Gabiodiv fait renaitre la biodiversité sur les quais du Rhône

Association | Le projet Gabiodiv — contraction de gabion et biodiversité — initié en 2019 par Victorine De Lachaise et Quentin Brunelle est désormais ancré dans le paysage. Mais si, vous savez... La libellule métallique près du Pont de la Guillotière ! Deux ans après le début de l’aménagement, 200 espèces dont un castor sont revenues sur les berges. Le co-créateur de l’association Des Espèces Parmi’Lyon tire les premières conclusions.

Louise Grossen | Vendredi 5 novembre 2021

Photo : © Jeanne Claudel / © DR


En quoi consiste Gabiodiv ?
Quentin Brunelle
: C'est un projet innovant. Un aménagement qui vise à restaurer l'habitat des espèces en milieu aquatique, là où toutes les berges sont complètement bétonnées. Il se manifeste par l'installation de modules végétalisés sur les quais de la Métropole lyonnaise, en faveur du cadre de vie des citadins et de la biodiversité urbaine. On s'est aperçu qu'il y avait de grosses lacunes en ville concernant la prise en compte de la biodiversité. Pour nous, il y a un véritable enjeu de sensibilisation des habitants. On ne sauvera pas le monde concernant les espèces, mais commençons par travailler à notre échelle, impliquons durablement les habitants, le reste suivra.

Deux ans après le lancement de l'initiative, quels sont les résultats ?
L'expérimentation est terminée. 200 espèces animales et végétales — protégées ou menacées — ont refait surface. Le castor, par exemple, vient souvent sur l'aménagement. C'est une espèce mobile qui a besoin de saules et de peupliers pour s'alimenter. Pour lui, c'est un casse-croûte à emporter. Les hérons, les bergeronnettes, le brochet — qui se reproduit à nouveau sur ce secteur alors que c'est une des espèces de poissons les plus menacées en France — sont aussi revenus. La première conclusion c'est que lorsque le Rhône s'urbanise il y a une grosse cassure. Les libellules sont nos indicatrices : dans les cours d'eau urbanisés de Lyon, seulement une ou deux espèces se reproduisent. Plus au nord ou au sud, il y a quasiment une cinquantaine d'espèces reproductrices. Si l'on favorise le retour des libellules, les autres espèces reviendront.

Sortir de cet hygiénisme

Comment Lyon se positionne-t-elle dans la préservation de la biodiversité ?
C'est toujours compliqué de faire un diagnostic aussi rapidement. Cela dit, on a un contexte très favorable : deux cours d'eau et une variation des reliefs qui garantissent une certaine forme de nature. La prise en compte de la biodiversité dans les parcs urbains, toutes les zones inconstructibles en font des secteurs préservés, et Lyon a été l'une des premières villes à abandonner les pesticides. Le point négatif, c'est une urbanisation galopante. Quand la préservation et la restauration sont citées, ce sont sur des projets vitrines. Au détriment d'autres secteurs qui en ont tout autant besoin.

Lesquels ?
L'impératif, c'est la qualité et la quantité de la ressource en eau et des zones humides. On pédale pour y pour arriver. Il faut sortir de cet hygiénisme : le tout bien, tout propre… C'est contre indiqué pour préserver la nature.

Quelles suites pour Gabiodiv ?
Il a vocation à être étendu et diversifié. Cinq grands projets liés à la restauration du Rhône et de la Saône à Lyon sont en cours, dont un sur les bas-ports de Lyon (zones affleurantes au niveau de l'eau, ne pouvant être construites car inondées régulièrement) pour retrouver de vrais boisements de verdure avec des prairies fleuries sur 400 mètres le long de la Saône.

On ne peut pas faire ça tout seul

Quid du financement des projets ?
On a les ressources en interne pour monter les projets. Ensuite, on propose aux propriétaires : la Métropole et les Voies Navigables de France. Soit ça marche, soit ça ne marche pas. La Région et l'Agence de l'Eau sont aussi des financeurs importants. On ne peut pas faire ça tout seul. Travailler dans notre coin, ce n'est pas l'idée.

Comment agir en tant que citoyen ?
On organise en novembre "les grands challenges biodiversité". On se lance dans la plantation d'arbres, la création d'une vingtaine de mares, de 500 mètres de haies... avec tout un accompagnement des habitants. Il suffit d'avoir une jardinière sur un rebord fenêtre pour participer. Toutes les infos sont sur notre site. Sinon, on assure des permanences le jeudi à la Maison de l'Économie Circulaire. Les gens viennent nous parler de leur projet, on leur parle du notre. Peu importe ses affinités avec la nature, tout le monde peut s'impliquer !

Association Des Espèces Parmi'Lyon
T. 07 77 38 01 22
Permanences à la Maison de l'Économie Circulaire chaque jeudi

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter