"Ta mort en short(s)" : Défunts justifient les moyens

Dès 10 ans | de Lucrèce Andreae, Anne Huynh, Anne Baillod, Pauline Pinson, Osman Cerfon (Fr.-Sui., 0h52)…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Photo : ©Folimage


Porté par le César du meilleur film d'animation 2018, le miyazakissime Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, cet exceptionnel programme de courts métrages ose au bon moment — pour la Toussaint — aborder l'un des sujets les plus embarrassants pour des adultes (avec son symétrique : « comment fait-on les bébés ? ») : la question taboue de la mort.

Elle est ici évoquée de manière poético-allusive à travers la métaphore de la disparition-métamorphose des aïeux (Pépé le Morse, donc), par le souvenir (Mamie) ou carrément frontalement dans Mon Papi s'est caché, tendre peinture mouvante où un grand-père jardinier inscrit son futur trépas dans le cycle de la nature — la forme fait ici joliment écho au fond. Mais là où le programme s'avère le plus culotté, démontrant sa grande intelligence de conception, c'est avec l'ajout de La Poisse et de Los Dias De Los Muertos, deux petites perles d'humour noir. Le premier y promène une créature porteuse de scoumoune pour qui la croise ; quant au second, il s'inspire des codes bariolés de cette tradition mexicaine ayant déjà servi de support à Coco. À leur façon, en “dédramatisant le drame“, ces films prennent les enfants pour de grandes petites personnes capables de distance et de dérision. Y compris avec les sujets trop sérieux.


Ta mort en short(s)

De Lucrèce Andreae, Anne Huynh... (Fr-Sui 52 min)

De Lucrèce Andreae, Anne Huynh... (Fr-Sui 52 min)

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PÉPÉ LE MORSE - Lucrèce Andreae (15 min) Sur la plage sombre et venteuse, Mémé prie, Maman hurle, les frangines s’en foutent, Lucas est seul. Pépé était bizarre comme type, maintenant il est mort. MON PAPI S'EST CACHÉ - Anne Huynh (7 min) Un grand-père explique à son petit-fils qu’il devra prendre grand soin de son jardin après sa mort. S’ensuit une discussion, touchante et poétique, sur les traces qui restent après la disparition d’un être cher... LA PETITE MARCHANDE D'ALLUMETTES - Anne Baillod et Jean Faravel (10 min) Directement adapté du célèbre texte d’Andersen, le film raconte le sort d’une petite marchande qui tente de vendre des allumettes, dans une grande ville, en plein hiver. N’y parvenant pas, pour se réchauffer un peu, elle finit par brûler toutes les allumettes. CHRONIQUES DE LA POISSE - Osman Cerfon (6 min) La Poisse est un homme à tête de poisson. De sa bouche s’échappent des bulles qui portent malheur. Lorsque l’une d’elle suit un personnage, le sort s’acharne sur lui... MAMIE - Janice Nadeau (6 min) Mamie habite en Gaspésie dans une maison faisant dos à la mer. L’univers cloîtré de la vieille dame bascule lorsqu’elle reçoit un avis d’expropriation. Ce déracinement se fait sous le regard de sa petite-fille qui interroge l’absence de liens entre elles. LOS DIAS DE LOS MUERTOS - Pauline Pinson (9 min) Gonzalo, mort depuis peu, retourne chez sa femme Séléné à l’occasion de « Los Dias de los Muertos ». Alors qu’il espérait manger des burritos et des beignets aux patates, il découvre que Séléné lui a cuisiné un poisson microscopique...


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