"Un coup de maître" : vieilles canailles !

ECRANS | de Gastón Duprat (Esp- Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Photo : Eurozoom


Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd'hui dépassé et aigri. Alors qu'il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d'un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c'est une occasion en or…

Coréalisateur de l'excellent Citoyen d'honneur (2017), Gastón Duprat continue d'explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l'un s'acquitte de l'art, l'autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en terme de filouterie : le peintre se vante d'être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c'est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars.

À partir de ces deux personnages en apparence peu fréquentables, Duprat compose pourtant une touchante ode à l'amitié, glissée dans une pétillante comédie bifurquant vers le thriller. Tournant en ridicule les fats, les spéculateurs et les imbéciles pullulant dans le monde de l'art (une sacrée foule, donc) Un coup de maître fait également en permanence reconsidérer l'image que l'on se fait des protagonistes. C'est aussi l'un des enseignements du film et sa leçon inaugurale : il faut prendre le temps de contempler une œuvre pour la saisir dans sa globalité, et ne pas se contenter d'un fragment ni d'une vision fugace. Sa vérité n'apparaît que dans le temps. Sa vérité… et ses mensonges.


Un coup de maître

De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni...

De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni...

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Arturo est le propriétaire d’une galerie d’art à Buenos Aires; un homme charmant, sophistiqué mais, sans scrupules. Il représente Renzo, un peintre loufoque et torturé qui traverse une petite baisse de régime. Leur relation est faite d’amour et de haine. Un jour, Renzo est victime d’un accident et perd la mémoire. Profitant de cette situation, Arturo élabore un plan osé pour les faire revenir sur le devant de la scène artistique.


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"La Colère d’un homme patient" : vengeance glacée

ECRANS | de Raúl Arévalo (Esp., int.- 12 ans, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Huit ans après un braquage musclé qui s’est mal terminé pour les victimes comme pour les malfaiteurs, un étrange bonhomme taiseux se rapproche du gang à l’origine des faits. Son but : la vengeance. L'Espagnol Raúl Arévalo ouvre son premier film sur une prometteuse séquence, au spectaculaire duquel il est difficile d’être insensible. Las ! La suite ne sera pas du même tonneau, marquée par un rythme un tantinet poussif, malgré les efforts ou effets pour le muscler (inserts de cartons-chapitres durant la première demi-heure, violence stridulante…) afin de maintenir une tension en accord avec le sujet. Un sujet qui constitue un problème majeur pour ce thriller moralement discutable : il s’agit tout de même d’une "charlesbronsonnerie" contemporaine vantant froidement, sans la moindre distance, le principe de l’auto-justice. Ajoutons que l’intrigue, par trop rectiligne, ne réserve aucune surprise dans son dénouement. Malgré cette brutalité générale, La Colère… a bénéficié en Espagne d’un accueil des plus favorables, conquérant les Goya des meilleurs film, acteur et jeune réalisateur. Va falloir se calmer.

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"Citoyen d'honneur" : nul n'est Nobel en son pays

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte argentin subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine, de le faire "citoyen d’honneur", il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn et Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition du film Delivrance – cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme

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La Isla minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femme dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

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L’homme d’à côté

ECRANS | De Mariano Cohn et Gaston Duprat (Arg, 1h50) avec Rafael Spregelburd, Daniel Araoz…

François Cau | Vendredi 29 avril 2011

L’homme d’à côté

Designer à succès, Leonardo a tout ce dont on pourrait rêver : une famille, une belle bagnole, de la thune en pagaille, la seule demeure jamais conçue par Le Corbusier sur le continent américain… Le jour où son fruste voisin Victor décide de percer une fenêtre donnant directement sur son intimité, ses fragiles assises vont vaciller jusqu’au vertige. D’un canevas de comédie en apparence classique, reposant en grande partie sur un choc des cultures, le scénario de Rafael Spregelburd (excellent dans le rôle principal, tout comme l’imposant Daniel Araoz) brode une variation enlevée sur le thème de la lutte des classes, dont l’humour corrosif naît d’un retournement de perspective que les deux réalisateurs maîtrisent par ailleurs parfaitement : on a beau voir l’action du point de vue de Leonardo, et donc subir à son rythme les événements causés par son voisin, on perçoit vite qui est le gros con de l’autre. Sans foncer pour autant dans une lecture binaire de cette subtile guerre des nerfs aux irrésistibles ponctuations comiques, L’homme d’à côté fait de plus en plus sens au fil des scènes, déroule une construction jubilatoire avant de céder à la facilité d’une conclusion expéditive – dom

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