L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

Photo : © Mona Bonetto


« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut être que dans l'ailleurs. Mais cet ailleurs, il faut aller le chercher avec les dents.

Un ami lui ayant toujours dit de venir le voir au Maroc, Obi se décide en 2010 pour un aller simple. Il traverse le Mali, prend une nuée de bus passant par l'Algérie. Arrivé au Maroc, les perspectives ne sont guères plus brillantes pour un sans papiers : « impossible d'aller d'une ville à l'autre si on n'a pas de papiers », dit-il. Cet ami lui conseille, s'il veut s'en sortir et s'il lui reste un peu d'énergie, d'essayer de passer en Espagne. Pour gagner l'enclave espagnole du nord du Maroc, Obi saute, littéralement, d'un train en marche à l'autre, accroché aux barres des wagons. Cinq fois, il est arrêté et reconduit en Algérie, doit à chaque fois retraverser le désert. Il s'y perd une fois pendant trois jours sans eau, ni nourriture, pense à se laisser mourir, est pourchassé par des chasseurs de migrants. Cinq fois, il regagne le Maroc et repart pour l'Espagne, finit par suivre un groupe qui se perd plusieurs jours dans une forêt. À la frontière de l'enclave se dresse un mur anti-migrants, ridicule rempart d'une Europe qui pense qu'on peut cantonner la pulsion de vie derrière un grillage. Obi décide de passer par la mer, après plusieurs tentatives en nageant de nuit vers le large pour semer les patrouilles puis vers le nord et la ville de Ceuta, et, après une morsure de requin, il parvient épuisé sur les plages espagnoles : « la première traversée est très difficile mais avec l'habitude on finit par avoir assez de force pour y parvenir » analyse-t-il tranquillement, comme s'il nous racontait une excursion, depuis le studio croix-roussien où nous le rencontrons. Le sourire est facile sur ce visage impressionnant de charisme et de sérénité mais le regard dit la violence des épreuves.

La musique en prison

Obi reste un an dans le camp de Ceuta, puis gagne Algesiras en Andalousie, Bilbao au Pays-Basque, l'Italie d'où il est expulsé et la Suisse où il est mis en prison après deux ans passés dans la rue. Bref, à chaque étape ça va mieux mais mal. Il passe six mois en prison et commence à ressentir le besoin de travailler sa musique. « Au Nigéria, je chantais depuis l'âge de 13 ans, dans la rue mais je ne prenais pas ça au sérieux, j'écoutais beaucoup Tupac, Ja Rule, des native songs et je m'amusais à faire ma sauce autour des morceaux que j'aimais. En prison c'est devenu quelque chose que je devais faire. ». Sur un ordinateur dans lequel il a englouti ses maigres économies, il compose et chante en prison, entend parler de perspectives meilleures en France. Ailleurs, toujours, où l'herbe plus verte jaunit trop vite sous les pas du clandestin qui la foule. Un ami, échoué au collège Maurice-Scève, lui dit qu'à Lyon, il trouvera un endroit où habiter. Ticket, train, Lyon, et une fois sur place, nouvelle désillusion : « j'ai demandé à mon ami si cet endroit où je venais d'arriver était un camp, il m'a répondu que non, que c'était un lieu où les Africains pouvaient s'abriter mais je n'étais pas à l'aise avec ça. »

La promiscuité avec 400 autres migrants dans des dortoirs de 25 lui pesant, il décide de se construire une chambre à part dans les murs du collège en montant avec son ami Moussa des murs faits de planches et de portes de toilettes dégondées : « avec d'autres, Moussa s'est débrouillé pour trouver du bois et je leur ai dit "j'achèterai les clous" » rigole-t-il. L'endroit, sans fenêtre, ne fait pas plus de 6-8 mètres carrés, un matelas jeté contre un mur, un semblant de bureau contre l'autre. Obi présente son "espace" comme un studio d'enregistrement pour justifier de s'isoler. Il doit donc apprendre à produire et commence à enregistrer quelques musiciens du collège et ses propres morceaux. Mais pour la tranquillité, il faudra repasser : « je voulais être seul mais avec ces enregistrements, il y avait toujours quelqu'un chez moi. » Nous sommes en 2019, neuf ans ont passé depuis le départ du Nigéria.

« That's it, Ginger ! »

Mais parfois quelque chose vient briser la chaîne des désillusions et la chance — ou Dieu, à qui Obi s'en remet souvent — se manifeste autrement qu'en vous sauvant la peau en pleine mer ou dans le Sahara. Cette chance. se nomme Cédric de la Chapelle, un musicien bien connu de la scène lyonnaise à qui l'on doit d'avoir découvert le regretté Slow Joe sur une plage de Goa avant de lui offrir une carrière de chanteur en Europe à 60 ans passés. Au collège où Cédric accompagne une pièce de théâtre, les deux hommes se rencontrent, nourrissent une curiosité réciproque. Cédric invite Obi à lui faire écouter quelques pistes chez lui. Ils ne se quitteront plus. Obi confie la structure de ses morceaux, Cédric les harmonise, en travaille la matière brute, « prolonge le geste artistique d'Obi » enthousiasmé par le talent et le charisme de ce grand type tombé du ciel au prix de mille flirts avec la mort. Comme il l'avait été par le hobo Slow Joe une décennie plus tôt.

Les deux musiciens s'apprivoisent : « j'ai fini, dit Cédric, par savoir qu'il était content du résultat quand il se mettait à sauter partout en criant « That's it, Ginger ! ("rouquin", le surnom donné par Obi à Cédric) »». Quelque chose prend forme, qu'il faut faire écouter au producteur lyonnais Olivier Boccon-Gibod, à qui nombre de talents doivent d'être montés sur scène. Le coup de foudre est immédiat : « je ne sais pas d'où Cédric tient cette sensibilité pour dénicher ces talents en toute circonstance mais quand j'ai écouté Obi, j'ai tout de suite senti que j'avais affaire à un artiste, au-delà de ce parcours qui résonne, qui charge tout ça d'émotions. » Les trois travaillent sur un album dont le processus est interrompu par le confinement, mais accéléré ensuite par la frustration née de ces deux mois d'inaction. « Pendant tout le confinement, confie Olivier, j'ai été habité par l'histoire d'Obi qui dans cette vie incroyable a su trouver de la beauté et une énergie inépuisable. Le confinement pour lui, c'était de la rigolade. »

