Les figures vacantes de Daniel Clarke

Peinture | Daniel Clarke peint les petites joies de la vie quotidienne et des périodes de vacances, tout en y faisant filtrer angoisse, étrangeté et absence. Il présente ses nouvelles œuvres à la galerie Françoise Besson.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Photo : No direction Home © Daniel Clarke 2016


Depuis 2005, le peintre Daniel Clarke expose régulièrement à la galerie Françoise Besson, et c'est un bonheur que de l'y suivre. Un bonheur, cependant, traversé dans ses tableaux d'ombres mélancoliques, de failles existentielles, d'angoisses sourdes... L'artiste, né à New York en 1971 et vivant en France depuis 1993, peint la vie comme elle vient : sa compagne, ses enfants, ses amis, des scènes de vacances...

Rien a priori de très mouvementé ni de très singulier ici, et l'on pourrait presque rapprocher cette quiétude un peu banale de l'univers d'Henri Matisse qui nous préoccupe lui-aussi cette semaine. Les deux peintres partagent encore une manière proche d'instiller de l'étrangeté et de l'inquiétant parmi des scènes triviales, et flirtent tous deux avec l'abstraction. Murs, cloisons, portes ou fenêtres sont traitées par Daniel Clarke en aplats de couleurs franches comme autant de monochromes entourant, attirant, aimantant ses personnages.

Un « dehors intime »

Si la figure humaine ne se dissout pas complètement parmi les fonds abstraits chez Daniel Clarke et reste très incarnée, elle semble s'absenter psychiquement d'elle-même, vers un point, intérieur ou extérieur, énigmatique. D'où une question lancinante qui se pose devant ses œuvres : où se trouvent ces enfants silencieux, cette jeune femme alanguie, ces deux amies dos à dos ? La réduction des espaces environnants à des pans abstraits tendait déjà à faire glisser les figures dans une sorte de no man's land.

Les regards perdus ou bien absorbés, les visages parfois détournés vers le fond du tableau, accentuent encore cette absence, cette dérive lente vers un "dehors intime" dont nous ressentons et devinons l'existence, mais dont nous ne percevons rien. Les figures descendent à l'intérieur d'elles-mêmes dans ce que l'on pourrait désigner, en suivant l'écrivain Maurice Blanchot, une solitude, un vide, une attente, un oubli de soi, comme il l'écrit dans L'attente, l'oubli : « L'attente, la calme angoisse de l'attente ; l'attente devenue la calme étendue où la pensée est présente dans l'attente. »

Daniel Clarke, Black and white & things
À la galerie Françoise Besson jusqu'au 18 février 2017


Daniel Clarke

Black and white and things
Galerie Françoise Besson 10 rue de Crimée Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cinq expos à voir en septembre

Bons Plans | De l'art brut, une friche industrielle, des galeries et deux musées qui s'accouplent : voici cinq expositions à découvrir en cette rentrée.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 septembre 2019

Cinq expos à voir en septembre

Le Palais de Tokyo investit une friche lyonnaise pour la Biennale L’événement artistique du mois, c’est l’ouverture de la nouvelle Biennale d’Art Contemporain, dont l’exposition internationale principale se tiendra aux (immenses) usines Fagor et au Musée d’Art Contemporain. L’équipe du Palais de Tokyo de Paris y présente cinquante-cinq artistes de tous horizons (esthétiques et géographiques), autour de la thématique du paysage. Peu d’entre eux sont connus et 90 % des œuvres exposées seront des créations. Une biennale pleine de surprises, donc ! 15e Biennale d’art contemporain, Là où les eaux se mêlent À Fagor-Brandt du 18 septembre au 5 janvier 2020 De l'art brut dans toute la ville L’art brut a le vent en poupe dans les musées, les galeries, les foires d’art contemporain. Mais, à Lyon, cela fait mai

Continuer à lire

Le bonheur est dans le précaire

ARTS | Dans les œuvres de Daniel Clarke en 2005, le soleil brillait, les couleurs éclataient et la chaleur faisait vibrer l'atmosphère des plages et des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 décembre 2011

