Petite mère courage

Femme non rééducable

La Comédie de Saint-Etienne

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

La nouvelle création du directeur de la Comédie de Saint-Etienne sera présentée du 25 février au 1er mars au CDN stéphanois. Femme non rééducable, de Stéfano Massini, est le récit théâtral d’un engagement, celui d’Anna Politkovskaïa, journaliste russe, retrouvée assassinée dans la cage de son immeuble moscovite en 2006, gisant à côté d’un pistolet et de quatre balles. Durant son vivant, la journaliste s’est attachée à dénoncer notamment les violations des droits de l’Homme commises par les forces fédérales russes en Tchétchénie ou encore dans son dernier livre la politique de Vladimir Poutine. Anne Alvaro est une des interprètes qui porte la pièce mis en scène par Arnaud Meunier et inspirée du travail d’Anna Politkovskaïa.

Arnaud Meunier : "la pièce pose la question du courage et de l'engagement face à l'autoritarisme"

Pour la deuxième fois de la saison, Arnaud Meunier monte une pièce de Stéfano Massini. Chapitres de la Chute, créé en octobre à Saint-Etienne et retraçant l’histoire des Lehman Brothers, avait été la première pierre de cette rencontre. Femme non rééducable est le deuxième rendez-vous du dramaturge italien et du directeur de la Comédie qui a pour habitude de mettre en scène plusieurs pièces d’un même auteur (Vinaver, Pasolini…). Propos recueillis par Florence Barnola

Pourquoi monter Femme non-rééducable aujourd’hui ?
Le déclencheur du désir a été tout d’abord l’écriture de Massini qui a l’art de raconter une histoire sans répondre aux questions posées. Sa première pièce éditée en France est Femme non rééducable. Je la connaissais déjà, je l’utilisais dans le cadre d’ateliers amateurs, aux concours de l’Ecole. J’ai toujours trouvé que c’était un texte très fort, certes il s’agit de la journaliste Anna Politkovskaïa, mais de manière très large il pose la question du courage et de l’engagement individuel face à l’autoritarisme. Et la Russie est la clef de voûte de tout un tas de sujets géopolitiques qui nous concernent directement… Et puis j’avais envie depuis longtemps de travailler avec Anne Alvaro. Quand elle est venue à la Fête du Livre pour la lecture d’Annie Ernaux (en 2012) je me suis dit qu’il était évident de travailler cette pièce avec elle.

Quel est votre parti pris de mise-en-scène ?
Stéfano Massini définit Anna Politkovskaïa comme «deux yeux et un stylo», il refusait de tomber dans une figure d’héroïne martyre. C’est une femme parmi d’autres femmes, une journaliste parmi d’autres journalistes. C’est important car cela nous ramène à quelque chose de très universel. D’où mon intuition qu’il ne fallait pas que ce soit un monologue mais qu’il y ait un contrepoint, Régis Royer. C’est donc plutôt un duo d’acteurs. C’est même un trio, deux comédiens et un violoniste électro-acoustique, Régis Huby. C’est un magicien, il est capable de sortir de son violon des choses incroyables, il a créé des paysages sonores. Comme dans Chapitres de la Chute, Stéfano Massini ne dit pas combien il y a d’acteurs, ni qui dit quoi, il laisse le metteur-en-scène complètement libre de la répartition du texte et du nombre d’interprètes.

Et la scénographie ?
C’est une sorte de grande baie vitrée explosée. Elle représente une fenêtre ouverte sur le monde…

 

Anne Alvaro : "C'est fragile, le désir"

Depuis le début des années 70, Anne Alvaro arpente les scènes théâtrales dans des mises en scène de Bob Wilson, wajda, Françon, Engel ou Lavaudan. Elle est parmi les grandes et rares actrices françaises qui ont une carrière irréprochable au théâtre comme au cinéma (Le Goût des autres, Le Scaphandre et le papillon, Le Bruit des glaçons…), elle est un modèle pour des légions d’apprentis comédiens. Rencontre en répétition avec cette artiste humble et proche du public. Propos recueillis par Florence Barnola

Connaissiez-vous Stéfano Massini ?
C’est Arnaud qui m’a fait lire ce texte dont j’avais vaguement entendu parler parce qu'il avait été déjà monté et joué dans des formes différentes.