Slave We

Un premier titre clipé, Slave We, petite bombe dancehall sur la condition de migrants, lancé comme une prière, sort ce mercredi 21 octobre. Un album suivra en 2021. « C'est une véritable famille qui s'est construite autour d'Obi, explique Olivier, avec le label Un plan simple qui sortira l'album chez Sony, un label canadien ». Dans la boucle on trouve aussi des acteurs des musiques actuelles avec lesquels la maison de production d'Olivier Boccon-Gibod, Horizon, a planifié un circuit de résidence itinérante pour le projet d'Obi à travers la France, La Migration positive : « l'acte de création doit être symbolique. L'itinérance, c'est sa vie et on voulait montrer tout ce qu'elle apporte de positif à ceux qui accueillent. Quoi de mieux que de faire inviter Obi — et j'insiste sur le mot "inviter" — par des salles de concerts pour mettre en évidence l'émotion qu'il nous apporte. C'est la même personne que celle qui a, littéralement, traversé le désert. Ce qui change c'est le regard qu'on porte sur lui. »

En attendant, Olivier et Cédric ont évité à Obi d'être relogé d'office à Bellignat (Ain) ce qui aurait signé la fin de tout projet pour lui. « On l'a exfiltré fin août, explique Cédric, juste avant qu'ils dégagent tout le monde du collège ». Horizon lui loue un appartement dans le 1er arrondissement et s'occupe de lui faire récupérer les droits perdus en refusant le logement précité, qu'Obi voyait « comme une nouvelle prison miniature ». Et de faire avancer une procédure accélérée de demande d'asile. Histoire qu'Obi puisse vivre en paix de son art après dix ans d'une odyssée à faire frissonner Ulysse. Que ses morceaux puissent, comme le dit si bien Olivier Boccon-Gibod, « voyager encore plus loin que ce grand voyageur ».

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Gros câlins : "Jeune Juliette"

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Galant Records, nouvelle fournée

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Derrière la (trop ?) haute toque de la gastronomie, Lyon serait-elle en passe de devenir l'une des capitales internationales de la danse, voire La capitale de la danse ? Qu'importe les emblèmes et les titres de gloire direz-vous, mais force est de constater, à chaque Biennale notamment, l'engouement particulier des Lyonnais pour la danse : qu'elle soit populaire avec le défilé qui reprendra cette année son circuit sur la Presqu'île, ou un peu plus "cultivée" dans les salles de spectacle. Bientôt, en 2021, un élément majeur viendra s'ajouter à l'édifice chorégraphique local : les Ateliers de la Danse, dans l'ancien Musée Guimet, qui accueillera des artistes en création sur des temps longs de résidence. C'est donc une véritable (et joyeuse) hydre à plusieurs têtes que dirigera alors Dominique Hervieu : la Maison de la Danse, les Ateliers, la Biennale, le Défilé... sans compter encore la Triennale de Yokohama au Japon (dont elle est directrice artistique, appliquant là-bas le modèle lyonnais) et l'exportation de la Biennale à Saint-Étienne et à Clermont-Ferrand cette année. Ou encore, petite biennale dans la Bie

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Dominique Hervieu : « mon cheval de bataille, c'est la création »

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Pierre Deroudilhe | Mardi 17 avril 2018

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La saison du renouveau pointe à peine dans le fond de l’air que déjà les documentaires fleurissent. Aux Printanières de Bron, L’Intelligence des arbres (de Guido Tölke et Julia Dordel) part à la découverte du langage des géants de la terre tandis qu’un printemps plus politique nous amène Des bobines et des hommes (en présence de la réalisatrice Charlotte Pouch) qui suit la vie des ouvriers d’une usine textile en plein redressement judiciaire. Des bobines et des hommes Au Zola le ​jeudi 19 avril à 20h30 L’Intelligence des arbres Au Cinéma Les Alizés ​le samedi 21 avril à 18h30

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Gloria aux lassos : "My Wonder Women"

Biopic | de Angela Robinson (E-U, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Gloria aux lassos :

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (en glamourisant, notamment, à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblanc

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Cellule familiale : "Mobile Homes"

Home/road movie | de Vladimir de Fontenay (Can-Fr, 1h41) avec Imogen Poots, Callum Turner, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Cellule familiale :

Ali partage avec Evan une vie nomade faite de petits trafics, se servant au besoin de Bone son garçonnet. Après un ultime plan foireux, Ali et Bone se réfugient dans un mobile home qui justement est déplacé par Bob, son constructeur. L’espoir pour eux de refaire leur vie ailleurs… En s’attardant sur les coulisses des combines d’Evan (combats de coqs, vente de poudre, effractions, etc…) et en insistant sur la déréliction de Bone, ce premier film prend un peu trop de temps à en venir au fait : l’espoir d’une reconstruction pour la mère et le fils dans un environnement sécurisant et stable — quel paradoxe pour un village de mobile homes. On suppose que Vladimir de Fontenay, qui développe ici la trame d’un de ses courts-métrages, a eu du mal à sacrifier l’ambiance canaille du début : la violence interlope et nocturne s’avère toujours séduisante à l’écran. Mais le cocon blanc des mobile homes, havre en chantier ne manque pas non plus d’atouts. D’autant plus qu’il constitue un apaisant contrepoint visuel. Mention spéciale pour finir

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Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

120 battements par minute | Auréolé du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de 120 battements par minute revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

Comment évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up Paris : il y avait un type qui fait l’accueil, qui expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression que les choses arrivaient sans qu’il ait le temps d’en prendre conscience. Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu, quand on ne sait pas ni où ni à quel moment on

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À Cannes, il a eu le Grand Prix : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Act Up Paris | de Robin Campillo (Fr, 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

À Cannes, il a eu le Grand Prix :

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990, sensibilisant à coup d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armée. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes — les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les insti

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120 battements par minute

ECRANS | Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

120 battements par minute

Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le film-fleuve de Robin Campillo consacré à l’épopée militante d’Act Up s’offre une séance lyonnaise en présence de son réalisateur deux mois avant sa sortie nationale. Et en pleine Fête du Cinéma. 120 battements par minute Au Comœdia le lundi 26 juin à 20h

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Le BOOOOOM #3 s'intéresse à l’envers du décor au cinéma

Actu | Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la campagne : allez au cinéma ! En particulier si vous avez entre 15 et (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Le BOOOOOM #3 s'intéresse à l’envers du décor au cinéma

Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la campagne : allez au cinéma ! En particulier si vous avez entre 15 et 25 ans, à l’occasion du Booooom (oui, avec 5 “o”), un festival “éclaté” en Auvergne-Rhône-Alpes — ce qui est bien normal, puisqu’il est organisé et coordonné par le Réseau Médiation Cinéma M’Ra, une heureuse initiative régionale. Chaque année au mois de mai, ce Booooom propose à ses salles partenaires (27 au total) de programmer une ou plusieurs séances ou soirées événementielles autour d’une thématique commune. Le millésime 2017 sera réflexif : il sera en effet question de “l’envers du décor”, grâce à des films parlant du cinéma. Cette mise en abyme donne lieu à une foule d’alléchantes propositions : Super 8 de JJ Abrams fera escale au CinéRillieux vendredi 19 à 20h avant des animations et un buffet, Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry (avec quiz et buffet) attirera les amateur de suédage, au Lem de Tassin le même jour à 20h30, et au même moment le Ciné-Caluire vous conviera à une immersion

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"L’Histoire de l’Amour" : love, etc.

