"T2 Trainspotting" : l'honnête retour des héro(ïnomane)s

ECRANS | Vingt ans après avoir entubé son monde dans "Trainspotting", Mark (Ewan McGregor) règle ses dettes avec les intérêts. Quant au réalisateur Danny Boyle, il fait sagement fructifier le capital sympathie de ses défoncés en dealant du shoot visuel et sonore aux quadras nostalgiques de leurs vingt ans. Une honnête rechute.

Vincent Raymond | Vendredi 24 février 2017

Saisi par le remords (entre autres impérieuses raisons), Mark Renton quitte sa planque d'Amsterdam et retourne à Édimbourg où Sick Boy semble prêt à tout lui pardonner, à condition qu'il l'aide à ouvrir un bordel. Mais le pire est à craindre : Begbie s'est évadé de prison…

Souvent, la suite tardive d'un succès "générationnel" se révèle honteuse ou paresseuse – on s'abstiendra, par charité, de rappeler les exemples des Inconnus, des Bronzés, de Trois Hommes et un couffin ou de tant d'autres merveilles. Montées pour de mauvaises raisons (aisément d€vinabl€$), elles déçoivent leurs fans transis, qui n'osent pas s'avouer désappointés devant le naufrage de leurs illusions. Sans scintiller ni déchoir, Trainspotting 2 peut se targuer d'être une "bonne" suite.

On se ca(l)me !

Danny Boyle donne ce qu'ils attendent à ses clients : il prolonge les péripéties de sa bande presque assagie de junkies en usant d'une intriguette prétexte à une suite de sketches parfois réussis – la méthode a jadis fait ses preuves dans les Don Camillo. Il ne se risque pas à la surenchère trash ou destroy ; le ferait-il qu'il tomberait dans un montage à la Jean-Marie Poiré.

En faisant exister T2, le réalisateur accomplit la promesse (certes jamais formulée à l'époque) de montrer la résultante des choix qui tourmentaient tant Renton et ses potes en 1997. Son film se trouve ainsi criblé de surgissements, citations ou références au premier opus (tant pis pour ceux qui ne l'ont pas vu) ; bien planté dans son présent, mais hanté en permanence par les patachonneries du passé.

Comme les protagonistes et les interprètes, le public vingtenaire de 1996 s'est mangé vingt ans dans les quenottes (plus toutes d'origine, d'ailleurs) ; comme eux, il se découvre chaque jour semi-vieux, nostalgique et se hait d'être devenu responsable, à son corps défendant. Trainspotting 2 sera pour lui pareil à un dernier shoot d'inconséquence. C'est certainement une escroquerie ; au moins est-elle inoffensive…

T2 Trainspotting
de Danny Boyle (GB, 1h57) avec Ewan McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner, Robert Carlyle…


T2 Trainspotting

De Danny Boyle (Angl, 1h57) avec Ewan McGregor, Jonny Lee Miller...

De Danny Boyle (Angl, 1h57) avec Ewan McGregor, Jonny Lee Miller...

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D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse...


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"Yesterday" : all you need is The Beatles

ECRANS | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après "Steve Jobs", Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale et nostalgique aux inspirations multiples.

Vincent Raymond | Lundi 1 juillet 2019

Jack Malik (Himesh Patel) a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d’un trésor : il s’est réveillé dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons… Quel musicien n’a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de John Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l’influence du groupe a été – et demeure – telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitiment causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et, surtout, réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d’habitude les biopics musicaux. Face A : Love me doux Le scénar

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Avant Danny Boyle, les autres Steve Jobs sur écran

ECRANS | Alors que sort ce mercredi 3 février le très attendu "Steve Jobs" de Danny Boyle, retour sur la figure du boss d'Apple dans les films de cinéma ou de télévision, que ça soit dans des fictions ou des documentaires.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Avant Danny Boyle, les autres Steve Jobs sur écran

