Une Biennale hors normes

Art Brut et Singulier | La 9e Biennale Hors les Normes propose une multitude d'expositions consacrées à l'art brut et à l'art singulier. Avec des artistes et des lieux hors des sentiers battus.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Photo : Œuvre de Didier Burgaz exposé à la Galerie Ories


Art des fous, art brut, art singulier… Depuis le début du XXe siècle, les intitulés abondent et se succèdent pour tenter de désigner un art qui différerait de celui issu des écoles, des galeries et des circuits officiels. Avec, conscient ou inconscient, le fantasme de découvrir une forme d'art plus authentique et spontanée que les autres. En 1949, l'artiste Jean Dubuffet définissait l'art brut ainsi : « des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, des artistes qui tirent tout de leur propre fond et non pas des poncifs de l'art classique ou de l'art à la mode. »

À l'heure d'Internet et des réseaux sociaux, on ne voit plus bien qui pourrait être aujourd'hui indemne de quelque poncif esthétique que ce soit, et les artistes dit "bruts" se retrouvent aussi bien dans les plus grands musées (le Centre Pompidou a ouvert récemment une salle permanente consacrée à l'art brut, suite à la donation de la sublime collection de Bruno Ducharme, en juin 2021, réunissant quelque 6 000 œuvres !), que dans les foires d'art contemporain, les galeries cotées…

L'art libellule

La notion d'art "hors les normes" inventée par trois artistes de la région lyonnaise (Guy Dallevet, Jean-François Rieux et Loren) est, elle, assez élastique, tout en s'inscrivant dans le sillage de l'art brut : des artistes hors normes au sens social (isolés de la société, hospitalisés en psychiatrie…), au sens esthétique (autodidactes, artistes peu intéressés par les codes de l'art contemporain…), etc. La Biennale qu'ils lancent en 2005 s'inscrit logiquement dans quelques lieux singuliers (les hôpitaux psychiatriques du Vinatier et Saint-Jean-de-Dieu), des lieux proches du grand public (médiathèques)… Elle sera inaugurée le 17 septembre à l'Université Catholique de Lyon. Chaque édition réunit entre deux et trois cents artistes qui exposent dans une multitude d'endroits du Grand Lyon, et aussi plus largement dans l'Ain, en Isère, en Ardèche. Fait notable, toutes les expositions sont gratuites.

La 9e Biennale Hors les Normes fait d'une phrase de Franz Kafka, « c'est pour cela qu'on aime les libellules », le slogan de son édition. Pour un ensemble d'expositions « à l'image de la libellule qui semble légère, fragile et pourtant redoutable prédatrice. Une libellule qui se métamorphose dans le temps, qui semble suspendre le temps en un vol stationnaire. La libellule fut aussi l'objet d'un imaginaire fertile » écrit Guy Dallevet dans le dossier de presse de la biennale.

Bref, il s'agira de butiner un peu au hasard des événements, qui ne connaît ni tête d'affiche ni lieu privilégié. Un petit conseil : ne ratez pas, à la Chapelle de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, la présentation d'artistes de la Fondation belge Paul Duhem (1919-1999). Valet de ferme dès l'âge de quatorze ans, Paul Duhem est accueilli au Centre La Pommeraie en 1978, un foyer en Belgique, où il se consacre à des travaux de jardinage. L'histoire veut que ce ne soit qu'à l'âge de soixante-dix ans que Paul Duhem passe de l'horticulture au dessin et à la peinture, s'avérant notamment un grand coloriste… Un parcours en tout cas emblématique de cet art hors les normes ! Une fondation porte aujourd'hui son nom pour défendre ses œuvres, ainsi que celles produites par d'autres artiste à l'atelier de La Pommeraie.

9e Biennale Hors les Normes
En différents lieux du Grand Lyon à partir du 17 septembre

Programmation complète sur www.art-horslesnormes.org


L'art brut et singulier en quelques dates

1900 : Première exposition d'œuvres de personnes atteintes de troubles psychiques à Londres

1922 : Le psychiatre et historien d'art allemand Hanz Prinzhorn publie Expressions de la folie, fruit de sa collection d'art débutée en 1919 et de ses réflexions théoriques

1945 : L'artiste Jean Dubuffet découvre les asiles de Berne et de Genève, la prison de Bâle, et donne sa première définition de l'art brut

1971 : Lausanne accueille la Collection de l'art brut (une centaine d'artistes et quelque 4000 œuvres au départ)

1989 : Preière édition du Festival Art et Déchirure à Rouen consacré à l'art brut et singulier

1999 : Création de l'association abcd (art brut connaissance & diffusion)

2005 : Christian Berst ouvre en France à Paris la première galerie spécialisée en art brut (il ouvrira ensuite une deuxième galerie à New York). Première Biennale Hors les Normes à Lyon

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