ECRANS | de Radu Mihaileanu (Fr, Can, E-U, Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Soixante ans après l’interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d’un mystérieux livre narrant l’amour absolu de Léo pour sa dulcinée… Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux… En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l’époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu’un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L’on passe en effet ici d’un chapitre ou d’une époque à l’autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en — involontaire — destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l’histoire, en définitive, ne s’élance jamais.

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Gilles Paris, l’auteur de "Autobiographie d’une courgette"

Trois questions à... | Publié en 2002, déjà transposé pour la télévision en 2008 par Luc Béraud, le roman Autobiographie d’une courgette est davantage qu’un phénomène littéraire. Conversation avec un auteur heureux.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Gilles Paris, l’auteur de

C’est la seconde fois que votre Courgette est “adopté” (plus qu’adapté) par des parents de cinéma. Comment se passent la séparation, puis les retrouvailles du point de vue de l'auteur ? Gilles Paris : À la fois de loin (je laisse aux professionnels le soin d’adapter ce roman librement) et à la fois de près car je suis à la trace ce qu’ils font et je m’en émerveille chaque fois. Je suis comme le premier fan. J’aime que d’autres s’accaparent mon univers pour y insérer le leur. Claude Barras explique avoir « adouci » votre roman, rendant son film accessible à un jeune public dès 7 ans. Pourtant, il traite des mêmes thèmes graves que vous. Le cinéma, l’animation, atténuent-ils la crudité du sujet ? La mort de la mère par exemple était difficile à traiter à l’image, ce que je comprends bien. C’est beaucoup plus “acceptable” dès le début du film, ce qui, en effet ne l’a pas empêché d’être fidèle à l’esprit du roman, à sa poésie et à ce fond social qui rapproche ces enfants. Depuis sa parution, votre roman a été lu par des milliers d’adolescents et étudié par de très nombreux coll

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Les applications pour sortir à Lyon

GUIDE URBAIN | Voici nos applications favorites pour vivre et découvrir Lyon sans en rater une miette : des secrets du patrimoine aux apparitions cinématographiques de la ville en passant par les meilleures adresses où sortir et danser. Sélection.

Lisa Dumoulin | Mercredi 5 octobre 2016

Les applications pour sortir à Lyon

Le murmure des statues : pour écouter les secrets de la ville Vous vous êtes déjà demandés ce que les statues nous raconteraient si elles pouvaient parler ? C’est ce que propose de découvrir l’application Troubadour story. Soit une nouvelle façon poétique de visiter la ville avec un audioguide dans son smartphone. Des comédiens ont enregistré des histoires que vous pouvez écouter à l’envi selon le lieu où vous vous trouvez, pour découvrir des anecdotes sur Lyon. Le site de l’application :collectifspaceopera.wordpress.com Wherenights : pour avoir les bonnes adresses dans sa poche Mise en situation. 20h, l’apéro bat son plein. Mais l’estomac commence à crier famine. - On va manger quelque part ? - Oui mais où ? - A la pizzeria près de chez moi ? - Moi je veux bien manger une pizza mais pas trop loin ! - On va plutôt dans un autre bar où on peut grignoter en même temps ? - Il y a quoi dans le quartier ?

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Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

#Effacement « Dans l’acte de peindre, il y aura comme dans l’acte d’écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d’œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone. À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17

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Lyon BD Festival : le plein de super

Bande Dessinée | Pendant que l’immense machine angoumoisine se prend bide sur bide, au grand dam des auteurs et du public, Lyon BD Festival continue de se muscler. Une décennie seulement après sa création, l’incontournable rendez-vous lyonnais est devenu plus fécond que jamais.

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Lyon BD Festival : le plein de super

Les plus de 200 illustrateurs, scénaristes et coloristes attendus cette année au Lyon BD Festival savent bien qu’ils n’auront pas à apposer leur signature jusqu’à épuisement sur des albums, ni à pester contre les remises de prix. Choyés par une équipe noyautée depuis l’origine par des consœurs et confrères lyonnais (ça aide), nombre d’entre eux sont des habitués. Certains ont même été sollicités pour co-construire l’événement en participant aux projets ou créations présentés durant le week-end. Ainsi, Obion montrera le fruit de sa résidence au musée Gallo-romain (qu’il publie en album), des auteurs français et espagnols se rencontreront et se raconteront dans l’exposition Influences croisées, quand Jimmy Beaulieu, Rubén Pellejero ou Jean-Yves Mitton croqueront des œuvres au Musée des Beaux-Arts… Entre deux spectacles (Lincoln sur scène) ou BD-concerts (Boulet et Inglenook), Lyon BD initie à nouveau une grande exposition avec la complicité du scénariste JC Deveney. Après la question de la parité en BD (Héroïnes), le festival célèbre les super-héros à travers les éditions Lug, décisives dans l’essor des comics Marvel en France. Le panorama proposé retra

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Jarzyna, l'affranchi

Théâtre des Célestins | Depuis plusieurs années, le théâtre des Célestins mène une programmation bien moins chic et calme que la Presqu'île où il est implanté. Le meilleur de la jeune (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Jarzyna, l'affranchi

Depuis plusieurs années, le théâtre des Célestins mène une programmation bien moins chic et calme que la Presqu'île où il est implanté. Le meilleur de la jeune garde s'y retrouve (La Meute, Julie Duclos...) aux côtés de pointures internationales. Ce sera encore le cas ce week-end, hors les murs au Radiant, avec Droga kobieta (La Seconde femme), une variation sur Opening night par Grzegorz Jarzyna. Âgé de 48 ans, le metteur en scène a été invité en France en 1999, en 2000 et 2001 au In d'Avignon avec Yvonne princesse de Bourgogne, Le Prince Mychkine et Festen. C'est avec cette pièce de Gombrowicz qu'il livre son premier spectacle et se fait remarquer dès sa sortie de l'école de Cracovie où, sous la direction de Kristian Lupa, il est camarade (et de dix ans le cadet) de Warlikowski. Moins ampoulé et maniéré que celui de ce dernier, le travail de Jarzyna privilégie le "naturel" des acteurs dans un dispositif très cinématographique. Dinguerie tropicale, déjà passé par les Célestins hors les murs (à la Bourse du Travail) en 2004, l'année de l'entrée de la Pologne dans l'UE, nous laisse le souvenir d'un Hou Hsiao-hsien

