Ernest et Célestine

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Il y a le bas, le monde des souris ; et il y a le haut, celui des ours. Le travail des uns s'appuie sur celui des autres : pendant que les ours se pourrissent les dents à se gaver de sucreries, dont le commerce assure la prospérité des nantis, les souris récupèrent leurs ratiches qu'elles liment de manière à s'en faire de superbes dentiers avec lesquels elles pourront ronger et creuser des galeries.

Ainsi va l'ordre de la société dans Ernest et Célestine, et les institutions veillent à ce que celui-ci ne soit jamais déréglé : policiers, juges et éducateurs ne sont là que pour garantir la pérennisation du système. Sauf qu'un jour, l'imprévisible se produit : une petite souris nommée Célestine décide de prendre son indépendance, refuse le métier de dentiste auquel on la promet et n'écoute plus les injonctions de sa mère supérieure. Elle s'aventure à la surface et croise la route d'Ernest, qui lui aussi ne veut pas vivre selon la norme : il est un peu artiste, un peu mendiant, très paresseux.

De leur rencontre va naître une utopie douce où la bohème ébranle le conformisme social. On l'aura compris, Ernest et Célestine n'est pas seulement une fable pour les enfants, même si en la matière, elle est déjà au-dessus de tout ce que le cinéma animé nous a présenté ces dernières années ; c'est aussi un conte au sous-texte politique bienvenu. On le doit à Daniel Pennac, qui a su faire une adaptation pertinente des livres jeunesse dont il s'inspire.

Pennac a aussi réussi un tour de force : créer un dialogue vif et naturel, d'une belle musicalité, plutôt que de le lester de lourdes tirades explicatives récitées à la syllabe près par les doubleurs — les comédiens, Lambert Wilson et Pauline Brunner, ont été associés dès le départ au projet. Cette légèreté se retrouve dans l'animation, tout en crayonné pastel, à l'ancienne si l'on veut, même si on a rarement vu telle élégance dans le dessin animé classique.

Il faut dire qu'Ernest et Célestine est le fruit d'une réunion de talents inattendue : d'un côté, Benjamin Renner, fraîchement sorti de l'école de La Poudrière à Valence et remarqué grâce au court La Queue de la souris. De l'autre, les deux créateurs géniaux de Pic Pic André, Vincent Patar et Stéphane Aubier, qui ont insufflé leur esprit anarchisant et leur humour farfelu à ce film euphorisant, à voir et à revoir quels que soient son âge et son obédience (ours ou souris).

Christophe Chabert 

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Dégueu-dogue : "Chien Pourri, la vie à Paris !" de Davy Durand

Animation | À la fois naïf et potache, Chien Pourri la vie à Paris ! est une réussite.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Dégueu-dogue :

Il ressemble à une serpillère mitée, empeste alentour, possède un Q.I. négatif mais Chien Pourri est un brave toutou plutôt chanceux. Tant mieux, car d’autres bestioles lui cherchent des noises, à lui est à son pote Chaplapla… Cette irrésistible adaptation d’une série jeunesse parue à l’École des Loisirs se déroule certes dans un Paris de carte postale, mais conserve le décalage de ton dont Aubier & Patar (les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand) sont coutumiers. À la fois naïfs et potaches, les épisodes de ce programme joliment troussé, jouent sur un registre pue-pue cracra aussi hilarant pour les toutes-petites que les grandes narines. Chien Pourri la vie à Paris ! ★★★☆☆ Un film d'animation de Davy Durand, Vincent Patar & Stéphane Aubier (Fr-Bel-Esp, 1h00)

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Ours dort : "Ernest et Célestine en hiver"

Animation | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr, 0h45) animation avec les voix de Pauline Brunner, Xavier Fagnon, Raphaëline Goupilleau…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Ours dort :

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que le long-métrage ayant donné vie cinématographique aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Aubier & Patar, que font-ils sur grand écran sans “plus-value”, sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Grand Méchant Renard et autres contes" de Benjamin Renner : animaux animés