Le bonheur est dans le précaire

Dans les œuvres de Daniel Clarke en 2005, le soleil brillait, les couleurs éclataient et la chaleur faisait vibrer l'atmosphère des plages et des jardinets. Non sans qu'une inquiétante étrangeté ou une présence un peu morbide sourdent ici ou là, Daniel Clarke se faisait connaître comme un peintre du bonheur et des scènes de vie familiale. «L'une des démarches qui m'a toujours intéressé, déclare l'artiste dans un entretien, est l'idée que, comme Morandi, si l'on aiguise un sujet en particulier, que ce soit des bouteilles ou mes enfants ou ma femme et que l'on travaille suffisamment cette idée, durant assez longtemps, cette idée particulière s'ouvrira comme une fleur géante». Et parmi ses œuvres récentes, une grande fleur vaginale s'ouvre concrètement aux côtés d'une statue d'Aphrodite et d'un enfant. La sexualité, l'étrangeté, la tension au sein de la banalité se font aujourd'hui de plus en plus intenses, de plus en plus visibles. «Je veux apporter à mes œuvres des compositions plus oniriques et offrir à mes émotions plus de liberté, afin de montrer l'autre côté du miroir» dit encore Daniel Clarke. La pierre statuai

Continuer à lire

Daniel Clarke, «J'ai passé une nuit entre la couleur et le papier»

ARTS | Avec Daniel Clarke (exposé à la galerie Françoise Besson jusqu'au 31 janvier), le bonheur au quotidien est aussi poignant et fragile qu'un château de sable (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 23 décembre 2009

Daniel Clarke, «J'ai passé une nuit entre la couleur et le papier»

Avec Daniel Clarke (exposé à la galerie Françoise Besson jusqu'au 31 janvier), le bonheur au quotidien est aussi poignant et fragile qu'un château de sable léché par une marée montante... Ses toiles ou dessins, influencés aussi bien par les Impressionnistes que par la peinture figurative américaine des années 1950-1960, vibrent de lumières, de couleurs vives et d'effets de matières presque tactiles. Les enfants, les amis, l'épouse, représentés à la campagne, en vacances, ou dans la solitude d'intérieurs douillets, semblent à la fois plongés dans un état de grande sérénité et menacés de disparition. La peinture leur donne une présence forte, mais elle coule aussi, s'étiole, se désagrège...

Continuer à lire

Le bonheur et ses ombres

ARTS | Expo / Avec une apparente simplicité, Daniel Clarke (né en 1971 aux États-Unis, il vit actuellement à Paris) peint ses enfants, sa femme, ses amis sur des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 novembre 2008

Le bonheur et ses ombres

Expo / Avec une apparente simplicité, Daniel Clarke (né en 1971 aux États-Unis, il vit actuellement à Paris) peint ses enfants, sa femme, ses amis sur des plages estivales. Ses grands formats portent une attention toute particulière à la lumière (en cela influencés par les Impressionnistes), aux reflets, aux vibrations et aux mouvements diffus de la matière : embruns et flux sablonneux, brises suggérées… En maillots de bain et lunettes de soleil, les individus représentés semblent vivre un bonheur parfait et insouciant. Il l’est sans doute. Mais peu à peu se dégage des œuvres de Clarke un sentiment d’inquiétude et d’étrangeté : ses personnages se montrent presque toujours de dos ou de profil, les formes tremblent parmi des coulures de peinture, s’étiolent parfois, certains regards semblent absorbés, absents… Que se cache-t-il donc au milieu des rires et des jeux, sous les verres fumés, derrière les nuques ou de l’autre côté des visages ? Une angoisse diffuse sans doute, un sentiment de fragilité et de finitude, le goût acide de l’éphémère. Dans le saisissant tableau Walla Walla dream, on ne remarque pas immédiatement ce personnage en peignoir multicolore qui s’interpose entre deux

Continuer à lire