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Boulevard : le point d'orgue pour Robin Williams

ECRANS | de Dito Montiel (E-U, 1h24) avec Robin Williams, Kathy Baker, Roberto Aguire…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Boulevard : le point d'orgue pour Robin Williams

Robin Williams partage avec James Dean ce redoutable privilège d’accumuler les rôles posthumes : quasiment deux ans après sa disparition, le voici qui se rappelle à notre bon souvenir — se peut-il qu’on l’oublie ? — avec un film inédit. Mais à la différence, par exemple, du pathétique La Nuit au musée : le Secret des Pharaons (2015) de Shawn Levy — où le comédien, le regard déjà ailleurs, assurait une silhouette fantomatique — Boulevard constitue une conclusion de carrière magistrale. Un point final aux allures de point d’orgue. Williams y campe un employé de banque modèle, marié, discret, succombant une nuit à l’attirance pour les hommes qu’il avait réfréné pendant des années. Cette libération personnelle, en forme d’aveu secret, s’incarne dans un tapin qui va devenir le nouvel axe de son existence, perturbant dans tous ses compartiments l’ordonnancement de sa vie si bien rangée. Du fait de la proximité de leur arrivée sur les écrans, on ne peut s’empêcher de noter de troublantes similitudes entre Boulevard et le récent

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Robinson Crusoe

ECRANS | de Vincent Kesteloot & Ben Stassen (Bel, 1h30) avec les voix de Matthias Schweighöfer, Kaya Yanar, Dieter Hallervorden…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Robinson Crusoe

Le plus célèbre naufragé du monde refait surface, sous forme animée et en 3D. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour “justifier” cette adaptation de Defoe à destination d’un jeune public, on a gratifié le marin perdu d’animaux parlants, de chats maléfiques, de couleurs saturées et de péripéties moisies. Ajoutons un registre d’expressions faciales limitées et des textures peu travaillées pour faire bonne mesure. Heureusement qu’une séquence durant une poursuite sur un aqueduc offre quelques sensations fortes : pendant quelques secondes, on est proprement désorienté, n’ayant plus conscience du haut ni du bas ! S’échouant sur nos écrans à Pâques (les vacances, pas l’île), ce film encore plus malade que Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012) constitue la meilleure incitation à lire la prose du regretté Michel Tournier.

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Deathcrusher Tour : la "fine" fleur du metal extrême au Transbordeur

MUSIQUES | Eagles of Death Metal, le groupe qui se produisait sur la scène du Bataclan au moment des attentats, contrairement à ce que son nom suggère, ne joue pas du (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 novembre 2015

Deathcrusher Tour : la

Eagles of Death Metal, le groupe qui se produisait sur la scène du Bataclan au moment des attentats, contrairement à ce que son nom suggère, ne joue pas du death metal, cette ramification paroxystique du heavy metal, d'une technicité (notamment rythmique) et d'une brutalité (en particulier vocale) telles qu'elle évolue aux confins de la musique savante et de l'exutoire sur courant alternatif. C'est en revanche le cas du quatuor américain Obituary – il est même une référence en la matière – partie prenante du Deathcrusher Tour, véritable tournée de gala de l'extrémisme sonore, de passage au Transbordeur mardi 24 novembre. Également à l'affiche : les Britanniques de Napalm Death et Carcass, pionniers du grindcore (à peu près pareil que le death, mais en plus frustre, linéaire et expéditif, puisque dérivé du punk) et Voivod, vétérans québécois du thrash metal (évolution "consciente" et agressive du heavy à papa dont Metallica et Slayer sont les plus célèbres instigateurs). Autant de fausses brutes épaisses – les metalheads constituant le clan musical le plus inoffensif et accueillant qui soit – qui se feront un plaisir et même

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La pop "made in France" a RDV aux Belles Journées

MUSIQUES | Sis du côté de Bourgoin-Jaillieu, le tout nouveau festival Les Belles Journées pose sur le papier des bases solides pour cette rentrée rock avec un plateau 100 % frenchy qui permet de faire le diagnostic, partiel mais aveuglant, d'une pop hexagonale absolument radieuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2015

La pop

Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau plus attrayant, qui plus est pour son coup d'essai. C'est qu'outre Autour de Lucie, dont le statut d'icône d'une certaine pop indé en fait sans doute un peu le grand frère (ou la grande sœur) de l'événement ; les cautions "soulisantes" que sont Lull et le Lyonnais Sly Appolinaire, à qui on ne la fait plus ; 49 Swimming Pools dont les membres (menés par l'ancien critique Emmanuel Tellier), bien qu'ils n'aient plus l'âge de la conduite accompagnée, produisent une musique fraîche comme une rose qui éclorait à l'infini ; et bien sûr H-Burns (voir nos archives à son sujet) ; c'est bien la jeune garde de la nouvelle (oui, encore) pop française que l'on mène ici aux Abattoirs – du moins pas très loin, au Parc de Lilattes. Une jeune garde qui aime le travail chiadé, détient le secret de la chanson qui tue aussi sûrement que le cri du Dr Justice et porte beau sous l

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Jacco Gardner : l'insomaniaque

MUSIQUES | Second album et concert lyonnais en deux ans pour le jeune Hollandais planant Jacco Gardner, la nostalgie musicale toujours chevillée à l'âme mais explorant d'autres territoires du spectre, pour ne pas dire du fantôme psychédélique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

Jacco Gardner : l'insomaniaque

L'hypnophobie, qui donne son titre au tout récent Hypnophobia de Jacco Gardner, démiurge maniaque faisant tout lui-même, fait référence à la peur de s'endormir (ou d'être hypnotisé, ce qui revient à peu près exactement au même). L'hypnophobique ne craint pas le réveil mais la perte de conscience qu'induit l'endormissement. Autrement dit, il y a là quelque part, la crainte d'un lâcher prise dont on ne reviendrait pas. On reste donc bien en terrain furieusement psychédélique, puisque s'il est des expériences dont beaucoup ne sont pas revenus, soit parce qu'ils n'ont pas pu, soit parce qu'ils n'ont pas voulu, ce sont bien les expériences psychédéliques. Lors d'un précédent article consacré au jeune batave obsédé par les sixties, nous faisions ainsi référence à la figure tutélaire de Syd Barrett, jamais redescendu de son arbre à LSD, pas plus qu'il n'est sorti de sa cage à folie. Étrange titre donc de la part d'un jeune gars qui n'a que le rêve, l'expérience de décorporation et le voyage mental dans le temps pour moteurs. Claust

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Reperkusound, dix ans d'éclectisme électro