ECRANS | Révélé par le tendre Ernest & Célestine, le réalisateur Benjamin Renner revient avec un projet qu’il a cette fois couvé depuis l’œuf : une lointaine (et désopilante) relecture du Roman de Renart, mâtinée de Konrad Lorenz et de Robert McKimson. Une nouvelle réussite.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

C’est un peu la kermesse de fin d’année à la ferme, où Renard présentent trois spectacles interprétés par les animaux : comment le lapin a remplacé à la patte levée la cigogne dans la livraison d’un bébé, comment le canard s’est substitué au Père Noël ; entre les deux s’intercalant l’histoire de Renard, devenu papa poule de poussins destinés à son estomac… D’abord, un constat anecdotique : Benjamin Renner n’a toujours pas signé de long-métrage original puisqu’après Ernest & Célestine (adapté de Gabrielle Vincent), ce programme est en réalité constitué d’un assemblage de trois courts à l'origine prévus pour la télévision, tiré de sa propre BD. Cela ne signifie pas que l’univers de Renner souffre d’un manque d’originalité, au contraire ! Il insuffle dans ses réalisations un savant dosage d’humour et de poésie mêlés, qui fait écho à sa touche graphique. Les œufs sont frais Chez lui, le trait délimite des zones mais ne les clôt jamais tout à fait ; quant aux couleurs, elles obéissent aux caprices c

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Benjamin Renner en dédicace

ECRANS | Révélé par le long-métrage d’animation Ernest & Célestine (2012), lauréat d’un César et cité à l’Oscar, Benjamin Renner est retourné à ses premières amours (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Benjamin Renner en dédicace

Révélé par le long-métrage d’animation Ernest & Célestine (2012), lauréat d’un César et cité à l’Oscar, Benjamin Renner est retourné à ses premières amours d’illustrateur le temps d’un album, Le Grand Méchant Renard. Bien entendu, cette publication lui a valu une nouvelle distinction, le Prix de la BD FNAC ; il sera en dédicace à la FNAC Bellecour le mercredi 17 février dès 14h30. Venez avec vos ours, souris, renards et albums domestiques.

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Panique chez les jouets

ECRANS | De Joël Simon, Bruno Collet, Vincent Patar et Stéphane Aubier (Fr-Belg, 43 min) animation

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Panique chez les jouets

À l’approche de Noël, les programmes réunissant plusieurs courts pour enfants se multiplient. Mais Panique chez les jouets est clairement à part. S’adresse-t-il vraiment au jeune public ? Sans doute, mais il y a fort à parier que les adultes y prendront autant, voire plus, de plaisir. Notamment face à La Bûche de Noël, servi en dessert du programme, le nouveau délire de Patar et Aubier, créateurs des mythiques PicPic André, qui reprennent les personnages de leur long Panique au village pour trente minutes de conte de Noël parfumé à la bière belge. On y retrouve cette alliance démente entre minimalisme et littéralité — les trois personnages principaux, Cowboy, Indien et Cheval, sont des figurines de… cowboy, d’indien et de cheval — autorisant ensuite toutes les élucubrations — comme tenter de récupérer la dernière bûche du supermarché, achetée par le fermier Steven, grand numéro vocal d’un Poelvoorde braillard et hilarant, ou organiser une soirée techno avec la police et le garde-barrière. Depuis Panique au village, l’animation des personnages a gagné en souplesse, l’hystérie est moins systématique et le scénario, plutôt bien

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Le long voyage de l’animation française

ECRANS | Longtemps désertique, en dépit de quelques rares oasis de créativité, le cinéma d’animation français a connu depuis dix ans un fulgurant essor au point de devenir à la fois une industrie et un laboratoire. À l’occasion de la sortie d’"Ernest et Célestine", futur classique du genre, retour non exhaustif sur une histoire en devenir. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Le long voyage de l’animation française

