaud, André Dussollier...

De Nicolas Pariser (Fr, 1h39) avec Melvil Poupaud, André Dussollier...

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Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d'un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange...


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"Alice et le maire" : pensée commune (et excellente surprise)

ECRANS | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau (Fabrice Luchini), maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues – mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Nicolas Pariser insiste, c’est la nécessité

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"Le Grand jeu de l’ouïe" : ceci est un blind test théâtral

Spectacle | La compagnie grenobloise des Gentils tourne avec un nouveau spectacle participatif et, surtout, très drôle. Prochaine date : dimanche 11 mars à l'Espace 600.

Aurélien Martinez | Mardi 6 mars 2018

Nous voici convoqués au pilote d’une future émission visant à tester les connaissances musicales des téléspectateurs. Aux commandes du show, un duo au sourire ultra bright accompagne un pianiste qui enchaîne les airs issus de grands films – ça brasse large, tant en style qu’en période. À la clé pour l’équipe gagnante, un chèque – enfin, si la prod veut bien le signer, ce qui ne semble pas évident. Le Grand jeu de l'ouïe est ainsi une drôle de mise en abyme qui permet à la compagnie grenobloise des Gentils de livrer une proposition à deux niveaux de lecture, comme le public est véritablement amené à participer au jeu tout en assistant à un véritable spectacle. Et dans le rôle des présentateurs Georges et Corine, on retrouve deux des jeunes comédiens grenoblois les plus intéressants, que ce soit avec les Gentils ou en dehors : Colin Melquiond et Doriane Salvucci. Avec l’excellent (et taiseux) François Marailhac au piano, et le metteur en scène

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Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Littérature | C’est parti pour la nouvelle édition du fameux Printemps du Livre qui, du mercredi 5 au dimanche 9 avril, investira plusieurs lieux de Grenoble et de l’agglo (dont, trois jours durant, le Musée de Grenoble et ses nombreux espaces) pour des rencontres avec des romanciers, des conférences, des spectacles, des expositions… Afin de profiter au mieux de cette émulation littéraire, on a sélectionné huit auteurs à découvrir. Suivez-nous.

La rédaction | Mardi 4 avril 2017

Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Jonathan Coe S'il fallait définir la quintessence de l'écrivain anglais – anglais et non britannique –, celle-ci tiendrait en deux mots : « Jonathan Coe ». Dieu sait s'il y a de la concurrence dans l'Angleterre des lettres, de Julian Barnes à Nick Hornby en passant par Martin Amis et Will Self, mais Coe c'est autre chose. À vrai dire, il partage avec chacun d'eux des traits communs, mais il est le seul à les réunir tous. Lui seul parvient, de Testament à l'Anglaise jusqu'à aujourd'hui sa presque suite Numéro 11 (un roman à sketches auscultant la période Blair-Cameron), à rendre universelles les problématiques et caractéristiques de son pays. Portant ainsi à un tel degré sur l'Angleterre un regard acéré tout en étant doux, amer mais empreint d'un humour so british plein d'autodérision et de charme. SD À la bibliothèque Aragon (Pont-de-Claix) vendredi à 19h (rencontre) Au Musée de Grenoble samedi à 15h30 (rencontre) et dimanche à 11h (lecture) ________ Céline Minard L’auteure française Céline Minard clive, entre admirateurs de son monde radical et lect

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Roger Vailland : bon pied, bon œil

Meillonnas - Ain | L'auteur du Regard Froid, essai essentiel paru en 1963, a longtemps vécu dans l'Ain. Originaire de Reims, il a découvert la région pendant la guerre, (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 15 avril 2016

Roger Vailland : bon pied, bon œil

L'auteur du Regard Froid, essai essentiel paru en 1963, a longtemps vécu dans l'Ain. Originaire de Reims, il a découvert la région pendant la guerre, en 1942, alors qu'il s'était engagé dans la Résistance (lire à ce sujet le tout aussi essentiel Un jeune homme seul) et s'était réfugié à Chavannes-sur-Reyssouze, après un passage par Lyon suite à la défaite en 1940. Roger Vailland reviendra s'installer dans le Bugey en 1951 avec sa compagne et donnera cette région pour cadre à plusieurs de ses romans, dont 325 000 francs, qui explore les affres d'une usine de plastique d'Oyonnax. L'écrivain s'installe ensuite à Meillonas, où celui qui fut aussi grand reporter et scénariste pour Roger Vadim et René Clément fut enterré à sa mort en 1965, à une centaine de mètres de la maison qu'il occupa dès 1954 dans ce petit village du Revermont. Une association basée à Bourg-en-Bresse, Les Amis de Roger Vailland, organise des colloques chaque année autour de son œuvre et parfois des visites sur les traces du co-fondateur du Grand Jeu et prix Goncourt (en 1957 avec La Loi). Pour marcher dans sa foulée et trouver l'inspiration dans le village, de

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Le Club réagit aux résultats des régionales avec le court-métrage "La République"

ECRANS | Le film de Nicolas Pariser est programmé gratuitement toute la semaine à 18h45 (sauf dimanche à 17h45).

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Le Club réagit aux résultats des régionales avec le court-métrage

« Le Cinéma, miroir d'une politique en berne ? » se demande le cinéma Le Club après le premier tour des élections régionales et son résultat alarmant. D’où la décision prise ce lundi de projeter gratuitement toute la semaine le court-métrage La République de Nicolas Pariser, Grand Prix du Festival du Court Métrage de Grenoble et Prix Jean Vigo 2010. « Il était une fois un microcosme politique qui pointait du doigt un parti extrémiste pour mieux ignorer ses responsabilités. Il était une fois des électeurs qui ne trouvaient espoir que dans l'illusion d'une politique différente. Il est un film que tous les acteurs politiques devraient découvrir pour saisir la nausée d'électeurs en deuil d'avenir » (mot de Patrick Ortega, directeur du Club). Rendez-vous du mercredi 9 au mardi 15 décembre à 18h45 (sauf le dimanche à 17h45).

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