MUSIQUES | Plus versatile que jamais, le festival Reperkusound fête son dixième anniversaire avec quelques invités de marque et des créations originales. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 31 mars 2015

Reperkusound, dix ans d'éclectisme électro

On a pas mal pesté contre l'inadéquation entre l'identité visuelle des Nuits de Fourvière 2015 – des photos du Burning Man, grand-messe de la liberté individuelle, de l'autosuffisance et de la création indie qui investit chaque été le désert du Nevada – et leur programmation. Mais au moins est-elle à l'avantage du dernier jouet de la Métropole. Le cas du festival Reperkusound est plus problématique : les collages techno-animaliers qui ornent ses supports de communication, comme surgis d'un temps où le leet speak (pardon, le 1337 5|*34|<) était la dernière mode, laissent entendre qu'il ne s'adresse qu'aux teufeurs à poil long non toilettés et/ou aux ressortissants de Doucheville – là où le soleil brille si fort qu'il faut aussi porter des verres protecteurs en intérieur. Or s'il y a pas mal de ça (autrement dit de la trance, du dubstep et de l'electro house, entre autres musiques trop souvent cabotines), Reperkusound a toujours eu la qualité de son défaut : une volonté affirmée de faire entendre la chose électronique dans son acception la plus large possible. La preuve par dix C'est particul

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Soirées de la semaine du 18 au 24 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : C/WA au Kao, DJ Funk au DV1 et le label Ostgut Ton au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 17 mars 2015

Soirées de la semaine du 18 au 24 mars

20.03 Encore Clockwork et Avatism sont sur un bateau mouillant dans les eaux de leur Italie natale. Appelons-le C/WA. L'un deux tombe à l'eau. Qui reste à bord ? Clockwork et Avatism. Il y avait un piège : Clockwork était à l'origine un duo. Depuis 2013, c'est C/WA qui n'est plus qu'un duo, ce qui, dit comme ça, semble équivaloir à une rétrogradation du rang de super-groupe à celui de simple groupe. Sauf que non. Le second EP de cette entité le confirme, C/WA reste bien au-dessus de la moyenne des touche-à-tout (techno à la dure, jungle minimaliste, electronica bouncy…), surtout en live (cf. cette date au Kao).

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Ruptures de ton

SCENES | À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Ruptures de ton

À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il congédie sans ménagement car «cet homme est un bouchon, il empêche la vie de s'écouler». Yaacobi ne pense qu'à rattraper le temps perdu. Donc s'accrocher aux fesses de la première femme croisée au hasard, Laurence Besson, souvent vue sur les planches du TNP car elle appartient à sa troupe permanente, comme d'autres membres de cette jeune compagnie du Vieux Singe. Le premier mérite de ce travail est de porter à la connaissance du public l'écriture de l’Israélien Hanokh Levin, décédé prématurément en 1999. Fin observateur de nos petites misères et grandes solitudes, l'auteur sait transformer une matière sociologique en objet caustique, drôle, tendre et cruel à la fois, n'épargnant pas les croyances des hommes (et c'est plus que salutaire en ces temps malades) ; s'adressant à Dieu, Yaacobi s'agace : «il est temps que tu me donnes quelque chose de tangible, de palpable, de réel». Sans jamais les engluer dans le réalisme, Levin teinte ses personnage

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Podalydès express

SCENES | D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Podalydès express

D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, Les Méfaits du tabac relatant une conférence d'un certain Nioukhine qui, selon les vœux de sa femme, vient tenter d’expliquer en quoi la cigarette est nocive dans un cercle de province, ici une école de musique. De quoi justifier la présence de Floriane Bonanni (violon), Muriel Ferraro (soprano) et Emmanuelle Swiercz (piano), toutes drapées de robes inutilement signées – ou plutôt ciglées, tels des placements de produit – Christian Lacroix. Assez rapidement, la musique baroque prend même toute la place, le comédien n’ayant qu’une portion congrue à jouer. A la place, il erre, et c’est en partie ce que Tchekhov a écrit : l’histoire d’un vieux monsieur qui se demande lui-même ce qu’il fait là et digresse sur ses états d'âme. Coup de chance, le comédien en question est Michel Robin, 84 ans, qui fort de son incroyable expérience tient parfaitement son rôle. Ancien pensionnaire puis sociétaire de la Comédie-Française, il a joué sous la direction des plus grands, dont Alain Françon dans La Cerisaie

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Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lyon's Club

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

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Rires enregistrés

SCENES | Moins féconde que la précédente, la saison café-théâtre 2014/2015 n'en demeure pas moins réjouissante, entre reprises de spectacles qui gagnent à être connus et défilé de têtes qui le sont déjà. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Rires enregistrés

En cette rentrée, les cafés-théâtres lyonnais ont des airs de champs en jachère : à leur programme figurent  nombre de reprises d'une saison 2013/2014 exceptionnellement riche en créations. Côté one-man-show, on retrouvera ainsi avec plaisir Jefferey Jordan (aux Tontons Flingueurs, jusqu'au 2 octobre), Karim Duval (même endroit, en octobre), François Martinez (idem), Yann Guillarme (au Boui Boui, en janvier et février), Alex Ramirès (au Boui Boui également, jusqu'au 30 décembre), Gérémy Crédeville (au Complexe du Rire, en novembre et décembre) ou encore

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La fête à la maison

MUSIQUES | Quel est l'idiot qui a eu cette idée folle d'inventer la fête de la musique, pour en plus la caser le même jour qu'Argentine-Iran et Nigeria-Bosnie ? Faut-il à ce point détester l'être humain ? Puisque c'est comme ça, voici une sélection des festivités avec pleins de Lyonnais dedans, même si pas assez. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

La fête à la maison

La fuite des cerveaux, qu'on appelle ça. Chaque 21 juin, on constate avec un peu plus d'amertume mêlée de joie – pour eux, surtout – que certains des meilleurs éléments de la scène lyonnaise exportent leurs talents pour aller fêter la musique avec des gens qu'on connaît même pas. Prenons (c'est une image) par exemple Erotic Market, qui déplace pour l'occasion son petit commerce amoureux à Beauvais. Même si l'on veut bien admettre qu'il est fort charitable d'apporter un peu d'érotisme bootylicious dans la vie des Beauvaisien – déjà que la Picardie pourrait disparaître –, il y a de quoi être furax de se voir lâchés au moment où on a le plus besoin de nos meilleurs éléments pour couvrir le grand vacarme populaire du musicien du dimanche entendant bien prouver que oui, la France a un incroyable talent et qu'en plus c'est lui – il sait jouer I've Got You Under My Skin avec un poireau à coulisses. Pire, certains de nos chers groupes lyonnais restent même chez eux en attendant que ça passe (ce sont les mêmes qui ne font pas la vaisselle pour la Journée de la femme, honte à eux). Folk progre

