La période du Transfer au Transbordeur

Festival | Faute d'avoir pu correctement reporter son édition du printemps dernier — transbahutée au printemps prochain — le Festival Transfer s'offre un genre d'édition automnale et hors-série, en collaboration avec Cold Fame et sa traditionnelle Messe.

Stéphane Duchêne | Jeudi 23 septembre 2021

Photo : © DR


À l'origine, le Festival Transfer avait envisagé de reporter son édition de mars 2021, fort prometteuse avec des têtes d'affiches de la trempe de Fontaines DC, Shame ou The Wytches, à cette fin de mois de septembre. Mais un nouveau protocole sanitaire s'en étant mêlé à l'été, les organisateurs, Mediatone en tête, ont préféré rebasculer l'ensemble de la chose à mars prochain, sachant qu'avec ce Covid plus personne n'est à un report, ni à deux ans près, c'est une des choses que cette affaire sanito-culturelle nous aura apprise. Restaient ces dates du 24 et 25 septembre initialement choisies et la possibilité d'organiser quelque chose du côté de l'infrastucture estivale du Transbordeur, cet open air qui sert pour les Summer Sessions dès que le soleil estival se pointe — ou quand il ne se pointe pas, comme cette année.

Alors voilà, Transfer organiserait donc une sorte d'édition hors-série, avec une programmation repensée pour l'occasion. Et surtout avec le concours de Cold Fame. Car ces dates automnales sont en général préemptées par l'agence de booking dirigée par Jean-Noël Scherrer pour sa fameuse Messe. Fair-play, Mediatone décidait de les partager avec ces mêmes Cold Fame pour un festival pensé à plusieurs : à Cold Fame, pour schématiser, le premier soir, à Loud booking et Malick Fadika, avec en soutien Mediatone, la seconde. Le tout goupillé à la vitesse de la lumière puisque tout ce petit monde a eu à peine un mois pour se coordonner, faire ses choix et s'organiser.

De fait, l'exploit réalisé n'est pas mince pour quiconque ayant déjà tâté de la programmation de concerts. Voyons un peu : le soir d'ouverture — où c'est donc Cold Fame qui s'y colle — fera logiquement la part belle au rock ténébreux, taciturne, noir comme le souvenir, en résumé pas content, avec les Psychotic Monks, belle bande de défroqués originaire de la patrie du Red Star, Saint-Ouen, et qui comme le club de foot, n'est guère encline au compromis. Si on aime le rock psyché enfumé, c'est ici que ça se passe.

Mariages

Les Monks seront épaulés par un trio venu de Toulouse et baptisé Slift. Comme nos chers Scaners lyonnais, Slift voue une sorte de culte à la science-fiction de l'espace mais l'exploite différemment à travers un space rock pour le moins épique à l'atmosphère lourde. Le duo After Geography, complète le tableau sur des inspirations plus brit-pop et donc forcément plus légères, comme une exception locale à la règle de cette soirée.

Le lendemain soir, Loud booking propose une soirée mariages. Mariage de styles en ce qui concerne Crimi qui a pour raison sociale de mêler funk/soul et raï pour acoucher du concept de "Soul di Sicilia" (qui est-on pour juger ?). Mariage tout court ensuite entre le trio punk/post-rock Lysistrata, as des cavalcades au long cours, et de François Marry aka François Atlas qui délaisse ici ses Montagnes pour s'acoquiner avec ses compatriotes du 1-7 (Charente-Maritime en force !). Le résultat promis oscille entre du post-rock écossais et quelque chose comme du grunge — ce qui est à la fois très pointu et très flou. Et quitte à miser sur les mariages autant que l'un deux soit franco-allemand, puisqu'en dernière minute ou presque les teutons de Camera viennent s'ajouter à la fête.

Voilà pour les deux soirées qui seront, il faut le noter, entrecoupées le samedi après-midi par tout un tas de festivités destinées à partager le rock'n'roll et son bon esprit en famille. Avec tout un tas d'ateliers (réglage de guitare, flash tatoo...) pour aider les enfants à se prendre pour des rock stars (ce qui demeure leur activité préférée), ponctuées par un live de Theo Charaf qui jouera pour l'occasion les Henri Dès alternatifs. Et pour le Transfer du printemps dernier, rendez-vous au printemps prochain, Inch Allah, il a lieu.

Festival Transfer x La Messe
Au Transbordeur les vendredi 24 et samedi 25 septembre


Transfer x La Messe

Slift, The Psychotic Monks, After Geography
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Transfer x La Messe

Park, Crimi, Théo Charaf
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vague d'annulations à Jazz à Vienne

Festival | De Maceo Parker à Jamie Cullum, nombreux sont les artistes internationaux à annuler leurs tournées d'été, comme on pouvait s'y attendre. Ce qui impacte lourdement la programmation de Jazz à Vienne.

