Futur antérieur

MUSIQUES | 2080, compose à la vitesse des années-lumière de l'électronique rétro-futuriste souriante.

Jerôme Dittmar | Mercredi 11 février 2009

2080, artiste électro, c'est les années 80 dans le futur. "Je fais voyager une décennie, le but secret étant d'être vintage dans les années 2100" confie-t-il. À peine âgé de quatre ans, il entend pour la première fois le morceau Popcorn, sûr et certain qu'il a été composé par Jean-Michel Jarre (alors que Gershon Kingsley en est l'auteur sur l'album Music to moog by, 1969). Adolescent, il continue d'écouter Jarre Jr., mais aussi Vangelis, Queen et les Pink Floyd avant de se frotter à la rugosité animale et décérébrée des compilations hardcore Thunderdome. "Tout me plaisait pas" avoue-t-il. "Mais c'était excitant et radicalement différent. J'avais une sensation d'exclusivité. Et mine de rien, l'agressivité bête et méchante d'un Thunderdome m'a préparé à découvrir les breaks délirants d'Aphex Twin". De fil en aiguille, il se glisse dans l'univers complexe et trituré du label Warp. "J'ai eu ma période où je voulais faire de la musique comme ça, sans jamais y arriver et sans en avoir la patience. J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui essaient vainement de copier ce qu'Aphex a fait il y a quinze ans" ironise-t-il. "Pendant longtemps j'ai fait de la musique assez sombre, très ambient et lourde, avec des tempos lents et des rythmes complexes. Mais voilà : c'est plus intéressant d'exprimer quelque chose de positif. C'est trop facile en art d'exprimer la mélancolie ou la rage. J'ai décidé que ma musique devienne source d'amusement". À son image : colorée, souriante et drolatique, aux antipodes des caractères ombrageux, torturés et pinailleurs de la sphère electronica. 2080 n'a qu'un but : "Faire de la musique simple mais pas dénuée de sens". Soit une musique électronique pleine d'entrain, de rondeurs, truffée de sonorités aux relents vidéoludiques (sa passion première). Un geek dans toute sa splendeur qui a su maturer ses passions d'enfant pour l'art, la musique, la bande-dessinée et les jeux-vidéos. D'une composition à l'autre, il ne change pas de fusil d'épaule : "Soit ça vient, soit ça vient pas. La première note touchée sur mon synthétiseur donne la couleur du morceau. Les notes s'enchaînent dans une logique qui m'échappe souvent. Quand je réécoute une de mes productions, je me demande d'où elle est venue. Je compose très vite". Ce qui confère à son univers un côté immédiat. Voire compulsif. "Pour mon dernier live en date au DV1, je voulais du neuf alors j'ai composé onze morceaux en quatre jours". Abrité par le label Gourmets Recordingz, 2080 a un maxi cinq titres dans les tuyaux prévu pour mars et intitulé Nerd To Geek. "Tout est composé, mixé et les voix placées. Mais on n'est jamais à l'abri d'un coup de nerf. Quelque chose qui a deux semaines est déjà vintage !".

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Grégoire Le Du, manager en développement durable

MUSIQUES | A la tête de l'agence de management Grande Route et du tout neuf label Archipel cofondé avec le studio Mikrokosm, Grégoire Le Du s'est spécialisé depuis une dizaine d'années dans l'accompagnement d'artistes en développement. Mûrissant au passage une philosophie quelque peu à contre-courant de l'image que l'on peut se faire de ce métier, où les idéalistes auraient encore leur place. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Grégoire Le Du, manager en développement durable

«J'ai cette chance d'être suffisamment romantique pour me satisfaire de ce que l'artiste fera plutôt que de ce qu'il fait.» Cette phrase de Grégoire Le Du – fondateur de Grande Route, qui manage entre autres les carrières prometteuses de Joe Bel et 2080 – plusieurs fois répétée et déclinée au cours du même entretien sur son métier, peut paraître quelque peu sibylline. Il faut pourtant, entre les lignes, la comprendre comme l'acceptation qu'un artiste puisse à un moment donné faire sa (grande) route sans ce manager spécialisé dans l'émergence. Sans faire de lui un Bartleby de la chose, un type qui, comme le héros de Melville, «préférerait ne pas», ce discours et la mise en pratique qui l'accompagne dénote quelque peu dans une profession que, vue de l'extérieur, on imagine volontiers pratiquée par des types qui se barrent avec la caisse : «C'est une philosophie, une question de tempérament dit-il. Je viens de la musique, j'en fais, ce qui me permet de travailler sans arrière pensée.» C'est en effet en plusieurs temps que Grégoire s'est découvert une passion pour l'émergence et le développement et a forgé sa vision du métier.

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