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Eastern boys

ECRANS | Évitant les clichés et s’aventurant vers le thriller, Robin Campillo raconte dans un film fort et troublant les rapports d’amour et de domination entre un quadra bourgeois et un immigré ukrainien sous la coupe d’une bande violente. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Eastern boys

La première demi-heure d’Eastern boys fait un peu peur. Après avoir dragué dans une gare Marek, un jeune et bel Ukrainien, en lui proposant contre rémunération de le rejoindre dans son grand appartement de la région parisienne, Daniel, gay quadra étouffé dans sa morgue bourgeoise, voit en fait débarquer toute sa bande qui va piller consciencieusement meubles, écran plat, Playstation et œuvres d’art. La scène, étirée jusqu’au malaise, pourrait passer pour un spot de pub en faveur du FN sur le mode du "méfiez-vous de ces hordes d’immigrés prêts à voler vos biens et violer votre propriété privée". Mais Robin Campillo, qui avait déjà réussi avec son premier long Les Revenants — matrice de la fameuse série — et ses scénarios pour Laurent Cantet à explorer des zones troubles de la société française contemporaine, a un dessein beaucoup plus dérangeant. Le marché de dupe initial – du sexe contre de l’argent — va se concrétiser quand Marek revient, seul cette fois, chez lui : une relation de dépendance mutuelle se noue entre eux, Daniel fixant règles et tarifs, Marek conservant un pied dans sa "famille" à qui il cache ses activités de prostitué. Cette relation r

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Les écrits vains de Gaëlle Obiégly

CONNAITRE | «Accomplir quelque chose (…) même en étant nul». C'est ce qu'essaie de faire Gaëlle Obiégly tout au long de son dernier roman, Mon prochain. «Mon prochain», (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

Les écrits vains de Gaëlle Obiégly

«Accomplir quelque chose (…) même en étant nul». C'est ce qu'essaie de faire Gaëlle Obiégly tout au long de son dernier roman, Mon prochain. «Mon prochain», le sien donc, c'est nous, c'est un kurde croisé dans un avion, c'est daniel, son amoureux – tous les noms propres sont en minuscules pour mettre les Prochains à égalité –, c'est le fils d'adam, c'est son «amie gaëlle», projection délurée de l'auteur, c'est chacun des personnages rencontrés dans ce drôle de roman.  La narratrice s'y essaie en vain à l'écriture de reportages, ne parvenant qu'à accoucher de ce livre, fragmentaire, décousu, qui dit ce que ne disent pas les articles dont elle sait qu'elle ne les écrira pas : «le directeur du journal serait prêt à me salarier pour écrire des reportages pour rendre compte du monde (...). Ce que je préférerais c'est obtenir le financement de l'échec». Car cet échec est ce qui la met en contact avec son propre génie, du moins avec sa propre définition, quasi-littérale, du génie : «ce qui nous convoque à nous même».  D'où

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Hijacking

ECRANS | Récit d’une piraterie racontée du point de vue des otages et du patron de l’entreprise qui affrète le bateau, le deuxième film de Tobias Lindholm, coscénariste de Thomas Vinterberg, crée le suspens grâce à un dispositif de mise en scène puissant et implacable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Hijacking

On peut tout à fait imaginer ce que l’argument d’Hijacking aurait pu devenir s’il avait été laissé entre des mains, sinon mauvaises, du moins uniquement soucieuses d’efficacité : un thriller en haute mer façon Steven Seagal, où un cuistot téméraire réussirait à sauver son équipage d’une prise d’otages orchestrée par des pirates somaliens. Or, Tobias Lindholm, coscénariste des derniers Vinterberg mais aussi de la série Borgen, a choisi le réalisme dans le traitement des événements et, c’est sa plus grande force, un dispositif de mise en scène duquel il ne déroge pas et qui donne une dimension purement cinématographique au récit. Les deux premières séquences en posent le principe : d’abord, la vie sur ce bateau danois, avant l’assaut ; puis une négociation dans les locaux de l’entreprise qui l’affrète entre le patron, son second et des Japonais, autour d’un marché de plus de dix millions de dollars. Au terme de cette scène, l’assaut a eu lieu, hors champ, et une autre négociation démarre, qui durera beaucoup plus longtemps — l’humain ayant à la fois moins de valeur économique et plus de valeur symb

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Le Congrès

ECRANS | Ari Folman va là où on ne l’attendait pas après «Valse avec Bachir» : une fable de science-fiction qui interroge le futur du cinéma et mélange prises de vue réelles et animation vintage. Ambitieux, inégal mais souvent impressionnant, «Le Congrès» est aussi un formidable hommage à son actrice, Robin Wright. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Congrès

La mort du cinéma, annoncée depuis maintenant trois décennies, produit ce curieux paradoxe : chaque fois qu’un metteur en scène s’empare du sujet, il en tire une œuvre qui, à l’inverse, semble célébrer ses capacités de résistance. On se souvient du Holy motors de Carax, mais c’est aussi le cas du Congrès d’Ari Folman. Pas d’ambiguïté sur le discours du film : ce monde où les studios proposent aux acteurs de signer le «dernier contrat de leur carrière», avant de les scanner intégralement puis d’utiliser leur image dans des productions sur lesquelles ils n’ont plus aucun droit de regard, ressemble à une extrapolation cauchemardesque du passage au numérique actuel. C’est ce que décrit le premier acte du film, très impressionnant : Robin Wright, dans son propre rôle, est pressée par son agent (Harvey Keitel) et par le chef particulièrement odieux et inculte du studio Miramount (Danny Huston) de mettre un terme au lent calvaire qu’est devenu son parcours de comédienne en acceptant ce deal à la fois monstrueux et salvateur.

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Voie navigable

SCENES | Il est des spectacles dits "à partir de deux ans" hautement recommandables à tous. C’est le cas du Bateau. Le nom de la compagnie qui le porte, Revêries (...)

