Famille, je vous hais !

François Cau | Mercredi 9 mars 2011

Tout commence par une scène qui sent le déjà vu ; un repas de noces, celles de Lise et Léo. Dès les premières minutes, le spectateur sent qu'il n'était pas convié à la fête. Les conversations s'enchaînent, se superposent, et il doit renoncer à tout entendre. La banalité des discours prête à sourire – entre la femme enceinte focalisée sur sa grossesse, les remarques de l'employé modèle tombant systématiquement à plat, les analyses toujours documentées et jamais intéressantes du journaliste et les réflexions du père, maître de cérémonie insupportable –, mais déjà on sent le conflit tout proche, prêt à éclater. Peu à peu, au fil des rencontres et des dîners entre les protagonistes, la vie rêvée se mélange avec la vie "réelle" et va jusqu'à se substituer totalement à elle. Les sourires figés du début font place aux visages prostrés ou hystériques, la sexualité s'affiche dans toute sa crudité et cette famille qui se dévorait symboliquement finit par faire jaillir le sang. Le Père Tralalère repose sur la volonté de livrer une pièce au présent. Pendant le dîner, un acteur commente les sujets qui ont fait la une du jour et le texte, jamais terminé, jamais fixé, évolue au fil des représentations. Pourtant, l'improvisation ne rime pas ici avec l'approximation. La justesse, l'engagement total des acteurs invitent le public à l'hilarité dans la première partie, à la surprise voire à la consternation à la fin de la pièce. Rarement on a pu voir une telle prise de risques sur une scène cette saison. Le revers de cette prise de risques est sans doute de trop en faire, de trop en dire, de trop en montrer. Dans Le Père Tralalère, tout y passe : la castration, l'inceste, la famille dévorante anthropophage et évidemment le meurtre du père, le tout exposé avec une violence visuelle et verbale inouïe. Alors oui, cela glace les spectateurs. Alors oui, on repense au Père Tralalère longtemps après la représentation. Mais finalement, on s'interroge encore sur les méthodes employées. Dorotée Aznar

Le Père Tralalère
Du mercredi 23 au samedi 26 mars, à la MC2 (Salle de Création).

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"Angelus novus" : Sylvain Creuzevault perd le mythe

Théâtre | Au Petit Bulletin, nous avons tant aimé le metteur en scène Sylvain Creuzevault et sa capacité à faire théâtre avec des matériaux pas forcément évidents – la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 4 avril 2017

Au Petit Bulletin, nous avons tant aimé le metteur en scène Sylvain Creuzevault et sa capacité à faire théâtre avec des matériaux pas forcément évidents – la Révolution française dans Notre terreur ou encore Karl Marx dans Le Capital et son singe. Voilà pourquoi nous avons tant été déçus suite à la découverte de sa nouvelle création Angelus novus AntiFaust (du mardi 11 au vendredi 14 avril à la MC2). Où il est question du mythe de Faust (une histoire de pacte avec le diable) décliné en plusieurs trames par un collectif de comédiens investis qui pêche néanmoins à rendre tout ça lisible. Du coup, on décroche très vite de ces 3h30 de spectacle hermétiques et bavardes (Creuzevault a voulu faire de nombreuses références à l’actu), malgré des tableaux réussis – dont, carrément, un mini opéra après l’entracte. Dommage pour cette fois – car bien sûr, cela ne nous empêchera pa

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Capital humain

SCENES | Porter sur scène "Le Capital", l'une des œuvres les plus importantes de la pensée économique, pouvait s'apparenter à une gageure. Mais entre les mains du collectif de Sylvain Creuzevault, les idées de Karl Marx servent de bases solides à un véritable jeu théâtral avec l'histoire. L'un des spectacles de la saison. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 24 novembre 2014

Capital humain

C'était en 2009. Le collectif D'ores et déjà, mené par le metteur en scène Sylvain Creuzevault, livrait l'une des propositions théâtrales les plus passionnantes, exigeantes et abouties de ces dernières années : Notre terreur. Soit, suite à la Révolution française de 1789, les derniers mois de Robespierre au sein du Comité de salut public. Sur scène, autour d'une grande table, une dizaine de comédiens campaient les figures de l'époque (Robespierre, Barère, Carnot, Saint-Just…), matérialisant ainsi leurs combats, leurs discussions interminables, leurs emportements, leurs rivalités. Le tout autour d'un texte non figé construit à partir d'improvisations menées en amont au plateau. Une véritable claque – on avait même titré, en une du Petit Bulletin, avec un frondeur « ça c'est du théâtre ». On attendait donc avec impatience leur nouvelle création autour du Capital de Karl Marx, « certainement le plus redoutable missile qui ait été lancé à la tête des bourgeois » dixit l'auteur allemand du XIXe siècle, visiblement trè