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 juin 2021

Vague d'annulations à Jazz à Vienne

Finalement il en va des annulations de spectacles comme de la Covid, elles vont par vagues, pour ne pas dire qu'elles volent en escadrille. Ce sont les tournées des différents artistes qui, elles, restent au sol à Jazz à Vienne, comme cela vient d'être annoncé. Qui priveront le festival d'une bonne demi-douzaine d'artistes, chamboulant considérablement le programme. D'abord, c'est Jamie Cullum qui, après Marcus Miller, jette l'éponge. Son concert du 23 juin est donc reporté à 2022 (les billets restent valables pour ceux qui ne craignent pas de les perdre et il est évidemment possible de se les faire rembourser). Ses musiciens, non vaccinés, seraient contraints de passer par une quarantaine avant leur concert, selon les informations du Progrès, d'où l'annulation. Même chose pour Portico Quartet qui devait se produire le 24 juin. La soirée "Cullum" est décalée au 6 juillet (on peut là aussi conserver son sésame ou se faire rembourser, comme pour l'ensemble des soirées) mais avec une programmation modifiée qui aligne : Youn Sun Nah & Ulf Wakenius,

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Jazz à Vienne : les derniers noms dévoilés

Festival | Jazz à Vienne complète sa programmation avec quatre nouvelles soirées de choix.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 avril 2021

Jazz à Vienne : les derniers noms dévoilés

Bien décidé à se tenir à peu près normalement, à partir de fin juin Jazz à Vienne avait annoncé la majeure partie de sa programmation début avril. La voici désormais complète avec l'ajout de quelques noms et non des moindres, qui avancent le début des festivités au 23 juin. Le festival allobroge vient en effet d'annoncer la tenue de quatre nouvelles soirées au théâtre antique. Le 24 juin d'abord, une soirée New Generation en compagnie du Portico Quartet et du Tigran Hamasyan trio (plus les talents Adami Jazz Gauthier Toux et Nils Petter Molvaer). Le 26 juin ensuite pour une soirée Brésil avec deux amis de longue date Seu Jorge & Rogê, enfin sur scène ensemble, et une carte blanche à Lucas Santana. Le samedi 3 juillet sera lui consa

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Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Portrait | À 24 ans seulement, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche, le rock et l'entrepreneuriat. Portrait du phénomène à l'heure où se téléscopent la sortie du deuxième album de Last Train et la première édition du festival La Messe de Minuit, initié par Cold Fame.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 septembre 2019

Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier, qui illustre la chanson-titre de leur deuxième album à venir, l'épique The Big Picture, enregistré en Norvège, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compte dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à

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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de "X-Men : Dark Phoenix" est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisé ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'une forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables. Sop

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Coucous, c’est nous ! : "Parasite"

Palme d'Or | Une famille fauchée intrigue pour être engagée dans une maison fortunée. Mais un imprévu met un terme à ses combines… Entre Underground et La Cérémonie, Bong Joon-Ho revisite la lutte des classes dans un thriller captivant empli de secrets. Palme d’Or 2019.

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Coucous, c’est nous ! :

Recommandé par un ami étudiant, Kevin devient le professeur d’anglais de la fille de riches Coréens, les Park. Ce faisant, il tire un peu sa famille de sa misère. Puis, grâce à d’habiles ruses, sa sœur, son père et sa mère finissent par se placer chez les Park. Jusqu’où cela ira-t-il ? Un film asiatique montrant une famille soudée vivant dans la précarité, devant astucieusement flirter avec la légalité pour s’en sortir… Les ressemblances avec Une affaire de famille s’arrêtent là : quand Kore-eda privilégiait la dramédie, Joon-Ho use du thriller psychologique teinté d’humour noir pour raconter une fable sociale corrosive bien qu’elle ne soit pas exempte de traits caricaturaux — après tout, la persistance d’une dichotomie franche entre une caste de super-riches et une d’infra-pauvres ne constitue-t-elle pas une aberration grotesque pour une société censément civilisée ? Certes, la famille Ki-taek se rend bien coupable de faux en écriture ainsi que de quelques machinations visant à congédier les employés occupant les places qu’ils convoitent, mais leur mal

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Oui, Transfer

Indie Rock | Pour sa troisième édition, le festival Transfer, qui prend désormais ses aises sur trois jours, continue de creuser le sens du mot "exigence" et l'intrépidité esthétique de la production indé. S'affirmant comme un événement de plus en plus enthousiasmant d'édition en édition. Sélection forcément subjective, mais pas que, des incontournables de l'événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Oui, Transfer

Jacco Gardner Avec Cabinet of Curiosities (2013), Jacco Gardner en avait éveillé pas mal, de curiosités. Un intérêt et un talent confirmés ensuite sur Hypnophobia (2015) qui avait achevé de placer le jeune homme sur le trône du psychédélisme rétro néerlandais – un concept en soi. Sur ce trône, Jacco aurait pû écraser quelques lauriers de son royal séant. Oh nee ! C'était mal le connaître. Car c'est en apesanteur et dans une veine rétro-futuriste – où le terme futuriste résonnerait plus fort – que nous est réapparu le koning de la pop prétendument vintage avec Somnium. Et en mode exclusivement instrumental – ce qui dans le domaine de la pop, fut-elle indé, équivaut à une forme de suicide dont les trompe-la-mort comme Gardner se rient allègrement. Un voyage fascinant dont il nous fait revivre la magie en concert avec un live en quadriphon