Nadja Pobel | Vendredi 31 mai 2013

Voie navigable

Il est des spectacles dits "à partir de deux ans" hautement recommandables à tous. C’est le cas du Bateau. Le nom de la compagnie qui le porte, Revêries mobiles, résume d’ailleurs parfaitement l’objet de cette création, la première pour Louise Didon et Clarisse Toulan, jeunes duettistes rencontrées au son de cours de musique brésilienne et de batucada. Pourtant, nulle percussion ici, mais de la douceur partout. Le rapport scène-salle est aboli et nous entrons dans un bateau représenté par quelques éléments de l’ossature et des voiles ; immersion totale. L’histoire du dénommé Petit bateau, qui tente l’aventure au grand large nous est alors contée avec une succession d’effets visuels et de mécanismes ingénieux : un parapluie décharné est l’instrument idéal pour faire nager plusieurs petits poissons, les voiles deviennent le support de délicates ombres chinoises pour figurer un phare, une ville illuminée ou des éléments aquatiques. Et comme dans tous les contes surgit une baleine, moins effrayante que celle suggérée par

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Si loin, tout proche

MUSIQUES | Souvent qualifié de Dominique A lyonnais depuis l'époque King Kong Vahiné, Denis Rivet souffre la comparaison mais ne s'y réduit pas. Échappé en solitaire avec le très beau mini-album "Tout Proches", ce chanteur de l'entre-deux vient d'être sélectionné pour représenter Rhône-Alpes au Printemps de Bourges. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Si loin, tout proche

«Dimanche, 18 heures, c'est déjà lundi / les dernières lueurs / tombent dans la nuit / dans ton cœur / il y a de la mélancolie / sur la route du fort / il y a la pluie». Rédiger un portrait de Denis Rivet un dimanche d'hiver en écoutant en boucle son Dimanche, 18h, voilà qui plonge illico dans le syndrome du dimanche soir. C'est un fait, que ce soit avec Le Bruit des Touches ou King Kong Vahiné (lauréat de feu Dandelyon en 2006), Denis Rivet, 37 ans, a toujours su mettre des mots sur ces petites sensations indéfinissables, ces impressions fugaces, ces sidérations qu'on ne saurait forcément nommer mais qui nous traversent sans cesse. Jusqu'à ce qu'un jour, un scientifique distrait se penche sur la question en trébuchant et nous invente le «syndrome du dimanche soir», «la colique d'avant piscine», ou «la boule au ventre de l'Amour qui passe». « Près des voies ferrées » Comme ce Monsieur A auquel on l'a beaucoup comparé, mais avec une patte bien à lui, preuve que la comparai

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Les poings et la plume

MUSIQUES | Chanteur performeur du groupe Oxbow, castagneur de première et journaliste et écrivain accompli, l’Américain Eugene S. Robinson se produira mardi 4 décembre, au Sonic, aux côtés du trio avant-gardiste L'Enfance Rouge. Portrait d’une personnalité peu commune. Damien Grimbert

Benjamin Mialot | Mercredi 21 novembre 2012

Les poings et la plume

On avait découvert Eugene S. Robinson il y a environ dix ans de cela, par hasard ou presque, lors d’un concert de son groupe Oxbow au festival de Dour en Belgique. Et c’est peu de dire que sa performance avait fait forte impression : 110 kilos de muscles et de testostérone portés à ébullition par une présence animale, à la fois hypersexuée et menaçante. Suant, éructant et bavant sur scène, une main ostensiblement plongée dans le slip et l’autre martyrisant le micro, l’homme semblait plongé dans un état de transe primal, prêt à réduire en pièces le premier fort en gueule qui voudrait se frotter à lui. Ce qu’il lui est d’ailleurs déjà arrivé de faire à d’innombrables reprises, l’homme affichant – on l’a découvert par la suite – un penchant affirmé pour la violence mutuelle entre adultes consentants. Ce statut de monstre de foire, incontrôlable et dégénéré, Eugene S. Robinson en joue volontiers. Et l’assume avec l’absence de complexes totale de celui qui a plus d’une corde à son arc. Car au-delà de l’aura bestiale qu’il dégage sur scène, Robinson, c’est avant tout 30 ans de carrière au sein de l’avant-garde musicale new-yorkaise et californienne, la publication de n

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Un Indien dans la ville

MUSIQUES | Fort d'un premier album chaudard baptisé "Sunny Side Up", Slow Joe & the Ginger Accident, mariage d'un lapin lyonnais et d'une carpe indienne, vient démontrer sur la scène du festival Plug & Play que derrière la belle histoire, il y a des talents dont il aurait été ballot que le destin ne les réunisse pas. Présentation de l'artiste, du festival et interview d'un autre de ses invités. Textes et entretien : Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 6 janvier 2012

Un Indien dans la ville

Il y a quelques années nous avions rencontré, à l'occasion d'un dossier du Petit Bulletin consacrée aux lauréats du regretté tremplin Dandelyon (parmi lesquels on trouvait également Coming Soon) un certain Cédric de la Chapelle. Cédric était alors le leader enflammé et roux de S., un groupe de rock français particulièrement hardcore et assez génial qui, s'il avait percé, aurait probablement rendu fou plus d'un référenceur Google. Plus calme à la ville, Cédric, qui nous avait reçu chez lui à la coule du côté de la place Sathonay, était alors prof de maths et, entre deux roulages de clopes et deux bières, ne semblait pas imaginer une seconde être un jour happé par le succès, cette Money Mama («Money talks, bullshit walks») chantée par Slow Joe & the Ginger Accident, le groupe dont il est aujourd'hui l'instigateur. Dartford indien Car entre temps, on connaît l'histoire, Cédric de la Chapelle est allé traîner son short de bain en 2007 sur une plage de Goa et comme dans un récit du Perceval de Kaamelott, y a croisé un vieux. Dans Kaamelott, c'est là que les choses auraient pris fin (le vieux serait mort ou quelque chose comme

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Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. Christophe Chabert

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On ne choisit pas sa famille

ECRANS | De et avec Christian Clavier (Fr, 1h43) avec Muriel Robin, Jean Reno...

Jerôme Dittmar | Vendredi 4 novembre 2011

On ne choisit pas sa famille

Pire qu'un film avec Christian Clavier et Jean Reno, un film de Christian Clavier, avec Christian Clavier et Jean Reno. Si l'image ne suffit pas, le point de départ d'On ne choisit pas sa famille devrait calmer tout le monde : un gros beauf en manque de fric (Clavier, inégalable), accepte contre rémunération de partir avec la compagne de sa sœur pour adopter une jeune Thaïlandaise qu'elles ont rendu orpheline par accident. Le faux couple doit ainsi jouer aux mari et femme sans trahir leurs identités, devant un french doctor intégriste et accessoirement en rut (Reno, indescriptible). D'un cynisme hallucinant, à moitié volontaire et pas du tout assumé, le film commet à peu près tous les faux pas : racisme, néo-colonialisme, vulgarité absolue, bêtise permanente, gags qui puent des pieds ; un sans faute dans la comédie beauf et complaisante. Genre préféré du cinoche français qui revient ici à ses racines avec l'acteur qui l'a défini.Jérôme Dittmar

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La Machine à démonter le temps