Jean Image et Paul Grimault : les pionniers Si les frères Lumière ont inventé le cinéma en prise de vues réelles et si, selon l’hilarante leçon donnée pour les vingt ans du Groland par Bertrand Tavernier, ce sont les sœurs Torche qui ont créé le cinéma de la Présipauté, le cinéma d’animation français a pour parrain — ça ne s’invente pas — Jean Image. Il fut le premier à produire un long métrage animé en couleurs, Jeannot l’intrépide (1950). Librement inspiré du Petit poucet, le film fait le tour du monde et pose les bases de l’animation à la française : jeu sur les perspectives et les motifs géométriques, imaginaire enfantin mais non exempt d’une certaine noirceur, musique cherchant à accompagner le graphisme plutôt qu’à illustrer les péripéties. Image œuvrera toute sa vie à faire exister le dessin animé en France, en devenant son propre producteur, en se lançant dans des projets ambitieux (des adaptations des Mille et une nuits ou du Baron de Münchausen) et, surtout, en créant le fameux festival du cinéma d’animation d’Annecy. Il s’en est toutefois fallu de peu pour que ce titre de pionnier ne lui soit ravi par Paul Grimault

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Pas de vacances pour les mômes !

ECRANS | La cloche des vacances aura à peine sonné que déjà les enfants seront sommés d’aller se dégourdir les méninges dans les salles du GRAC (du Comœdia au Zola, des (...)

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Pas de vacances pour les mômes !

La cloche des vacances aura à peine sonné que déjà les enfants seront sommés d’aller se dégourdir les méninges dans les salles du GRAC (du Comœdia au Zola, des Alizés au Scénario, du Cinéma Saint-Denis au Lem : une vingtaine de salles dans Lyon et son agglomération) pour le festival Les Toiles des gones. Les sorties jeune public étant de plus en plus nombreuses sur les écrans, la programmation est assez éclectique, mais plutôt réjouissante. Pour tous ceux (pas que les enfants, donc) qui ne l’ont pas encore vu, rattrapage obligatoire des Enfants-loups, Ame et Yuki de Mamoru Hosoda, un des plus beaux films de l’année toute catégorie confondue. Récit d’apprentissage magnifique qui débute comme une fable fantastique et s’achève dans l’émotion pure, il saisit par la beauté de son écriture et de sa mise en scène. Encore tout frais dans les salles, Kirikou et les hommes et les femmes

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Panique au village

ECRANS | De Vincent Patar et Stéphane Aubier (Fr-Belg-Lux, 1h16) animation

Dorotée Aznar | Jeudi 22 octobre 2009

Panique au village

Révélés par l’anthologie géniale ‘Pic Pic André et leurs amis’, Vincent Patar et Stéphane Aubier adaptent ici pour le grand écran leurs formats courts du même nom, en restant fidèles à leur délicieux credo : de l’animation surannée plaçant des figurines dans des situations grotesques, le tout servi par un humour faisant la part belle à une hystérie finement dosée. Pour l’anniversaire de Cheval, Coboy et Indien se mettent en tête de lui construire un barbecue. Une erreur de commande et les voilà avec 50 millions de briques sur les bras, et les catastrophes de s’enchaîner tandis que Cheval désespère de séduire Madame Longrée, la prof de piano du Village. Évacuons tout de suite le principal bémol : certes, le ton est moins percutant, dilué sur une durée de long-métrage, qu’en cinq minutes. Patar et Aubier, conscients de cette limite, parviennent cependant à maintenir le cap de leur univers, tout en le rendant accessible aux novices. Le comique de répétition cher à leur cœur revêt ici une ampleur dramatique inédite, à même de lasser sur la longueur si leurs maîtres d’œuvre n’avaient pris soin de l’inscrire dans un récit foutraque – pour peu qu’on soit d’humeur nonsensique, on appréc

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