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Le jeune Park : "JSA - Joint Security Area"

Thriller politique | de Park Chan-wook (Cor du S, 1h50) avec Lee Byung-hun, Song Kang-ho, Lee Young-ae…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Le jeune Park :

Un incident a éclaté à un poste frontière entre les deux Corées : on compte des morts chez les soldats du Nord, des blessés côté Sud. Pour éviter un envenimement diplomatique, une mission neutre est chargée d’instruire l’affaire. L’Helvète Sophie Jean, d’origine coréenne, enquête… Bonheur sans nom que de découvrir sur grand écran — et en version restaurée, merci La Rabbia — ce film inédit en salle de Park Chan-wook, dont le cinéma n’a été diffusé en France qu’à partir de Sympathy for Mr Vengeance (2003) ! La providence, toujours facétieuse, fait coïncider cette résurrection avec une actualité géopolitique des plus brûlantes : le rapprochement entre Pyongyang et Séoul, indépendamment d’un certain trublion semblant désireux d’allumer une autre mèche que celle ornant son chef orangé. Car JSA s’avère tout autant un manifeste de l’art virtuose de Park qu’un acte fort — visionnaire, même, puisqu’il date de 2000 ! — dans la démarche de normalisation entre le nord et le sud du 38e parallèle : il raconte la complicité de soldats issus de ce deux pays officielleme

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Un sport qui se joue à bronze contre bronze : "Cro Man"

Animation | de Nick Park (Fr, 1h29) avec les voix (v.o./v.f.) de Eddie Redmayne/Pierre Niney, Maisie Williams/Kaycie Chase, Tom Hiddleston…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Un sport qui se joue à bronze contre bronze :

La tenue de la Coupe du Monde en juin prochain est un prétexte commode pour nous faire manger du ballon rond à toutes les sauces : en salade russe en l’honneur du pays hôte, à la française (en hommage aux vingt ans de la victoire de 1998), et même en pâte à modeler dans Cro Man grâce aux Studios Aardman — jadis mieux inspirés. A priori, rien ne laisse supposer qu’un film se déroulant à l’âge du bronze se raccroche ainsi à la grand-messe footballistique. Elle en est pourtant l’alpha et l’omega, puisque Nick Park y “dévoile” les origines accidentelles du jeu, en attribuant son invention à des hommes des cavernes pré-mancuniens. Et il montre comment leurs héritiers, menés par Doug, doivent affronter l’équipe de l’âge de Bronze dirigée par le cupide Lord Nooth, afin de conserver leur vallée. Même si les productions Aardman, référence dans le domaine du stop-motion, restent d’une constante qualité technique, Cro Man se révèle une petite déception, à l’instar de Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

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Deux bonnes pâtes : "Wallace & Gromit - Cœurs à modeler"

Animation | de Nick Park (G-B, 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Deux bonnes pâtes :

Têtes de gondole de la maison Aardman, Wallace et Gromit reviennent ces derniers mois sur les écrans à la faveur de rééditions aussi agréables à revoir que frustrantes : depuis Le Mystère du Lapin-Garou (2005), les deux comparses semblaient avoir été délaissés au profit d’un personnage plus mignon ou plus lucratif puisqu’il est devenu le héros d’une série autonome, Shaun le mouton. Composé de deux courts-métrages, Cœurs à modeler accentue ce double sentiment puisqu’il réunit A Close Shave (1995) — une fantaisie fantastique entre Delicatessen et Terminator, marquant d’ailleurs la “naissance” du jeune ovidé Shaun — et A Matter of Loaf and Death (2008), un inédit où Wallace, reconverti dans la boulange, tombe sous le charme d’une femme fatale aux allures d’ogresse jetant son dévolu sur tous les mitrons. Heureusement que l’enfariné benêt pourra compter sur la clairvoyance muette de Gromit pour le tirer de ce fichu pétrin… Bourrée d’astuces visuelles virtuoses et rythmée par un sens du gag irrési

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Harry Parker : les choses de la vie

Littérature | Vétéran d'Irak et d'Afghanistan lourdement blessé au combat, le britannique Harry Parker, invité des AIR, a fait de son expérience un livre magnifique, où la tragédie de la guerre et le destin du soldat meurtri revenant à la vie ont pour narrateurs 45 objets qui en ont été les témoins.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mai 2017

