Rakwé, du grain à moudre

Coffee Shop | Elias torréfie depuis cinq ans dans le bas des pentes, sous l’étiquette Rakwé. Il s’est associé avec Jonathan, le Vagabond, dont on croise le triporteur et les espressos sur les marchés des quais. Ça donne un nouveau coffee shop sur Lyon. Un énième ? L’un des meilleurs.

Adrien Simon | Mercredi 3 novembre 2021

Photo : © Jeanne Claudel


On en connait tous un : un geek de l’arabica ! Souvent un "créatif" sans bureau fixe, squatteur de coffee shop, pris au dépourvu quand le Covid fut venu. Il peut expliquer des heures durant pourquoi il a resserré son moulin d’un cran, ou comment il a survécu à la pénurie, celle des filtres Chemex. Il n’est pas seul. On peut même dire que cette tendance, disons la nouvelle passion française pour le café de spécialité, ne fait que commencer. Tenez, encore un nouveau coffee shop ! À l’entrée du cours Lafayette, le long de la voie du C3. Juste fait de quelques tables, une machine, un moulin, une clientèle à l’accent américain (nord et sud). En vérité, on a envie de s’enthousiasmer, car c’est l’œuvre de deux garçons un peu à part dans le monde du café lyonnais, le monde post-Mokxa (le torréfacteur des années 10 qui, le premier, nous convertit au café-filtre). Le premier c’est Jonathan Estassy, il a son triporteur qu’il trimballe sur les marchés des quais, où il débite des espressos. L’autre c’est Elias Sfeir qui tient un lieu pas banal, rue Leynaud. Un lieu où des MacBooks se serrent en silence et enquillent les jus à longueur de journée. Au milieu, notre tenancier qui fait la causette, appelle tout le monde par son prénom, et s’éclipse régulièrement à l’arrière, pour des messes noires ? Pour torréfier…

Un truc fabriqué à Taïwan

Elias vient du cinéma, il avait une boîte de prod’ à son nom (Visiosfeir), qui un matin de 2015 a fini par le mettre dans l’embarras : de gros projets, The Mend, Le Faussaire, qui rencontrent la critique, pas le succès. Il faut arrêter. Mais pour quoi faire ? Allez savoir pourquoi, M. Sfeir a choisi le café : « je n’en buvais pas », dit-il. Il a des locaux, mais ne veut pas d’un coffee shop en kit (déco nordique, machine La Marzocco, etc.). Alors il commence tout doux par servir des p’tits noirs extraits de Bialetti (les petites italiennes en aluminium). Et ça marche. Ses grains, il les achète alors chez Placid ou Owl Brothers, mais ils les a prévenus : il compte vite torréfier lui-même. « On me prenait pour un fou », avoue-t-il. Et pourtant, quelques semaines plus tard, il achète un mini-torréfacteur à induction, un truc fabriqué à Taïwan qui ressemble à un petit cochon, qui peut contenir à peine un kilo de café vert, que l’on branche sur USB pour contrôler la température de chauffe, celle du grain, le flux d’air, sept paramètres en tout — c’est ainsi que ça fonctionne, on joue beaucoup avec des courbes.

Encore un coup de folie

« J’avais lu des livres, je me suis lancé, j’ai recommencé, encore et encore. » Et finalement il est devenu le seul dans le centre qui torréfie, vend en vrac, extrait sur place. Mais ce n’est pas tout : à la faveur du confinement, Elias s’est lancé dans l’importation de grains. « Quand j’ai commencé, le principal importateur français de café de spécialité m’a fermé la porte, j’étais trop petit, il avait un autre gros client lyonnais. J’ai dû me tourner vers l’étranger, l’Espagne, Hambourg. Au bout d’un moment je me suis dit : tu sais importer des films, pourquoi pas du café ? » Encore un coup de folie qui l’amène à faire venir des micro-lots d’Éthiopie, tout juste 30 kilos d’un grain qu’il juge exceptionnel, dont il fera les dernières torréfactions pour Noël, ou du Salvador, 70 kilos qu’il vient de recevoir. Son prochain terrain d’exploration, ce sera certainement du côté des techniques de séchage : « on connaît principalement en France le café "lavé", et le café "naturel", séché directement — je ne faisais que des naturels jusqu’à présent. Mais il y a d’autres process d’après-récolte comme les fermentations, anaérobie avec un café dépulpé, ou en macération carbonique, avec les cerises entières, comme pour le vin. » Et Elias de nous faire goûter un café colombien traité de cette manière. Un grain qu’il a torréfié bien sûr, et transformé en jus avec une Chemex : ébouriffant.

Rakwé
26 rue René Leynaud, Lyon 1er
11 cours Lafayette, Lyon 6e

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L’Arbre vagabond, un refuge en Haute-Loire

Haute-Loire | Une librairie ? Un café ? Un restaurant ? Un bar à vins ? Tout cela ! A minima. Car en Haute-Loire, L’Arbre vagabond, émanation des éditions Cheyne — à l’honneur à la BM de Lyon — est aussi le point de départ de randonnées et le voisin d’une confiserie de guimauves maison. Par ici les sorties.

Nadja Pobel | Mercredi 14 octobre 2020

L’Arbre vagabond, un refuge en Haute-Loire

Le Chambon-sur-Lignon. 90 justes dont les noms figurent au mémorial de Yad Vashem et une histoire de désobéissance racontée dans un musée nommé "Lieu de mémoire", inauguré en 2013 par la maire… Éliane Wauquiez-Motte, la mère du président de Région — elle a cédé sa place à un autre divers droite en juin. Dans ce berceau du protestantisme, point de querelle de chapelle autour du livre. Dans une ancienne école communale, en 1978, Jean-François Manier installe l’imprimerie et la maison d'édition qu’il vient de fonder du nom du hameau : Cheyne. Si désormais ses bureaux se situent dix kilomètres à l’est, en Ardèche (à Devesset), cette bâtisse, rebaptisée L’Arbre vagabond, est une douce halte pour ralentir. Plus de 10 000 titres de références : romans, invitations aux voyages, gastronomie, ouvrages jeunesse et… de la poésie à laquelle le fondateur est si attaché. Lors de ses études de commerce, il lit Les Matinaux de René Char et cette phrase qui le poussera vers les livres : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront ». Des guimauves mai

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Les Écrans du doc : Sur les barricades

ECRANS | C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Les Écrans du doc : Sur les barricades

C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques contemporains, par le peuple et pour le peuple. Un soulèvement civil et salutaire. Ouverture toute trouvée, Silvia Munt lancera les hostilités avec son brûlot Afectados, témoignant de la révolte aussi intime que collective des Indignés espagnols. Le combat continuera avec Food Coop de Tom Boothe, consacré à la réussite d'un supermarché coopératif à New York. Pour alimenter le débat et distribuer leurs avis, les membres du projet Demain ou les Amis du Monde Diplomatique basés à Lyon viendront partager leur point de vue. Swagger d’Olivier Bab

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"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

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