Le couvent Sainte-Cécile, la case historique des Éditions Glénat

ESCAPADES | Niché en plein cœur du centre-ville grenoblois, le couvent Sainte-Cécile abrite depuis 2008 le siège des Éditions Glénat. Histoire d’une maison religieuse qui, à l’image de la statue de Titeuf qui la coiffe aujourd’hui, en a connu de belles ! Léa Ducré

Aurélien Martinez | Mardi 29 avril 2014

Près de 4000 titres publiés chaque année, des best-sellers comme Titeuf, Dragon Ball, Lou ou Les gouttes de Dieu et même des succès adaptés au cinéma (Le Bleu est une couleur chaude devenu La Vie d'Adèle) : Jacques Glénat est un grand nom du monde de la bande dessinée. L'éditeur natif de Grenoble est aujourd'hui installé dans le couvent Sainte-Cécile, édifice porteur d'un grand pan de l'histoire de la ville.

Nouvelle demeure, lourds travaux

Flashback : dans les années 2000, Jacques Glénat cherche un bâtiment pour regrouper les services de sa maison d'édition, comme une case où regrouper tous ses personnages (équipes de productions et personnel administratif). Belle case atypique, dans le centre historique, le couvent Sainte-Cécile lui apparaît alors comme un lieu idéal. Son acquisition comporte une clause particulière obligeant le propriétaire à laisser le bâtiment accessible au public. Collectionneur de longue date, il décide notamment de présenter des expositions pour que le visiteur découvre des œuvres de qualité en même temps que le bâtiment historique.

Le couvent et la chapelle attenante ont été construits en 1624 pour accueillir les religieuses des Bernardines. Confisqué lors de la Révolution française, le lieu a ensuite connu plusieurs vies : espace de stockage militaire puis salle de cinéma (La Scala) en 1925, bar dancing (L'Enfer) après la Seconde Guerre mondiale et enfin théâtre (Le Rio) en 1974. Si le bâtiment garde les échos des grandes étapes de l'histoire grenobloise depuis le XVIIe siècle, il présente également les inconvénients de son grand âge. Après le houleux départ du Rio, théâtre dirigé notamment par un certain Georges Lavaudant, l'édifice portait encore les marques de ses diverses mutations.

Réfection de l'escalier, rénovation des façades, restitution de la chapelle : de lourds travaux sont entrepris avant que l'ensemble ne devienne le siège social de Glénat. Petit à petit, la merveille architecturale aux volumes imbriqués et aux trésors cachés (un jardin, un cloître et une église) retrouve son éclat. Un petit palais du neuvième art s'installe alors dans ces murs.

20 000 ouvrages

La visite vaut le détour. Ne serait-ce que pour le mélange réussit des univers, l'austérité grave du couvent rencontrant l'esthétique ludique de Glénat. Sur les nouveaux vitraux, on trouve en lieu et place des scènes bibliques le parcours d'un bébé livre et d'une maison d'édition. Loufoques, inattendus, ces compositions ont été dessinées par l'artiste néerlandais Joost Swarte. Un travail du verre comme un joyeux coloriage. Des vitraux version art déco.

Le cœur de la chapelle est devenu l'espace d'accueil tandis qu'à l'arrière, la librairie attire l'œil immédiatement. Trois étages apparents, une construction toute en lignes : plus de 20 000 ouvrages issus des collections personnelles de Jacques Glénat et du catalogue des éditions sont disponibles. De la bande dessinée mais pas seulement. « Chez Glénat, on a l'habitude de dire que l'on travaille que sur les passions de notre président » confie Aurore Belluard, déléguée générale de la Fondation Glénat. Si la bande dessinée représente plus de 80% du chiffre d'affaire, la montagne, la nature, la mer, le patrimoine régional et la gastronomie occupent également une place non négligeable.

En 2012, la maison d'édition Glénat a créé la fondation éponyme. « Parce que nous présentions des expositions de plus en plus ambitieuses, cela devenait compliquer de solliciter des partenaires ou des musées et fondations pour le prêt d'œuvres sous l'égide de Glénat Éditions » explique Aurore Belluard. La Fondation se donne pour objectif de « servir la création sous toutes ses formes ». Elle porte plusieurs projets dont les grandes expositions au couvent Sainte-Cécile (la dernière, baptisée La Grimace du monde, s'est achevée en avril) et les bourses Jeunes Talents dans différentes catégories (projet numérique, littérature, bande dessinée, photographie et recherche). Le couvent inspirerait-il à Glénat une âme de bonne sœur ?

Couvent Sainte-Cécile, Édition Glénat. 37 rue Servan, Grenoble. 04 76 88 75 75
Chapelle en accès libre du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h

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Des bulles, des cases, des cadres

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Benjamin Bardinet | Mardi 7 janvier 2020

Des bulles, des cases, des cadres

Le tableau est immense et la scène éloquente. Égarée, une vache meugle de toutes ses forces au bord d’un précipice. La végétation sèche et rase, les vertigineux sommets enneigés, sont autant d’indices annonciateurs de l’approche d’un hiver funeste pour le pauvre bovin… Face à cette scène dépeinte par Gustave Doré en 1852, l’anecdote raconte que le personnel de Glénat s’interrogeait : « Que va-t-il advenir de cette pauvre vache ? ». Ainsi serait né ce projet d’exposition. Des dessinateurs (et quelques dessinatrices) ont été invités à imaginer un possible avant ou après, un hors champ ou un contrechamp à un tableau du XIXe siècle choisi parmi une liste qui leur était proposée. Une bonne majorité de ces tableaux provient du fonds Glénat, mais aussi de quelques collections des musées alentour (Musée des Beaux-Arts de Chambéry, Musée dauphinois ou encore Musée Alpin à Chamonix). Le tout s’avère plutôt stimulant, permet de (re)découvrir certaines peintures remarquables, de valoriser des auteurs pas toujours ultra-célèbres et de s’enthousiasmer pour certaines propositions réellement enthousiasmantes. Grands noms Il est amusant de constater que l

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François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

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L’ancien couvent Sainte-Cécile, siège des éditions Glénat, abrite jusqu’au 17 février, les plus beaux sommets du monde. Cinquante photographies sont exposées, organisées par zones géographiques. Chacune d’elle retrace les exploits et les tragédies dont ces montagnes ont été le théâtre. En plus d’être dépaysante et d’en mettre plein la vue avec des paysages de films - on est dans la Guerre des étoiles avec la photo de Philippe Brass du massif Tesnou en Algérie et dans le Seigneur des Anneaux avec les Tours de Trango au Pakistan photographiées par Ace Kvale -, l’exposition est très instructive et se visite comme on lirait un récit d’aventures. On apprend par exemple que les nazis plantèrent un drapeau sur l’Illimani, montagne sacrée des Andes en Bolivie qui s’élève à 6462 mètres. On découvre aussi que Lionel Terray, vainqueur de l’Annapurna à plus de 8000 mètres, considérait que l’ascension du Chálten (Fitzroy), à 3405 mètres, en Patagonie, était la plus dure qu’il n’ait jamais faite : l’alpinisme s’y exprime en escalade libre et en allant rapidement de sommet en sommet pendant les créneaux de beau temps. Des images et des histoires à couper le souffle.  

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