Harry Parker : les choses de la vie

Nous sommes le 15 août 2009 sur un théâtre d'opération jamais nommé. Il est 6h18. Le matricule BA5799, capitaine de l'armée d'occupation britannique est « soulevé dans le ciel. » Il vient de marcher sur une mine artisanale. Sa vie, qui ne tient plus qu'à un fil, ne sera plus jamais la même. Il s'appelle Tom Barnes et luttera des semaines contre la mort, sujet à de multiples opérations et amputations avant de réapprendre doucement à vivre. Tom Barnes c'est Harry Parker, l'auteur d'Anatomie d'un soldat, lui-même vétéran britannique de l'Irak et de l'Afghanistan, victime d'une mine, lourdement amputé, mais sauvé. Son expérience, terrible, Harry Parker a voulu la transcender sous une forme romanesque qui vaut tour de force. Toute l'histoire d'Anatomie d'un soldat, qui se divise en trois sections entremêlées – la vie de Barnes sur le lieu du conflit jusqu'au drame autour duquel tourne le roman, celle des insurgés en lutte, puis la convalescence, la renaissance dans un "autre" corps à la fois diminué et augmenté – est racontée du point de vue non pas de Barnes, ni d'un tiers narrateur unique mais par le p

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Stoker

ECRANS | Réalisateur de Old Boy et plus récemment du délicat autant que tarabiscoté Mademoiselle, Park Chan-Wook a brillamment réussi son transfert hollywoodien : c’était (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Stoker

Réalisateur de Old Boy et plus récemment du délicat autant que tarabiscoté Mademoiselle, Park Chan-Wook a brillamment réussi son transfert hollywoodien : c’était en 2013 pour Stoker, un thriller multipliant les références aux jeux macabres qui amusent tant les serial killers et autres désaxés peuplant le cinéma d’Alfred Hitchcock. Cet élégant bijou vénéneux fait l’objet d'une projection-conférence dans le cadre d’un cycle justement baptisé “Hitchcock et ses héritiers”. Aux 400 Coups à Villefranche-sur-Saône le samedi 20 mai à 16h

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"The Birth of a Nation" : Black Spartacus

ECRANS | Dans la Virginie du XIXe siècle, un esclave éduqué devenu prédicateur puise dans La Bible les arguments convaincant ses frères de chaîne de les briser. Le destin tant tragique que méconnu de Nat Turner inspire à Nate Parker un film digne, sans haine ni émollient. Ça change !

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

“Au commencement était le Verbe”, énonce l’Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l’esclavage. C’est justement par son savoir de ces textes aussi réversibles que paradoxaux que Nat Turner va s’élever et enclencher la première rébellion massive d’Afro-américains à l’échelle d’une région. Cultivé, ayant conscience de l’injustice frappant les siens et maîtrisant la parole, le prêcheur est devenu tel un Messie, la plus puissante des armes ; il connaîtra un destin similaire. Sollicitée pour chanter lors de l’investiture de Donald Trump, Rebecca Ferguson a posé comme condition de pouvoir également interpréter Strange Fruit de Billie Holiday. À ceux qui ignoreraient le sens de cette chanson à peine métaphorique, on conseillera le finale de The Birth of a Nation, illustration frontale des coutumes punitives jadis en vigueur chez les suprémacistes blancs. L’image de ces dizaines de corps lynchés pour avoir

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"Mademoiselle" : telle est éprise qui croyait prendre

ECRANS | Expert ès dispositifs raffinés, Park Chan-wook emboîte ici combines et jeux de séduction dans un brasillant thriller esthético-érotique, où les retournements et rebondissements prolongent le plaisir comme le désir. D’une sensualité perverse aussi délicate que délicieuse. Hmmm…

Vincent Raymond | Mardi 1 novembre 2016

Mademoiselle est de ces films qui déploient leur luxuriance opératique dans un mouvement à l’élégance ininterrompue. Si l’idée saugrenue venait de lui associer un végétal, ce ne serait pourtant ni la fougère arborescente balayée par les vents, ni la venimeuse digitale pourpre, mais un simple oignon. Un de ces bulbes lisses à la rotondité douce frôlant la perfection, composé de maintes couches concentriques que la curiosité brûle d’ôter une à une… jusqu’à ce que l’on se retrouve contraint de se rincer l’œil. Une fois encore, Park Chan-wook a bien mené son jeu — en l’occurrence, un jeu de la chatte et de la souris, ou de dupes dupé(e)s. L’histoire débute dans les années 1930 avec l’infiltration d’une jeune Coréenne au service d’une richissime Japonaise vivant recluse chez son oncle. Complice d’un soi-disant comte nippon ayant des vues sur la magot de la seconde, la première est chargée de chanter les louanges du bellâtre pour favoriser l’union. Mais rien, évidemment, ne se déroulera comme prévu… Narratio interrupta & multiplicatur coitus Depuis qu’il nous a dessillés avec Old Boy (2003) — claque légitime

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"Food Coop" : la coopérative, ça va super-marcher !