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La méthode D'ores et déjà

SCENES | En deux spectacles, tous deux programmés à la MC2, le collectif D’ores et déjà a imposé son nom et sa patte dans le monde très codifié du théâtre. Avec une vision décomplexée de cet art on ne peut plus vivant entre leurs mains. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 11 mars 2011

La méthode D'ores et déjà

Vincent Macaigne, Julie Bérès, le collectif D’ores et déjà… Il faut savoir s’enflammer avec fougue lorsque nous arrivent des propositions audacieuses et tranchées mises en branle par des artistes exigeants et novateurs. Des hommes et des femmes de théâtre qui redonnent de la splendeur à cette sphère dramatique actuelle composée d’excellents artisans prolifiques néanmoins peu enclins à la prise de risque – toujours les mêmes auteurs, les mêmes façons de procéder… Car le collectif D’ores et déjà – puisque c’est de lui qu’il s’agit cette semaine –, fondé en 2002 par quatre amis (ils sont beaucoup plus aujourd’hui), a insufflé un vent d’air frais bienvenu sur les scènes hexagonales, d’où le succès critique et public assez impressionnant de Notre terreur, leur dernière création en date. Un succès notamment dû à leur façon de faire, fougueuse et intuitive. Explications de Samuel Achache, l’un des membres du crew : « À partir du

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Sans naphtaline

SCENES | Les spectateurs sont placés en face à face, sous une lumière blanche. Au milieu des gradins, une scène étroite avec une dizaine de chaises en formica et trois (...)

François Cau | Mercredi 9 mars 2011

Sans naphtaline

Les spectateurs sont placés en face à face, sous une lumière blanche. Au milieu des gradins, une scène étroite avec une dizaine de chaises en formica et trois tables juxtaposées. Il est question de la Révolution française. Danton vient d’être exécuté. Et le spectacle pourrait alors être un exposé historique sur la Terreur. Or, dans cet espace exigu, il n’y a pas de place pour la naphtaline. Nous sommes en 1793, le collectif D'ores et déjà recrée le Comité de salut public qui ressemble à une réunion d'avant manifestation d’un syndicat étudiants. Mais sous leur barbe de trois jours et leurs pantalons trop courts, ce sont en fait Collot, Saint-Just, Barère et quelques autres qui entourent le frêle (corporellement) et inflexible (idéologiquement) Robespierre. La première heure de spectacle est une sidérante et souvent hilarante discussion sur l'avenir de la France et les petites affaires personnelles de chacun. Les votes à main levée pour décider de la réforme de la justice ou du prix du grain s'enchaînent entre deux remarques sur le goût de la brioche qu’ils se partagent. La troupe de comédiens de Sylvain Creuzevault démystifie les personnages historiques en n’ôtant rien à

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Terriblement réussi

SCENES | À quoi ça tient ? Qu'est-ce qui fait qu’un spectacle relatant trois mois de la Révolution Française, avec aucun grand nom à l'affiche et aucun décor, fasse (...)

François Cau | Mercredi 5 janvier 2011

Terriblement réussi

À quoi ça tient ? Qu'est-ce qui fait qu’un spectacle relatant trois mois de la Révolution Française, avec aucun grand nom à l'affiche et aucun décor, fasse salle comble depuis sa création le 16 septembre 2009 au théâtre parisien de la Colline ? Ce succès tient certainement au talent et à la conviction de la troupe D'Ores et déjà qui a porté ce projet. Menée par Sylvain Creuzevault, elle croit autant en la force du théâtre comme moyen d'expression qu’à l'histoire qu’elle raconte. XVI Germinal an II, Danton est exécuté. Barère, Saint-Just, Collot et une poignée d'autres mettent en place le régime de la Terreur sous l'égide de Robespierre jusqu'à la mort de ce dernier. Sur scène, le public, installé dans un dispositif bi-frontal, peut voir cette bande de post-ados décider à main levée de l'avenir du pays (exécutions sommaires des opposants, introduction de la pomme de terre dans l'agriculture...), mais aussi s’écharper sur le goût de la brioche et du vin qu’ils partagent. Rien n’est faux. À mille lieues de faire un cours d’histoire et d’endosser le costume de professeurs qu’ils ne sont pas, les comédiens font leur travail. Ils font du théâtre, rien que du théâtre, et proposent, ave

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