"Lucky Strike" : sac d'embrouilles

ECRANS | De Kim Yong-hoon (Cor. du S., int.-12 ans, 1h48) avec Jeon Do-Yeon, Woo-Sung Jung, Seong-woo Bae…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Photo : ©Wild Bunch


Un employé de sauna dans le besoin découvre un sac plein de billets dans ses vestiaires ; un agent de l'immigration véreux dont la petite amie s'est volatilisée doit de l'argent à un mafieux ; des cadavres coupés en morceaux sont retrouvés ici et là. Tout est lié. Vous aimez les puzzles ?

Parasite de Bong Joon-ho ayant par son succès international vaincu les ultimes réticences du grand public à l'égard du cinéma coréen, l'heure est venue pour cette production des plus fécondes de toucher ses dividendes. Pourquoi s'en priver ? Thriller patchwork aux accents tarentinesques, Lucky Strike peut capitaliser sur l'aura de Parasite dans le registre “policier à emboîtements et retournements de situations multiples“ : Kim Yong-hoon ne se prive pas d'entremêler plusieurs fils dans son intrigue, faisant se croiser temporalités et protagonistes autour d'un seul enjeu universel : récupérer de l'argent. Un argent qui sent mauvais puisqu'il est illicite ; obtenu par corruption, usure, trafic, escroquerie, meurtre, vol, chantage, héritage… Un argent caché dans une sacoche de luxe et qui attire la mort comme une bouse le scatophage du fumier.

Par sa composition chapitrée, la propension des demi-sels de l'histoire à ourdir des stratagèmes pour embobiner un chef de la pègre, Lucky Strike évoque une version trash et dynamitée de L'Arnaque (1973) à la sauce hémoglobine ; l'intrigue volontairement touffue renvoyant plutôt au Grand Sommeil (1946). Tutoyant le plus cru des réalismes par ses personnages aux contours terriblement humains — on croirait un digest de la Comédie humaine : problèmes de fin du mois, de violence conjugale, de superstition, de sénilité des aînés, d'employeurs mesquins… —, ce polar mâtiné de séquences grand-guignol est tempéré par un humour macabre irrésistible lui conférant au bout du compte une dimension morale et philosophique.

Sortie le 8 juillet

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The Housemaid

ECRANS | Sur un argument tiré d’un célèbre mélodrame coréen, Im Sang-soo signe une satire sociale féroce, somptueusement mise en scène. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 8 septembre 2010

The Housemaid

Une nuit ordinaire dans les rues de Séoul. Le bruit de la circulation ; les néons des restaurants où quelques coréens solitaires s’empiffrent ; et, au milieu de tout ça, une femme qui grimpe sur le rebord de sa fenêtre et se jette dans le vide. C’est l’introduction de The Housemaid : fiévreuse, retranscrite avec des éclats de plans furieux par Im Sang-soo, le plus discret des grands cinéastes sud-coréens actuels. Le plus politique, aussi. Chacun de ses films est une radioscopie de l’histoire contemporaine de son pays, tantôt romanesque (Le Vieux jardin), tantôt littérale (The President’s last bang). The Housemaid n’échappe pas à la règle. Passée cette ouverture chaotique, c’est à un cruel opéra social qu’il nous invite, baroque dans sa forme, rageur dans son propos. On y voit une jeune fille, Euny (Jeon Do-yeon, excellente actrice révélée par Secret sunshine), qui trouve un petit boulot de femme de ménage dans une grande famille de parvenus. Le mari est un businessman beau comme un Dieu grec ; l’épouse, enceinte, se prélasse dans l’oisiveté ; et l’ancienne gouvernante, plus pète-sec qu’un fan de Lionel Jospin, méprisante et envieuse, semble connaître par c(h)œur (antique) la règ

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