ECRANS | de Tom Boothe (E-U, Fr., 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Une utopie réalisée mérite toujours d’être valorisée, surtout si, comme le Park Slope Food Coop, elle est économique. Créé en 1973, ce supermarché coopératif est une enclave miraculeuse en plein New York, où 17 000 membres s’engagent à effectuer 2h45 de bénévolat par mois. En contrepartie, ils ont accès à des produits équitables, de bonne qualité à des prix modiques. Ajoutons que le négoce est rentable (il écoule son stock plus vite et réalise un plus important chiffre d’affaires que les autres), qu’il est un plus social pour ses rares salariés, et l’on a presque tout dit ; le reste est livré par les témoignages de fondateurs, de membres-clients entrecoupés par des séquences captées dans le quotidien… ou chez la triste concurrence. Tout tend à prouver que l’autogestion fonctionne et qu’elle n’a pas de défaut. Limite prosélyte. Un truc chiffonne malgré tout : tourné il y a quatre ans (à l’époque où le réalisateur effectuait son étude de marché), ce film sort pile au moment où Boothe ouvre sa propre supérette coopérative parisienne, laquelle se trouve — tiens donc — partenaire de l’opération. Eh Tom, tu as a beau porter un pull jacquard, une ba

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"First date" : quand Barack rencontre Michelle

ECRANS | de Richard Tanne (E-U, 1h21), avec Parker Sawyers, Tika Sumpter, Jerod Haynes…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Ah, la délicate pudibonderie du titre français — et cependant en anglais — "Premier rendez-vous" ! Une formule sibylline que les initiés décrypteront par : "Comment Barack a pécho Michelle…" Car Hollywood ne pouvait rester bien longtemps insensible aux charmes du couple présidentiel le plus décontracté et le plus glamour depuis les Kennedy ; il se devait de les biopiquiser, histoire de dorer davantage leur légende — au moins, Richard Tanne a-t-il eu la décence d’attendre que le président parvienne au terme de son second mandat, pour éviter tout enjeu politique. L’on suit ici cette fameuse journée de 1989 où Barack, alors stagiaire de Michelle dans un cabinet d’avocats, parvient à convaincre la belle rétive à coup d’argumentations éblouissantes, d’éclatants sourires, de rentre-dedans et d’une visite dans le quartier où il a brillamment servi comme bénévole. Lui, un peu (de) gauche mais décidé, qui fume pour évacuer son stress ; elle, plus fragile qu’elle veut bien l’admettre, se pomponnant dans sa salle de bains avant le rendez-vous… En somme, une mignonne hagiogr

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Les soirées du 18 au 24 novembre

MUSIQUES | 20.11 Encore Le collectif Encore a rarement si bien porté son nom qu'en ces jours où, par la force des choses, l'acte de se barricader chez soi est (...)

Benjamin Mialot | Mardi 17 novembre 2015

Les soirées du 18 au 24 novembre

20.11 Encore Le collectif Encore a rarement si bien porté son nom qu'en ces jours où, par la force des choses, l'acte de se barricader chez soi est érigé en réflexe de survie. Surtout qu'il profitera de sa prochaine soirée (au Kao) pour proposer le premier all night long de son existence. Pour le coup, c'est un producteur ayant insufflé une ferveur quasi religieuse à la house (en puisant dans le gospel) qui s'y collera, en la personne de Terrence Parker. Ou plutôt de Telephone Man, ainsi qu'est surnommé ce prodige des platines, rapport à son utilisation d'un combiné en lieu et place d'un casque audio.

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FFS : l'union fait la pop

MUSIQUES | Sous un sigle, FFS, qui jusque-là évoquait surtout la Fédération Française de Ski, se cache une improbable réunion dont l'annonce a fait beaucoup parler avant même l'écoute du moindre morceau : celle des rockeurs écossais Franz Ferdinand et des Californiens de Sparks. Enthousiasme préalable plus que justifié au vu du résultat, de passage en live au Transbo. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

FFS : l'union fait la pop

Voilà le genre d'alliage musical et esthétique comme l'histoire du rock en compte peu, s'agissant de mettre véritablement en commun des talents et des esthétiques si différentes pour accoucher d'une troisième voie, et non d'un collage de conceptions faisant alliance pour le fun ou pour l'argent. Barré depuis longtemps à mille lieux de leurs exactions glam ou disco pop d'il y a quelques décennies pour des tentatives plus expérimentales, les Sparks reviennent en compagnie de ces singuliers admirateurs écossais sur le chemin d'une pop mélodique, quand les Franz Ferdinand, eux, se laissent aller à l'occasion de ce mariage à une fantaisie et une audace qu'on n'entrevoyait pas même au travers des imparables tubes qu'ils dégainent en rafale depuis une dizaine d'année. Sans que jamais l'un ne prenne l'ascendant sur l'autre (alliage parfait des voix de Russell Mael et Alex Kapranos). Collaborations Ce ne sont d'ailleurs pas deux groupes qui se sont mis au travail, mais bien les six musiciens qui les composent, autour notamment de points essentiels comme... l'humour. Une notion qui revient sans cesse quand il s'agit d'évoquer le plaisir de

