Rover, étranger en pays étrange

MUSIQUES | Né d'un retour d'exil forcé, Rover a transformé l'énigme du retour en questionnement existentiel et en voyage fascinant avec son premier disque, le très remarqué "Rover", manière de reprendre la route autrement. Le revoilà, enfant du paradoxe musical et géographique, avec "Let it Glow", album au minimalisme invisible, portrait d'un éternel étranger s'affirmant dans l'effacement et l'évasion. À découvrir sur la scène de la Belle électrique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Dans l'Exode de la Bible, version King James, chapitre 2, verset 22, voici comment Moïse justifie de nommer l'un de ses fils Gershom (qui signifie à peu près « étranger en ces lieux ») : « For (…) I've been a stranger in a strange land ». Autrement dit, « un étranger en pays étrange ». Un homme de l'exil permanent. L'expression inondera la pop culture, donnant son titre à des dizaines de chansons, des Byrds à U2. Et surtout à un fameux roman des années 1960 de Robert Heinlein (dont le titre français est En terre étrangère) comptant le retour sur terre d'un astronaute, seul survivant d'une mission sur Mars que l'expérience a spectaculairement transformé, et qui se sent du coup étranger sur sa propre planète. Cet étranger, au vu de son parcours de vie et à l'écoute de ses disques, ce pourrait être Timothée Régnier dit Rover.

Né en France, Timothée a grandi à l'étranger au gré des déménagements familiaux, de New York à ce Liban où il vivait avec son frère et dont il a été chassé comme un malpropre à la fin des années 2000 pour un problème de visa. Après un détour par Berlin, il atterrit seul en Bretagne, dans une maison familiale vide, avec une vie à reconstruire et la sensation, le monde parcouru, de n'être nulle part chez soi. « Tout laisser derrière soi, devoir rebondir, se réinventer, reconstruire sa vie, sur le papier ce n'est pas marrant nous confie-t-il. Heureusement, j'ai la chance d'être Français et que mes parents aient eu un endroit que je pouvais investir avec trois ou quatre instruments. » Une chance inespérée que, dans son malheur, il saura mettre à profit.

Dans le roman de Heinlein, le héros "martien", Valentin Michael Smith, outre qu'il a la capacité de faire disparaître les corps et les objets, a la faculté, induite par une hypersensibilité émotionnelle, de se retirer dans une sorte de paralysie corporelle, d'éloigner son esprit d'une réalité qui lui est trop difficile. C'est peu ou prou ce qu'a fait Timothée Régnier dans sa maison bretonne. S'immergeant dans la musique comme on entre en soi-même, il est devenu Rover et a façonné son premier album Rover comme on se construit une cabane ou une carapace. Pour se protéger mais aussi comme on pousse un cri dans l'espace.


Rover

1ère partie : Manolo Redondo
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"En guerre" : Stéphane Brizé et Vincent Lindon au plus près de l'horreur économique

ECRANS | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Bertolt Brecht en préambule, et dans la foulée de "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition au Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est censé ignorer La Loi du marché (2015), du nom de l'avant-dernière réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le commun des mortels à crever, de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement ; révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité. Pot-pourri L’histoire d’

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Pauline Drand, la découverte des Belles journées

MUSIQUES | Pour la deuxième édition du festival de Bourgoin-Jallieu Les Belles Journées, on a rendez-vous avec pas mal de têtes connues. Et également quelques moins connues mais non moins passionnantes, comme la folkeuse Pauline Drand.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 septembre 2016

Pauline Drand, la découverte des Belles journées

Peut-être est-ce parce que la période sent bon la rentrée, les cahiers neufs et le retour des ennuis domestiques, mais il semble qu'une fois de plus les effectifs de la classe 2016 de ces Belles Journées sises à Bourgoin-Jallieu ont comme un goût de tête de classe, de best-of de la dernière année scolaire, de revue de bêtes à concours, de troupe d'élite pour classe prépa rock. Entre nos chouchous de longue date (Mensch, Harold Martinez) dont on ne sait plus très bien s'ils accompagnent notre évolution ou nous la leur, nos coups de foudre plus récents (Grand Blanc, Rover) qui ont même surpassé nos attentes (le premier album de Grand Blanc, le second de Rover) et les valeurs sûres indéboulonnables de la chanson française comme Arman Méliès, le culte Dominic Sonic ou La Grande Sophie encore (après Uriage en Voix), on compte quelques étoiles montantes comme Broken Back. Ou comme Pauline Drand. Car s'il faut se pencher sur un espoir à chérir, ce sera pour nous cette folkeuse d'une petite vingtaine, Parisienne, marchant d

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Fontaine : couvrez cette expo que je ne saurais voir

ACTUS | Ce jeudi 14 avril aurait dû être inaugurée au Vog, centre d’art municipal de Fontaine, une exposition consacrée à l’artiste Philippe Perrin. Mais elle a finalement été annulée par la Ville au vu du « contexte national et international » ; puis ensuite par l’artiste lui-même quand la mairie a fait machine arrière en imposant plusieurs conditions (« inacceptables » selon lui) à son maintien. On fait le point avec ceux, rares, qui ont bien voulu s’exprimer.

