L'Apollonide, souvenirs de la maison close

De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu’obsédés). La structure du film est celle d’une spirale ou d’un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s’enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d’un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L’Apollonide, c’est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu’il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant «Vuitton ! Vuitton ! Vuitton !»), Bonello plombe le tout d’un discours kouglof sur le capitalisme et l’individualisme détruisant la solidarité (le personnage «sarkoziste» d’Adèle Haenel, qui ne pense qu’au fric et traite son corps comme un instrument de tremplin social). Quand il cessera de faire le malin pour épater ses copains critiques parisiens, Bonello sera peut-être enfin cinéaste (il ne l’a jamais autant été qu’ici).
Christophe Chabert

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