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L'électro à la fête

MUSIQUES | Bichonnée par la ville, promue par un nombre croissant d'associations, la musique électronique se taille une nouvelle fois la part de Lyon. Revue des troupes. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 17 juin 2014

L'électro à la fête

Dans la plupart des communes françaises, la Fête de la musique ressemble à l'idée qu'en donne PunkÀChier, trio parisien qui, quand il n'éructe pas «Fête de la musique de merde !» pendant quatre minutes, retravaille au cutter rouillé des chansons des Spice Girls et Mylène Farmer. Rien à voir avec Lyon donc, où l'événement est une vraie occasion de faire le point sur les musiciens qui, demain, peut-être, écriront des morceaux à la gloire de Lyon pour faire croire qu'ils n'ont pas oublié d'où ils viennent, et sur ceux qui, en attendant, les aide à se faire un nom épelable au-delà de ses collines. Dans le microcosme de la musique électronique, ces deux catégories de personne ont tendance à se confondre. Ainsi, par exemple, du Haste Crew, qui se produira sur la scène programmée par Basse Résolution place Jean Jaurès (on y verra aussi l'intrépide CLFT Militia et Leome), avant de rendre la p

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La belle est la bête

MUSIQUES | «Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! / Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? / Hé bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

La belle est la bête

«Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! / Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? / Hé bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ? / Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?» Réponse : pour l’auditeur, en qui la musique et le nom de Camilla Sparksss – avec ses trois "s" bien sifflants – provoquera une de ces étincelles qui font les grands incendies. Camilla Sparksss, ou Barbara Lehnhoff à l’état civil, canadienne que les amateurs du groupe noise pop semi-helvète Peter Kernel, où elle tient plus que fermement la basse (et le crachoir), auront sans doute reconnue : une gueule d’ange blond mais des intentions de gorgone à la chevelure vivante. Oui, il faut être légèrement masochiste pour accepter de se faire hurler dessus par une Camilla en mode séduction/répulsion passive agressive, à coups de synthés saturés et de beats electro façon claques dans la gueule – autrement dit des "beafles", terme qu’on évitera d’expliquer. Camilla Sparksss est une chasseuse, et elle est prête à vous apprendre cet "art"

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Insomniaque - Semaine du 18 au 25 décembre

MUSIQUES | Les 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le cinquantième Puzzle Rumble à La Marquise, Haste reçoit SNTWN au Club Transbo et Nous sommes 2014 au Double Mixte. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 décembre 2013

Insomniaque - Semaine du 18 au 25 décembre

19.12 Puzzle Rumble #50 Comment fait-on tenir 16 DJ et 2 MC dans une péniche ? Comme on fait entrer quatre éléphants dans une 2 CV, pourrait répondre l'association Totaal Rez, qui s'est lancée ce défi insensé à l'occasion de la cinquantième de sa résidence à La Marquise. Au-delà de l'exploit, la soirée a surtout le mérite de dresser un véritable panorama de la bass music lyonnaise, de ses locomotives (le turntablist multiprimé Groove Sparkz) à ses étoiles montantes (Salaryman et sa drum'n'bass itinérante, Dual Shock et son dubstep asphyxiant) en passant par ses parrains de l'ombre (le podcasteur fouineur Freddypogo). 20.12 Haste & Friends Avant de passer les fêtes en famille, le collectif Haste fait la fête

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Old boy : 10 ans, toujours jeune !

ECRANS | Grande idée de l’Institut Lumière que de proposer pour cette fin d’année un digest du nouveau cinéma de genre sud-coréen, qui a produit un nombre important de (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Old boy : 10 ans, toujours jeune !

Grande idée de l’Institut Lumière que de proposer pour cette fin d’année un digest du nouveau cinéma de genre sud-coréen, qui a produit un nombre important de grands films et de cinéastes majeurs — Bong Joon-ho, qui vient d’offrir avec Snowpiercer son premier succès français au cinéma de Corée du Sud, en est le plus éclatant représentant. Mais s’il y a un film qui a popularisé le mouvement à l’international, c’est bien Old boy de Park Chan-wook, récompensé des mains de (tiens, tiens…) Tarantino par un Grand prix cannois plus que mérité, et qui fête actuellement ses dix ans. Park est un immense styliste, et Old boy, inspiré d’une BD, est une démonstration virtuose de ce que mettre en scène visuellement signifie. Chaque séquence, sinon chaque plan, repose sur une idée graphique puissante, qui imprime la rétine et produit conjointement du spectacle et du sens. On y trouve aussi ce mélange d’humour noir, de quotidienneté et de mythologie qui fait le prix du polar sud-coréen. À travers la vengeance d’un homme, emprisonné pendant dix-hu

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Insomniaque - Semaine du 19 au 25 juin

MUSIQUES | Les trois soirées à ne pas manquer cette semaine. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 juin 2013

Insomniaque - Semaine du 19 au 25 juin

20.06 LYC 2006Pour les organisateurs de soirées aussi, l'heure de la trêve estivale approche - sauf pour ceux qui investiront le fameux Sucre, dont les portes s'ouvriront le 28 juin prochain avec une launch party du nouvel album de Siriusmo. Ainsi de Enover, qui frappera pour la dernière fois de la saison la coque de La Marquise du sigle "LYC" la veille de la Fête de la musique. L'association profitera de l'occasion pour remettre les compteurs à zéro en accueillant le Londonien Copy Paste Soul, étoile montante de la deep house qui devait à l'origine se produire en mars dernier.

