Marguerite Rouan à la galerie Domus : pour en finir avec la rupture amoureuse

Photographie / Les images entre mélancolie et humour grinçant de Marguerite Rouan s’exposent à la Galerie Domus de l’Université Claude Bernard Lyon 1 jusqu’au 15 mars : une occasion pour s’interroger sur ce passage difficile et intime.

Photos-souvenirs imprimées sur des oreillers, colliers affichant des mots doux désormais vidés de sens, un gâteau d’anniversaire arborant un trivial « C’est pas toi, c’est moi », ou encore un visage rivé de larmes : l’exposition Il me reste un papillon dans le ventre est hantée par le moment cathartique de la rupture amoureuse, point de condensation et de récapitulation déchirante de l’histoire de chaque relation.

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Les souvenirs s’insinuent furtivement dans les images, surgissant de-ci de-là comme des harceleurs sadiques : JTM, DSL, TKT, le langage sms s’entrelace dans la trame des mouchoirs pour constituer une constellation de la douleur.

Les larmes, série « J'ai pleuré de jour », 2021© Marguerite Rouan

Traverser la douleur, percer l’image

Ce papillon qui reste coincé dans le ventre et qui ne veut point partir, ne semble tout simplement pas nourrir le plaisir de la remémoration anachronique des moments passés, mais agit comme un engrenage voué au sabotage de cette machine de la douleur. Marguerite Rouan manie avec élégance et sagesse l’art du persiflage, de la dérision discrète.

Ses œuvres apparaissent comme pleines, parfaites, organiques : cependant quelque chose se niche juste en-dessous de leur surface, minant leur structure. Leur perfection visuelle dérange parce qu’elle recèle un glissement signifiant, résonnance de l’intérêt de la photographe pour les Cultural Studies. La dérision sape l’image au point d’en représenter son point d'affaissement.

Le travail photographique fait ainsi effraction dans la brèche de la sphère personnelle pour exhiber des gestes et des objets silencieux produisant un télescopage entre confession et produits de la culture de masse. Restituées ainsi à elles-mêmes, les images n’ont plus qu’à imploser, entraînant dans ce mouvement tout ce qu’elles trouvent sur leur passage : la vie peut enfin reprendre son cours.

Marguerite Rouan. Il me reste un papillon dans le ventre
À la galerie Domus, Villeurbanne, jusqu’au 15 mars

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