Excursion à Mâcon

Elle n’abrite pas les chefs d’œuvres ecclésiastiques d’Autun ou Cluny mais Mâcon est une destination pratique, toute proche de Lyon en TER, pour une journée d’automne entre musée et balade d’une église à l’autre en passant par la Maison de bois, un bistrot authentique et les fameuses gaufrettes !

Étrange car Mâcon se définit de prime abord par ce qu’elle n’est pas. Pas la plus jolie des villes de Saône-et-Loire, pas même la plus peuplée malgré le fait qu’elle soit préfecture du département – elle affiche 36 000 habitants (constance depuis des décennies) quand Chalon en compte 12 000 de plus. Pas la plus centrale non plus (euphémisme) : elle est collée à l’Ain et à Auvergne-Rhône-Alpes et a les pieds dans la Saône (qui déborde plus souvent qu’à son tour) si bien que même le pont Saint-Laurent est géré pour moitié par l’un et l’autre des conseils généraux.

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Une fois ceci énoncé, cette terre d’entrée en Bourgogne mérite largement qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour ce pont du XIe siècle qui tient fièrement debout sur ses onze piliers que des peintres (Gabrielle Séguin, Honoré Hugrel) ont éclairés au pinceau (voir le musée des Ursulines) mais aussi parce que Mâcon est une des premières villes de France, datant du Ier siècle avant notre ère.

Si la ville est calme et relativement vieillissante selon l’INSEE, elle comporte une SMAC, la Cave à Musique, en plein centre-ville, et une scène nationale revigorante.

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Des églises et une maison

Pas moins de 2000 ans d’histoire vous contemplent lorsque vous déambulez dans Mâcon. Passez notamment par le passage des Amphores pour admirer derrière une vitre témoignant de la construction des remparts en demi-cercle de la Saône probablement dès le IVe siècle de ce qui se nommait encore Mastico. Les recherches archéologiques sont très importantes ici au point que le Musée des Ursulines consacre son expo temporaire du moment (et qui pourrait durer) aux campagnes de fouilles des années 60 à nos jours et propose, en parallèle, une visite guidée sur ce thème. Mais ce qui saisit en marchant dans les quelques rues entre Préfecture et Hôtel de ville, ce sont des bâtiments monumentaux à commencer par l’église Saint-Pierre, témoin du XIXe siècle et des grands chantiers de restauration après les nombreuses destructions de la Révolution. Construite en seulement six ans (1859-1865) par un élève de Viollet-Leduc, elle est le seul édifice de Mâcon qui ne soit pas classé monument historique. Car cette mesure de protection du patrimoine inventé par la Monarchie de Juillet s’applique en premier lieu au "Vieux Saint-Vincent", soit une cathédrale originellement longue de 74 mètres dont il ne reste que les deux tours et le narthex, cette antichambre qui tolérait les non-baptisés. De style à la fois gothique et roman, elle ne se visite que lors des journées du patrimoine ou de visites guidées.

C’est tout spécifiquement son magnifique tympan (le Jugement dernier), un des plus grands du roman français, et invisible de l’extérieur, qui est classé depuis 1843. La "nouvelle Saint-Vincent" (1816), toute jaune est loin d’être aussi intéressante ! Toujours époque Moyen-âge : la Maison de bois. Datée du faste XVIe siècle, où Mâcon est relié à des duchés importants comme la Savoie et Lyon, et surtout durant lequel deux foires par an sont autorisées, cet édifice en bois de chêne et de châtaignier est spectaculaire et spécifique par ses sculptures : des animaux réels (signe, bélier, vautour) sur le côté rue et des animaux fantaisistes (licorne, dragon, griffon) côté place ainsi que de nombreux hommes nus pour encadrer cette taverne qui abrite toujours les mêmes fonctions puisque s’y trouve un resto-bar.

Enfin, pour imaginer le XVIIIe siècle, entrer dans la cour de l’Hôtel particulier Senecé et regarder dans l’une des fenêtres trompe-d-œil (qui réduisait ainsi l’impôt calculé sur le nombre d’ouvertures d’un mur) l’étonnant personnage diaphane. Peut-être Lamartine qui fut président de l’Académie des Arts, Sciences et Belles Lettres qui siège toujours ici. L’écrivain, député est en effet né à Mâcon. Ses mots sont gravés au sol de l’esplanade de la Saône par exemple. Il s’est beaucoup démène pour la ville croyant avant que ce ne soit évident que le développement du chemin de fer était un investissement d’avenir. Il a permis que, dès le XIXe siècle, Mâcon soit reliée à Paris et Lyon.