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Stoker

ECRANS | Après avoir croisé "Thérèse Raquin" et un film de vampires dans "Thirst", Park Chan-wook se délocalise en Australie pour passer "L’Ombre d’un doute" au filtre de l’horreur gothique. Le résultat, ultra stylisé et plutôt distrayant, se présente comme une récréation dans son œuvre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Stoker

Une veuve éplorée, un oncle bellâtre prénommé Charlie revenu d’un long voyage à l’étranger et une adolescente introvertie nommée India à l’imaginaire macabre : voici les ingrédients de Stoker, drôle de film longtemps attendu qui marque les premiers pas de Park Chan-wook hors de sa Corée du Sud natale. Pas exactement aux États-Unis, mais sous la bannière australienne, avec deux actrices principales du cru : Mia Wasikowska, épatante et Nicole Kidman,  par ailleurs coproductrice, dont la carrière se risque de plus en plus vers des rivages troubles qui lui vont plutôt bien. Plus exotique encore, le scénario est signé Wentworth Miller, le beau gosse de la série Prison break, et on aimerait bien jeter un œil à son script tant celui-ci reprend — sans le citer, et c’est sans doute un tort — L’Ombre d’un doute d’Hitchcock. Dans son précédent Thirst, Park Chan-wook s’amusait déjà à relire l’intrigue du Thérèse Raquin de Zola dans l’univers contemporain et fantastique du film de vampires. C’es

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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Une vie de Cloup :

MUSIQUES | Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Une vie de Cloup :

Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec tous les défauts et la fougue de la jeunesse. Et une première signature sur le label Lithium.   Diabologum (1990-1998) Le groupe culte (voir interview et encadré), fondé avec Arnaud Michniak (futur Programme), symbole d'un âge d'or du rock français, aux frontières de l'expérimentation. Trop vite séparé et trop brièvement reformé l'an dernier.   Peter Parker Experience (1993) Entre les deux premiers albums de Diabologum, Cloup mélange en solo avant-garde lo-fi et pop, donnant quelques clés pour la suite.   Experience (1998-2010) Après Diabologum, Michel Cloup panse les plaies de la s

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Raw Row

ECRANS | Redécouvert lors du dernier festival Lumière, Violences à Park Row (Park Row seulement, selon le titre original) est sans doute le film qui résume le mieux (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 13 janvier 2012

Raw Row

Redécouvert lors du dernier festival Lumière, Violences à Park Row (Park Row seulement, selon le titre original) est sans doute le film qui résume le mieux l’art de son réalisateur Samuel Fuller lors de son apogée créative des années 50-60. La première surprise, c’est de découvrir que bien avant Martin Scorsese, un autre metteur en scène américain s’était intéressé aux gangs de New York dans la dernière partie du XIXe siècle, peignant une Amérique encore tiraillée entre démocratie balbutiante la loi de la rue et du plus fort. Un cadre parfait pour Fuller, qui ne se prive pas pour en tirer quelques morceaux de bravoure cinématographique, grandes envolées en cinémascope noir et blanc où la violence explose à chaque coin du cadre. Mais ce n’est pas tout… Park Row est aussi une œuvre très personnelle au sens où son intrigue se situe dans le milieu du journalisme et de la presse “libre“, premier métier exercé par Fuller lui-même. Phineas Mitchell, son héros, est viré du journal pour lequel il travaillait ; il décide de lancer son propre titre, en révolutionnant les techniques d’impression mais aussi en bousculant à coups de révélations les pratiques éditori

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Thirst

ECRANS | De Park Chan-wook (Corée du Sud, 2h13) avec Song Kang-ho, Kim Ok-vin…

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Thirst

Un prêtre en mission en Afrique s’inocule volontairement un vaccin qui le transforme en vampire. De retour en Corée, il tombe amoureux de l’épouse délaissée de son meilleur ami. Vampirisée, la belle convainc son amant de se débarrasser de son mari. Voilà, dans les grandes lignes, ce que raconte Park Chan-wook dans 'Thirst' ; autant dire que le cinéaste sud-coréen, après une petite errance entre farce au goût douteux ('Sympathy for Lady Vengeance') et comédie en mode mineure ('Je suis un cyborg'), retrouve la gnaque qui l’avait imposée auprès du public international avec 'Old Boy'. Thirst est donc un film généreux, ultra-romanesque et archi-maîtrisé, parfois bordélique mais toujours en quête d’émotions fortes. L’introduction est une merveille, magnifiquement mise en scène mais sans ostentation, avec un Song Kang-ho loin de ses prestations habituelles de De Funès sud-coréen ; c’est du Park en version sobre et efficace, à l’humour noir finement dosé. Le baroque surgira quand le sang se mêlera à d’autres fluides (une scène d’amour sensationnelle où la jeune Kim Ok-vin affole littéralement les sens), puis lorsque la machination se mettra en place. Le cinéaste va certes un peu loin da

