Marques et Spencer

MUSIQUES | Après huit ans de hiatus discographique, le Blues Explosion de Jon Spencer revient mettre un grand coup dans la fourmilière blues avec le belliqueux et chaudard "Meat & Bone". Et un concert événement à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 23 novembre 2012

On se souvient (ou pas, plus probablement) de cette anecdote de Lara Fabian contant la phrase prononcée un jour par son manager et mari de l'époque : «Ensemble, on ira mettre un coup de tête à la Tour Eiffel et un autre à la Statue de la Liberté» – cette dernière n'aurait rien senti et la Tour Eiffel n'aurait pas souffert. Vous ne voyez pas bien le rapport avec Jon Spencer ? Il est pourtant évident, toute la carrière de Spencer ayant consisté à mettre des coups de têtes musicaux à son auditoire. Et aussi quelques bons coups de reins. A produire, au maximum, une sorte de jamboree explosif et, au minimum, un catfight d'amour vache qui finirait sur l'oreiller. On en a un bel exemple avec le clip de Boss Hog où Spencer et sa femme, la canonissime Cristina Martinez, s'ébattent dans le désert après s'être promis raclée et inhumation.

Spencer, diaboliquement beau lui aussi, y apparaît efflanqué comme un chat de gouttière. Il le sera toujours, se permettant même de changer de genre en se faisant incarner par la crevette Winona Ryder dans le clip de Talk About the Blues. Que ce soit avec Boss Hog, donc, Pussy Galore avant cela ou bien évidemment le Blues Explosion, il s'est toujours agi pour Spencer de faire péter les coutures psycho-sexuelles, celles des pantalons mais aussi celles des genres, ici musicaux, qui gravitent autour d'un blues séminal qui se roulerait en hurlant dans les sédiments du Mississippi.

A l'os

Après quelques folles années dont l'acmé fut le sublime... Acme (1998), quelques années de moins bien et quelques autres de séparation que Spencer consacra notamment à jouer les rockabileux avec Heavy Trash, le Blues Explosion est de retour, huit ans après Damage. Et pas seulement pour donner quelques concerts. Non, avec un album à l'os, Meat & Bone, qui se dévore avec les doigts. Le groupe y retrouve son mojo crasseux des premières heures. Spencer, qui ne vieillit que parce qu'il vieillit bien, y joue les atrabilaires comme un Robert Johnson punk qui aurait bouffé le diable (par la queue) au lieu de passer un pacte avec lui ; souffle, râle et feule comme un animal en chaleur et affamé.

Et tout ça, ça (re)devient le Blues Explosion, atomique et bancal, libre comme l'air mais saturé de soufre et prêt à vous en coller plein les ratiches (Ice Cream Killer, ou le terrible Danger) voir partout ailleurs si affinités (Get Your Pants Off, Strange Baby). Meat & Bone parce que la chair est faible et que l'os est aussi dur que cassant. Ou le symbole d'un blues qui laisse des traces, des plaies, des bosses, des bleus.

The Jon Spencer Blues Explosion
A l'Epicerie Moderne, jeudi 29 novembre

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Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la Freedom Tower, le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins (un Américain du siècle dernier très rhythm and blues) efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant mais néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire. La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser pour deux la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon. Car s'il s'agit de rendre hommage (« Come on fellas, we gotta to pay respect », commande Spencer sur l'inaugural Funeral) ou du moins de tro

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Les dix concerts immanquables de l'automne

MUSIQUES | Il y aura du monde les prochains mois dans les différentes salles de l'agglo grenobloise, dont beaucoup de très bons musiciens. Comme Jay Jay Johanson, Kraftwerk, Christophe, The Jon Spencer Blues Explosion, Socalled...

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 septembre 2015

Les dix concerts immanquables de l'automne

Jay Jay Johanson « Hey ! Content de te voir, ça va Jay Jay ?! » Toujours bof apparemment à en croire la pochette d'Opium et son contenu. Jay Jay, ça va tellement que lors d'une interview sur France Culture, à la journaliste qui fait le bilan de sa carrière « Alors, vous avez 45 ans... », il répond sans rire « non j'en ai 50 » – alors qu’en fait, il en a 45. Bon. Mais Jay Jay, ça va tellement qu'il a sorti cette année – à 50 ans bientôt 68, donc, ne le contredisons pas – son dixième album studio en un peu moins de 20 ans. Sur la période, le Suédois aura à peu près tout fait, y compris s'afficher en Bowie capillairement attenté sur un disque qui flirtait parfois avec la grande époque de Steph de Monac' (Comme un ouragan, donc). Mais Jay Jay, ça va tellement, donc, qu'il nous revient avec un truc bien opiacé qui semble regarder directement dans le verre de Whiskey qu'il nous avait servi en 1996 et nous l'avait révélé en Chet Baker efflanqué aux cheveux blonds et à l'âme bleue faisant le sexe avec Portishead : une sorte de trip-hop jazz comme on aurait même plus l'idée d'en écouter en 2015, n'était

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