Musée des Ursulines

Extrêmement instructif, le Musée des Ursulines est le complément indispensable à la visite de la Ville. Installé dans cet ancien couvent depuis Mai-68, il est à la fois historique et artistique et accueille le visiteur par un banc géant, le même qu’on trouve à Berlin aux abords de la piscine de Basdeschiff ! Au rez-de-chaussée et premier étage, outre les résultats des fouilles (et cet incroyable set de pions d’échecs du Xe siècle), c’est l’occasion de découvrir Lamartine avec portrait peint et reconstitution d’un salon du château de Saint-Point (également en tableau).

Ne pas manquer la balade dans les salles consacrées aux peintres paysagistes des XIXe et XXe siècles. Les artistes ne sont pas nécessairement célèbres mais leur travail est émouvant, offrant ainsi une "photographie" des alentours (foins dans le Charolais, vente mobilière en Bresse, labour dans le Macônnais et même une vue sur Solutré voisin, un des deux "Grand Site de France" du département avec Bibracte). Enfin, au deuxième étage se dévoile une collection de Beaux-Arts qui condense les styles à travers les siècles jusqu’à l’art concret d’Aurélie Nemours.

Corot, Le Titien, Monet sont présents avec une de leurs œuvres, et même Le Corbusier pour son tableau étonnant d’une Bouteille de vin. Cependant, l’acmé de cette visite est probablement le papier peint monumental de Jean-Gabriel Charvet et édité par Joseph Dufour, dont la manufacture était implantée à Mâcon. Seule la moitié de cette représentation de 20m de long sur 2, 5m de haut est montrée (l’autre est rangée et exposée alternativement pour assurer sa bonne conservation). Extrêmement minutieuse, cette fresque des Sauvages de la mer Pacifique était un ornement l’intérieur destiné à alimenter les conversations des bourgeois et est inspirée des explorations de Cook ou La Pérouse.

*Exposition : Mâcon de la période gauloise à l’an Mil,
Au Musée des Ursulines (allée de Matisco) jusqu’au 31 mars
Fermé le lundi et le dimanche matin


Où manger ?

Le Lamartine. Cuisine de bistrot et cadre art déco dans un établissement bicentenaire. Plats fondants comme ce combo œuf meurette (ou salade Lamartine) / andouillette (ou tête de veau)/dessert pour 24, 80€. Menu du jour complet à 16, 50€.
259 quai Lamartine
T. 03 85 35 16 63
Ouvert 7j/7

Au comptoir des Halles. Pâté croûte ardéchois maison, œufs meurette, entrecôte chalonnaise ou menu burger à 24, 90€ boisson comprise. Ce resto voisin du précédent propose d’aussi bons menus du jour le midi avec par exemple une tartiflette en cassolette/pavé de loup en croûte d’agrume/financier aux pruneaux pour 19, 90€ !
272 quai Lamartine
T. 03 85 20 53 97
Ouvert 7j/7


Jour de marché

Samedi matin de 7h30 à 13h
Esplanade Lamartine


Où acheter de bons produits ?

Pâtisserie Noyerie (39 rue de la Barre). Go chez le MOF pour déguster la spécialité fondante que sont les gaufrettes mâconnaises (crêpes gaufrées roulées comme une cigarette russe). 7, 5€ les 6.

Comment y aller depuis Lyon ?

TER : 57’ depuis Perrache, 47’ depuis Part-Dieu. Direct, 14, 30€

Voiture : 72 km et 1h26 ou, via l’A6, 72 km et 54’ (5, 40€ de péage)

Comment se mettre au vert ?

Possibilité de prendre la Route 71, première voie verte ouverte en France pour rejoindre Châlon et revenir à Mâcon par Tournus (boucle de 145 km). Location de vélo chez E+Bike (30 rue Gambetta), 15€ la journée pour un VTC.

Où se renseigner ?

Office de tourisme (1 place Saint-Pierre / 03 85 21 07 07). Proposition de visites guidées sur des thèmes comme "monumental", "archéo", "insolite", "secret", "Lamartine", etc.

Pour plus d'infos : www.route71.fr 

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