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Premiers spots

ECRANS | Reprise en salles de Bugsy Malone d’Alan Parker et des Prédateurs de Tony Scott, premiers films de cinéastes ayant œuvré dans le clip et la pub, qui s’amusaient alors à jouer avec leur passé comme avec leur nouveau media. CC

Christophe Chabert | Vendredi 17 avril 2009

Premiers spots

La première scène des Prédateurs est le genre d’ouverture à la fois remarquable d’efficacité et pleine de sens pour toute personne cherchant, au-delà des images, à faire parler l’histoire de leur auteur. Dans une boîte de nuit aux relents gay underground, le chanteur de Bauhaus interprète, face caméra, le tube de ce groupe mythique de la cold wave : Bela Lugosi’s dead. En montage parallèle, on voit d’un côté deux dandys (Catherine Deneuve et David Bowie, so chic) lever deux autres clubbers, de l’autre des images de singes enragés. Les Prédateurs est un film de vampires moderne. Le but de Tony Scott, alors frère de Ridley et jeune prince de la pub anglaise, est donc de signer l’enterrement définitif du Dracula mythique incarné par Bela Lugosi en créant un cinéma de vampires 80’s, où l’homosexualité n’est plus un sous-entendu et les vieilles breloques (crucifix, pieux dans le cœur…) sont rangées au grenier de mémé pour faire de la place au groupe de rock venu animer la soirée gros rouge à la cave. Les vampires sont donc androgynes et sexy, ils baisent autant qu’ils boivent, et ils meurent de mort presque naturelle ; au lieu de passer trente ans à se délabrer, eux le font en une semai

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Sex and the city

ECRANS | de Michael Patrick King (ÉU, 2h25) avec Sarah Jessica Parker, Kim Catrall, Cynthia Nixon…

Christophe Chabert | Jeudi 29 mai 2008

Sex and the city

Alors que l’on célèbre la reprise en main du romanesque par une poignée de cinéastes après des années de domination télévisuelle, la sortie de la version ciné de Sex and the city fait figure de fulgurant contre-exemple. Le film est indescriptible de nullité, d’une mollesse cinématographique hallucinante (Michael Patrick King semble ne connaître que quatre valeurs de plan et travaille sa mise en scène comme s’il était encore dans une économie télé, voir ce très long travelling au supermarché qui n’a rien d’un plan-séquence altmanien !). Mais surtout, on n’y retrouve jamais le plaisir de la narration proliférante qui, même sur le format 26 minutes, travaillait chaque épisode de la série. Le scénario est indigent, on peut y compter les péripéties sur les doigts d’une main, et l’enjeu dramatique rachitique (mariée ou pas mariée ?) occupe sans scrupule la colonne vertébrale de ces 145 minutes (un record pour une comédie !). Au feuilleton contemporain, avec ses codes et ses excès, se substitue une vaste régression vers le soap opéra façon Feux de l’amour, les dialogues percutants laissant la place à des conversations plates bourrées de clichés. Le pire étant que le film semble beauc

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Paranoid Park

ECRANS | Gus Van Sant poursuit son exploration de la jeunesse américaine en livrant sa vision fragmentée d'un fait divers emportant un jeune skateur dans les arcanes de la culpabilité : un film mineur mais envoûtant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2007

Paranoid Park

Ça s'appelle un effet de signature : la caméra aérienne poursuit de dos un jeune garçon cheveux au vent fendant les hautes herbes pour se rendre sur une plage déserte. Les images d'Elephant, inoubliables, refont surface dans l'esprit du spectateur : ceci est bien un film de Gus Van Sant, ce que la suite va évidemment confirmer. Les couloirs de facs désolés remplis de bruits perdus dans un écho glacial, les ados paumés, les bribes de temps qui s'entrechoquent dans un soigneux désordre chronologique... Paranoid Park est un best of du Gus Van Sant dernière manière, même si le film possède aussi son ton et sa singularité. Le skateboard n'est pas un crime Alex Tremain, 16 piges, aime le skate sans vraiment oser en faire. Son fantasme s'appelle Paranoid Park : un terrain de skate construit par les marginaux de Portland, dont trois d'entre eux ont accosté par hasard Alex un soir. Ce même soir, un agent de sécurité a été tué, frappé avec une planche de skate avant d'être coupé en deux par un train. Gus Van Sant transforme l'horreur de cette anecdote en figure narrative : Paranoid Park est lui aussi un film coupé en deux, avec l'image

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