La langue de ce texte est-elle facile à appréhender ?
Ce n’est pas facile. Déjà il y a la traduction et l’épreuve de bien comprendre pourquoi ces choix-là ont été faits, choix que l’on ne remet pas en question quand c’est un auteur écrivant dans notre langue maternelle alors on a tendance à tout admettre. De toute façon, quelque soit l’auteur, on passe par un apprentissage d’une autre langue que la sienne, dans la vie on ne parle pas ni Claudel ni Koltès. Donc là, la difficulté est doublée du fait que l’on est obligés, pour revenir à l’esprit de la langue originelle, d’être aidés par le traducteur.

Anna Politkovskaïa a réellement existé, comment aborde-t-on ce type de rôle ?
C’est plus ce qu’elle a écrit et vu, que sur elle-même. La force du texte, à mon avis, tient beaucoup dans sa forme. Il est inspiré d’un livre écrit par Anna Politkovskaïa, «Tchétchénie, un déshonneur russe». Dans la pièce, il y a toute une galerie de personnages qu’elle rencontre, qu’elle interviewe. Chaque page amène un endroit, un interlocuteur, un témoignage différents. J’essaie de ne pas m’attacher à la figure, à la personne. Ce n’est pas systématiquement « moi Anna Pétrovskaïa jouée par Anne Alvaro j’éprouve cette chose-là ». C’est une volonté de l’auteur et j’y adhère totalement. La force est dans le témoignage, dans ce qu’elle dit. Il n’empêche qu’il y a des ondes de choc, elle est prise à parti, on lui casse la gueule, on tente de la raisonner... mais à chaque fois c’est un épisode de plus sur son travail qu’elle fait d’une manière très courageuse, très intelligente et sensible. Il y a un va et vient en permanence entre la surprise de ce que l’on apprend, de ce pourquoi on se sent responsable de le transmettre et l’effet que cela fait aussi. Si on est au travail comme elle, on ne peut pas s’arrêter à l’effet, à la terreur que cela produit.

Le propos de la pièce a une grande résonnance à l’heure actuelle…
Moi, je ne peux pas m’empêcher d’entendre la Syrie au moment où je répète ce spectacle. Encore une fois le spectacle ne se focalise pas sur l’héroïne martyre Anna Pétrovskaïa, même si on l’entend et qu’on ne l’oublie pas. Nous ne le traitons pas en distanciation, nous y allons franchement, mais comme dans un théâtre récit, un théâtre documenté plus que documentaire.

Comment arrive-t-on après plus de quarante ans de carrière à garder le même enthousiasme ?
On fait un peu "à la va comme je te pousse" quand même... On ne se réveille jamais en se disant «je vais faire une carrière comme ça». Ce n ‘est pas ainsi que les choses se passent. Il y a toujours un choix et ce n’est jamais simple. Le choix est lié au désir qui peut se perdre en route devant des difficultés en rapport avec le travail lui-même ou avec la vie. C’est fragile, le désir. Pour le renouveler et en faire une force sans volontarisme cela passe par le serment, l’engagement… Ouais, j’ai dit le serment, ouais…(rires) Mais c’est vrai, dans mon cas c’est ce qui se passe. Nous ne sommes pas scindés en deux, il n’y a pas le travail d’un côté et la vie de l’autre, nous avançons avec ce que nous sommes donc c’est complexe parfois. On est fragile, très en demande de confirmation, d’encouragements…. Quand je sens qu’on me propose un projet «y’a plus qu’à !», d’être sur un terrain connu, je n’ai pas très envie d’y aller. J’ai besoin d’avoir de la curiosité donc aller vers quelque chose que je ne connais pas. Mais j’ai eu de la chance d’avoir des choix à faire presque d’enfant gâtée… J’ai été très gâtée dans les propositions qu’on m’a faites, c’est rare que j’accepte quelque chose parce que je n’ai pas autre chose.

 

Femme non rééducable,  à la Comédie de Saint-Etienne, du 25 au 28 février à 20h et le 1er mars à 15h

 

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