ECRANS | De Steve Pink (ÉU, 1h40) avec John Cusack, Craig Robinson…

Dorotée Aznar | Mercredi 29 septembre 2010

La Machine à démonter le temps

Après cette grosse purge qu’était "Copains pour toujours", l’empressement à se retaper une histoire de quadras américains redevenant “best friends forever“ le temps d’une virée n’était que très, très, très relatif. Du coup, passée l’adorable improbabilité du postulat de départ (trois camarades revivent une nuit de folie qui scella leur destinée, grâce à un jacuzzi qui les fait voyager dans le temps – eeeeeeeeeet oui), on se surprend à ricaner tendrement et à afficher de larges sourires devant cette comédie moins régressive qu’il n’y paraît. OK, l’impression de déjà-vu est tenace, que ce soit dans les ressorts comiques ou dans l’exploration narrative du thème de la seconde chance (pour se dédouaner, le réalisateur a offert un second rôle à Crispin Glover, alias McFly senior dans "Retour vers le Futur"), mais l’alchimie entre les comédiens, la reconstitution savoureuse des années 80 ou encore un habile contournement du mélo redouté font que l’ensemble se regarde sans rougir. FC

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The invention of lying

ECRANS | De Ricky Gervais et Matthew Robinson (ÉU, 1h40) avec Ricky Gervais, Jennifer Garner…

Dorotée Aznar | Vendredi 23 avril 2010

The invention of lying

Le tout amorphe La Ville Fantôme nous laissait augurer du pire quant à la récupération hollywoodienne de Ricky Gervais, génial créateur de la série (originale) The Office. On le pensait dès lors condamné à traîner son physique ingrat et sa misanthropie ad nauseam, peinant à insuffler de l’âme à des projets sans intérêt. C’était jusqu’à The Invention of lying, sa première réalisation qui, si elle n’est pas le chef-d’œuvre espéré, s’en approche tout de même de façon louable. Déjà, l’idée de base est fabuleuse : dans un monde parallèle où tout le monde ne cesse de dire la vérité à tout bout de champ, Mark Bellison (Ricky Gervais) devient le premier homme à pouvoir mentir. Le temps de poser ce postulat, le film dispense dans son premier acte d’hilarantes déclinaisons de ses possibilités, où même la falote Jennifer Garner parvient à tirer son épingle du jeu – c’est dire. La deuxième partie de The invention of lying, en se reposant sur un implicite pour le moins osé de son principe (dans ce monde sans mensonge, la religion n’existe pas), nous fait miroiter une œuvre savamment subversive. De fait, pour une production américaine, le scénario de Gervais et Robinson s’aventure dès lors su

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Éloge de la lenteur

MUSIQUES | Musique / S’il n’y a plus d’âge pour partir à la retraite, il n’y a pas d’âge non plus pour en revenir. Slow Joe, 67 ans, en est sans doute l’exemple le (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 5 mars 2010

Éloge de la lenteur

Musique / S’il n’y a plus d’âge pour partir à la retraite, il n’y a pas d’âge non plus pour en revenir. Slow Joe, 67 ans, en est sans doute l’exemple le plus criant. Des années que cet Indien né à Bombay vivait paisiblement à Goa au rythme, lent donc, du soleil et des petits boulots. Au rythme aussi des chansons qu’il interprétait pour son plaisir depuis des décennies. C’est au cours d’un voyage sur place que le musicien lyonnais Cédric de la Chapelle rencontre Joe le lent, tombe en arrêt devant son talent sexagénaire et l’enregistre a capella. De retour à Lyon, il compose la musique qui lui semble aller avec et deux ans plus tard, Slow Joe estomaque en improbable découverte des Transmusicales, accompagné d’un groupe mis au point par Cédric, The Ginger Accident. Entre album à venir et documentaire en préparation, le conte de fée est tel qu’on se pince presque pour y croire. Mais au-delà, il y a la musique. Et le fait est que, tout en ne gâtant pas l’histoire, elle se suffit à elle-même : Slow Joe chante comme Elvis soudainement téléporté dans le corps d’un Sammy Davis Jr croisé Gandhi. Pour Cédric de la Chapelle, même si l’intention n’était pas là c’est aussi l’occasion de prouv

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Les Vies privées de Pippa Lee

ECRANS | De Rebecca Miller (Éu, 1h33) avec Robin Wright Penn, Alan Arkin, Keanu Reeves…

Christophe Chabert | Lundi 9 novembre 2009

Les Vies privées de Pippa Lee

Casting spectaculaire (Penn, Reeves, Maria Bello, Monica Bellucci, Julianne Moore, Winona Ryder…), Brad Pitt et sa société Plan B à la production : de bonnes fées se sont penchées sur le berceau du nouveau film de Rebecca Miller. Rien de déshonorant dans ce mélodrame propret, bien écrit (Miller adapte elle même son roman à l’écran) et bien interprété, qui a le défaut de ses qualités : il manque un peu de sel. Pippa Lee, quadragénaire mariée à un éditeur accusant vingt ans de plus qu’elle au compteur, traverse une petite dépression et se remémore son passé : mère défoncée au speed, adolescence trash, mariage-sauvetage au prix de la vie d’une autre… La construction en flashbacks fonctionne pour une fois assez bien, et le film évite de verser trop tôt dans le pathos, quelques audaces sexuelles troublant même sa surface de téléfilm luxueux. Sans être indispensables, ces 'Vies Privées de Pippa Lee' se laissent regarder. CC

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L’Armée du crime

ECRANS | De Robert Guédiguian (Fr-It, 2h19) avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin…

Christophe Chabert | Mardi 8 septembre 2009

L’Armée du crime

Il y a deux films dans cette ambitieuse Armée du crime : d’abord le récit, clairement hagiographique, de l’action du groupe Manouchian, armée de résistants communistes de tous âges et de toutes origines luttant par la violence contre l’occupant allemand. Sur ce versant, Guédiguian ne convainc pas entièrement. Son didactisme se heurte à une narration sombre et épique, notamment à cause des dialogues en forme de serments politiques où l’on sent trop clairement l’auteur parler à la place de ses personnages. Mais il y a une autre piste, passionnante, qui justifie le projet du cinéaste : celui de montrer l’entourage des résistants — famille, épouse, maîtresse… Ici, ce sont toutes les formes de silence, de l’approbation à l’inquiétude en passant par le mensonge salvateur, que Guédiguian filme, et cela débouche sur une question magnifique : comment vivre dans l’ombre de l’héroïsme ? Un personnage incarne ce dilemme tragique : Mélinée Manouchian, dont l’amour absolu, presque métaphysique, pour son mari, est toujours assombri par un voile de tristesse. La manière dont Virginie Ledoyen, grande actrice négligée du cinéma français, joue corps et âme cet engagement silencieux, est f

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