Mélange de coups d’éclat, d’échecs cinglants, d’incessantes résurrections professionnelles et de drames personnels, la vie du fondateur d’Apple était de nature à inspirer les esprits romanesques – d’autant plus titillés par son culte maladif du secret et son art consommé d’une communication maîtrisée. Hollywood ne pouvait rester indifférent à cette poule aux œufs, ou plutôt aux pommes d’or. Le petit écran fut le premier à s’intéresser au phénomène avec Les Pirates de la Silicon Valley (1999) de Martyn Burke, tourné juste après le retour gagnant de Jobs aux manettes de la firme de Cupertino. Racontant sur un mode semi-drolatique l’émergence d’une nouvelle industrie, ce téléfilm se centre sur le portrait croisé des deux frères ennemis Bill Gates (Anthony Michael Hall) et Steve Jobs (Noah Wyle, le Dr Carter de la série Urgences). L’orignal apprécia tellement la performance qu’il invita Wyle à l’imiter à ses côtes, sur la scène de l’Apple Expo 2000. Jobs eut aussi droit à de nombreuses parodies ; la plus fameuse sous les traits de Steve Mobbs, patron de Mapple en 2008 dans l’épisode Les Apprentis Sorciers de la série

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"Steve Jobs" : Boyle et Sorkin réinventent le biopic

ECRANS | Après s’être notamment égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail d'adaptation de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple : un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs et listant les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, ma

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland à ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, surtout, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent

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Perfect sense

ECRANS | De David MacKenzie (Ang, 1h32) avec Ewan McGregor, Eva Green…

François Cau | Vendredi 23 mars 2012

Perfect sense

Version métaphorico-poétique du récent Contagion, Perfect sense imagine la fin du monde par la disparition des sens. D’abord l’odorat, puis le goût, puis l’ouïe… Ne cherchant pas d’explication rationnelle à cette étrange épidémie, David MacKenzie les fait précéder par des accès de mélancolie, d’euphorie ou de colère qu’il illustre à travers des clips façon Benetton montrant la dimension mondiale des événements. C’est la part la plus ratée du film, qui heureusement se recentre à chaque étape de son programme sur le couple formé par une médecin et un cuisinier, cherchant avec leurs armes à endiguer la fatalité. Là encore, Perfect sense est plombé par la lourdeur de ses symboles, mais il se rattrape avec la grâce de ses deux acteurs : Eva Green, dont on ne comprend pas la carrière pour le moins erratique, et Ewan MacGregor, qui débordent de vie et d’amour, même quand le film leur invente des traumas bien gratinés. S’ils ne sauvent pas complètement ce drôle de projet, ils lui offrent en tout cas des moments simples et touchants.Christophe Chabert

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127 heures

ECRANS | de Danny Boyle (ÉU-Ang, 1h35) avec James Franco…

François Cau | Mercredi 16 février 2011

127 heures

Privé du souffle romanesque et euphorique qui faisait oublier les tics cinématographiques de Slumdog Millionnaire, Danny Boyle se plante en beauté avec 127 heures. L’histoire vraie d’Aron Ralston, amateur de sports extrêmes coincé pendant cinq jours dans une crevasse, la main bloquée par un lourd rocher, devient à l’écran une centrifugeuse à images dont le but ultime est de ne pas assumer qu’il ne se passe rien à l’écran — et pas beaucoup plus dans la tête de son personnage. Comme si Sofia Coppola avait fait de Somewhere un reportage de 50 minutes inside ! Boyle filme tout, dans toutes les positions, avec toutes les caméras disponibles, sauf… le calvaire de son héros et la performance de son acteur, ce qui pourtant constituait l’intérêt majeur du projet. À la place, on a droit à des plans récurrents sur des montres ou à l’intérieur d’une gourde, des travellings aériens traversant des centaines de kilomètres, des flashbacks sur des partouzes dans lesquelles on ne voit pas un seul sein (du puritanisme pur, car quand il s’agit de montrer Aron se sectionnant le bras, Boyle se délecte d’images gore !), et des séquences d’hallucinations pour, au propre comme au figuré, noyer le poisso

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