Aurélien Martinez | Mardi 12 avril 2016

Fontaine : couvrez cette expo que je ne saurais voir

Programmée du 14 avril au 14 mai au centre d’art municipal de Fontaine le Vog, l’exposition Sheena is… remix devait présenter le travail de l’artiste Philippe Perrin. Des œuvres mettant en avant « un monde de violence, de rixes, de coups portés à d’innombrables ennemis, à tous même » comme il est écrit en préambule du dossier de presse ; mais « pas seulement ». « Philippe Perrin montre néanmoins, au travers d’une violence de l’humanité, les ambiguïtés du monde. » Des ambiguïtés qui ont dérangé l’équipe municipale de Fontaine qui avait d’abord imaginé interdire l’exposition avant de se rétracter. Forcément, on a tenté de joindre le maire communiste Jean-Paul Trovero pour avoir son point de vue (ou celui de son adjoint à la culture Brice Di Gennaro) : on nous a systématiquement renvoyés vers le communiqué de presse publié la semaine dernière. En voici un extrait : « L’exposition proposée par Philippe Perrin devait reprendre une partie de ses œuvres marquées par la scénarisation et la représentation de l’univers des armes, des codes de la violence et des

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Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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The Rover

ECRANS | Après "Animal kingdom", David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de "Mad Max", c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

The Rover

The Rover, c’est Mad Max qui rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l’action se déroule en Australie quelques années « après la chute ». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l’économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C’est le cas d’Eric, vagabond errant dans une bagnole qu’il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné. L’impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de l’ordinairement cabotin Guy Pearce) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture. Post-cinéma Si

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Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

ECRANS | "The Rover" de David Michôd (sortie le 4 juin). "The Disappearance of Eleanor Rigby" de Ned Benson (date de sortie non communiquée). "It follows" de David Robert Mitchell (date de sortie non communiquée). "Les Combattants" de Thomas Cailley (sortie le 20 août).

Christophe Chabert | Dimanche 18 mai 2014

Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part de David Michôd, réalisateur d’Animal kingdom, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherche

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Bien frappé

MUSIQUES | Pour sa 13e édition, LE festival d'été de Grenoble fait plutôt dans la dentelle avec sa programmation aux petits oignons faite de découvertes, de futurs grands et de déjà immenses. Un cahier des charges qui se résume à lui tout seul dans la soirée du vendredi 27 juillet. Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Bien frappé

Entamé au début du siècle avec des petits jeunes qui ont fait du chemin depuis (Dionysos, Julien Lourau, Philip Prohom), le Cabaret frappé a vu passer de la vedette (Dominique A, The Wailers, Herman Düne, Tahiti 80) mais peut-être pas autant qu'il n'a modestement contribué à en révéler. Et comme on ne change pas un programme qui gagne – sauf peut-être en politique, mais c'est une autre histoire – c'est sur cette ligne que le festival grenoblois poursuit sa route pour l’édition 2012. Avec des soirées thématiques qui, à notre humble avis, culmineront, si ce n'est le samedi avec un intouchable combo électro The Shoes-Nasser, avec la pénultième soirée, celle du vendredi, plutôt orientée pop-rock battant pavillon indé. La preuve en sera, au Kiosque, avec l'un des plus illustres – et pourtant bien trop méconnus – représentants de l'esprit indé, pour ne pas dire de l'esprit "va te faire foutre" : Theo Hakola. Une sorte de Nick Cave franco-américain qui n'aurait jamais su cacher que son cœur est à gauche, très à gauche. Ce qui lui valut de compose

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Rover au Cabaret frappé cet été

MUSIQUES | Les derniers noms tombent, petit à petit. Aujourd'hui, on apprend que Rover sera de la partie, et c'est plutôt pas mal!

Aurélien Martinez | Jeudi 31 mai 2012

Rover au Cabaret frappé cet été

Au Cabaret frappé cet été, du 23 au 28 juillet, il y aura donc, entre autres, The Shoes, Tony Allen, The Excitements, Ewert And The Two Dragons, Theo Hakola, Miss White and the Drunken Piano... Cette semaine, l’équipe du festival a encore lâché d’autres noms : Nasser, Reggae Legends : The Mighty Diamonds, Pablo Moses, Linval Thompson et Irma. Et aujourd’hui, avant le dévoilement final lundi de la grosse tête d’affiche qui envoie du lourd, on apprend que Rover sera de la partie. Rover? Un ovni romantique, dandy et bestial, sorte de David Bowie d’aujourd’hui. Il en a la voix élastique, donnant parfois l'impression de flotter dans l'espace (oddity), capable de côtoyer les aigus un peu geignards sur Champagne aussi bien que gracieux et Lennoniens sur Lou (son A d

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