"T'as pécho ?" : Bisous dans le cours

ECRANS | De Adeline Picault avec Ramzy Bedia, Vincent Macaigne, Sophie-Marie Larrouy

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Photo : ©Pathé Distribution


Arthur, 15 ans, fait partie des bolos du lycée. Pour que cela change, il demande à Ouassima (dont il est secrètement épris) de lui prodiguer, ainsi qu'à trois autres ringards, des cours pour pécho des filles. La belle accepte pour des raisons pécuniaires, sans se douter des conséquences…

Ah, les films pour ados français… Un carnaval de clichés, de faux parler jeune, de gags salaces et de situations lourdes. Difficile d'y échapper : accusant deux, voir trois fois l'âge des protagonistes (donc des cibles visées), ceux qui sont aux manettes de ces productions ont une vision fatalement biaisée de la tribu des 15-20 ans. En découlent des films de vieux et/ou bourgeois, où les héros étudient au Lycée Henri-IV (avec odeur d'encaustique intégrée), résident dans les beaux arrondissements parisiens (180m2 parquet Versailles ou point de Hongrie) auprès de leurs parents cadres supérieurs adeptes de l'adultère. Tout projet s'écartant de ces critères mérite attention ; T'as pécho en fait partie.

Sans être un chef-d'œuvre — l'histoire reste globalement mièvre, plutôt digne d'élèves de CM2 des années 1970 — ce film se distingue dans ces détails où, dit-on, le diable prend d'ordinaire ses quartiers. Adeline Picault situe son intrigue dans des barres de banlieue — pas vraiment glamour, mais pas craignos non plus. On y suit une proportion de familles mono-parentales assez élevée pour coller à la réalité sociologique ; familles aux préoccupations économiques visibles (et audibles) à l'écran. La mixité et les minorités ne sont pas oubliées (on notera que c'est rarement le cas chez les réalisatrices) ; quant aux comédiens, ils ne sont pas des gravures de mode “lisses“ zéro défaut, donc plus susceptibles de favoriser une appropriation de leur personnage par le public. Dommage que l'écriture pêche, survolant certains enjeux dramatiques cruciaux (la question de la tarification des cours) et s'éternise ailleurs (les petits jeux de rôles entre Arthur et sa mère, trop longs). Un peu frustrant.

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