Guache : « L'art urbain est un miroir des villes qui l'accueillent »

TrubLyon

Collège Maurice Scève

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Street Art / Oscar Gonzàlez Guache est l’un des artistes phares de la nouvelle scène street art en Colombie. Il puise dans les racines de la culture sud-américaine et y apporte un souffle de modernité. Rencontre avec cet artiste mis à l’honneur au TrubLyon Festival.

Comment avez-vous commencé le graff ?
Guache : J’ai commencé à peindre mes images dans la rue de manière régulière en 2003. Avant ça, j’avais déjà peint pour soutenir des causes sociales. Je viens de l’école de design graphique et j’ai toujours aimé les travaux d’impression, particulièrement la sérigraphie. Au début des années 2000, j’éditais des fanzines et peu à peu, a germé l’idée de produire mon travail de manière autonome : j’ai exploré les techniques de reproduction de l’image avant de m’arrêter sur le dessin au pochoir. Là, j’ai rencontré plusieurs graffeurs et j’ai commencé à peindre avec eux.

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Quelles sont vos techniques et supports préférés ?
Je combine peinture acrylique et spray. J’utilise des outils de design graphique pour mes compositions, photomontages, projections… Mais j’aime constamment explorer de nouvelles techniques pour mes réalisations murales.

Quels artistes vous ont inspiré ?
De nombreux artistes m’ont inspiré, aussi bien dans le street art que dans le muralisme traditionnel, dans la gravure et la sérigraphie. J’aime beaucoup le travail de Ródez, Stinkfish, David Alfaro Siqueiros, Axel Void, Decertor… Mais aussi des graveurs comme Leopoldo López, Mazatl, ou Artemio Rodríguez.

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Où trouvez-vous votre inspiration ?
Mes peintures murales et mes gravures sont largement inspirées de la culture populaire d’Amérique Latine et du symbolisme des nations ancestrales d’Amérique du Sud. Je m’inspire également beaucoup d’illustrations contemporaines.

Quelle est votre conception du street art d’aujourd’hui ?
Je pense que l’art urbain et le muralisme contemporain sont devenus une expression propre, à mi-chemin entre deux cultures : l’underground et le mainstream. Le street art devient un sujet commercial, et le système économique et culturel tire profit de cet engouement pour en faire une attraction touristique.
Le graffiti reste un moyen d’expression radical et transgressif qui garde ses propres codes, en restant à l’écart de l’engouement populaire et de l’acceptation sociale du street art, qui se fera progressivement.

Qu’est-ce qui fait de la Colombie un paradis du street art ?
En Colombie, en particulier à Bogota, le mouvement du graff et de l’art urbain en général a grandi de manière exponentielle. L’administration publique à Bogota est plutôt progressiste et politiquement orientée à gauche, ce qui a ouvert des brèches et a ramené l’art urbain au centre de la sphère publique, comme une expression sociale importante. Son Histoire politique, entre violences et transition vers la modernité, a créé un climat propice à la naissance et au développement d’expressions culturelles indépendantes.
Après plus de dix ans à peindre dans les rues, je peux dire qu’en Colombie tu peux vivre du street art. Il y a toujours plus d’endroits et de projets à travers le pays, où l’on peut créer des œuvres murales collectives, ou même travailler avec des communautés autonomes.

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Vos créations sont très colorées, animées et engagées : pouvez-vous nous en parler ?
Je mélange des symboles et compositions du muralisme traditionnel, avec des illustrations et designs contemporains. J’ai développé des séries de peintures et de gravures autour de plusieurs thèmes comme celui du maïs, qui fait partie de l’identité sud-américaine, et autour du symbolisme de différents groupes ethniques liés aux régions où j’ai pu travailler. Plusieurs de mes œuvres rendent également hommage au travail des femmes en Amérique Latine.

Que voudriez-vous dire à tous ceux qui pensent que le street art n’est que vandalisme ?
Il est important de bien différencier muralisme et graffiti. Dans le muralisme, il y a constamment un dialogue entre les communautés et les quartiers où nous peignons. Chaque projet demande des croquis, plusieurs jours de travail et des moyens financiers. Le graffiti, c’est une véritable expression de la vie urbaine, un reflet du chaos de la ville et de ses inégalités. C’est un moyen d’expression libertaire et transgressif qui ne tend pas à être socialement ou esthétiquement accepté, parce qu’il possède ses propres codes.
Je pense que les étiquettes qu’on colle à l’art urbain, la volonté de classer ces œuvres pour les rendre légitimes, c’est peine perdue. Il faut surtout voir comment l’art urbain est un miroir des villes qui l’accueillent : plein de gens vivants et passionnés qui ne veulent que s’exprimer.

Vous travailliez sur un projet à New York lorsqu’on vous a contacté…
Oui, j’ai eu l’opportunité de peindre un mur en participant à une performance avec des artistes équatoriens et colombiens habitant à New York. C’est une joie de peindre dans cette ville qui a une histoire incroyable et une grande communauté d’artistes. L’œuvre que j’ai réalisée est un hommage au travail des migrantes et à la culture latino aux États-Unis.

Quand avez-vous rencontré Cart'1 et comment vous a-t-il invité au TrubLyon festival ?
J’ai découvert le travail de Cart'1 alors qu’il vivait à Barranquilla et cette année j’ai peint au KillArt Festival, le festival qu’il a créé. Là-bas, j’ai rencontré des artistes français. Pour le TrubLyon Festival, nous voyageons ensemble avec quatre street artistes colombiens. C’est important pour nous de renforcer les liens entre nos deux pays, dans le cadre de l’année culturelle France-Colombie.

Guache
Au TrubLyon Festival du 15 au 17 septembre

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