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ARTS | Casser la figure est la toute première exposition personnelle de Florian Poulin, un artiste sincère et attachant qui nous a accueilli dans l’étonnant décor de son atelier stéphanois.

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

Photo : Florian Poulin © Niko Rodamel


Se frayant patiemment une place plus que méritée dans la jungle du marché de l'art, Florian Poulin est de ces plasticiens stéphanois besogneux, creusant leur sillon à mains nues avec une résilience qui force le respect. Lorsqu'il évoque son parcours ou présente son travail, on devine sans peine les valeurs morales qui animent cet homme plutôt réservé. Comme l'on dit dans la région, c'est un vaillant. Florian ne compte ni ses heures, ni sa sueur, ni les litres de café. Il y a chez cet homme bourré de talent une étonnante humilité et par-dessus tout une intégrité rare. Il faut le voir à l'œuvre, dans son atelier planqué au sous-sol d'un bâtiment industriel de l'ouest stéphanois, assemblant ses éléments un à un tels les pixels d'un tout en gestation, soudant, brossant, martelant, domptant le métal à travers la petite fenêtre du masque de protection, tournant tel un boxeur autour de son ouvrage sur lequel il s'appuie autant qu'il le travaille au corps. « L'acier est un matériau vraiment intéressant, son étonnante malléabilité me permet de construire mes pièces selon l'idée précise que j'ai en tête. C'est incroyable de sentir la matière à l'état liquide au bout de l'électrode, puis l'instant d'après la voir refroidir et se durcir, comme ça, en quelques secondes à peine. » Suivant l'humeur, la fatigue ou le besoin de concentration, Florian pousse la musique à fond ou écoute simplement la radio pour se tenir au courant des hoquets du monde. « Très souvent c'est le besoin de silence qui l'emporte, le bruit du poste à souder me suffit. »

Bestiaire

L'artiste entretient de belles relations avec les artisans disséminés dans le quartier où il travaille, vantant les mérites de chacun et reconnaissant les précieux coups de pouce que certains lui ont apportés. Dans sa caverne où gisent çà et là toutes sortes de matériaux et autres objets de récupération, Florian dessine, planifie, puis construit patiemment, échafaude, sculpte, retire, redresse... Autant de gestes pour casser la figure aux souffrances de l'enfance, canaliser les colères contenues sous la muselière du temps, apprivoiser et transcender les tempêtes intérieures pour finalement accoucher d'œuvres dont la singularité est sans équivoque et la force absolument frappante. Issu du milieu alternatif, Florian lance spontanément des ponts entre les techniques qu'il emploie instinctivement et expérimente jusqu'à la maîtrise. Pour cette exposition fondatrice, Florian Poulin présente un corpus d'œuvres qui se répondent les unes aux autres, témoignant de son questionnement autour de la filiation et de la transmission. Sur les murs, assemblages photographiques rudoyés et dessins au crayon sur papier donnent le ton, attisent la curiosité et ouvrent les portes de l'univers fantasmé de l'artiste. Les œuvres les plus marquantes restent sans doute les pièces sculpturales à qui Florian donne vie, silhouettes humaines et créatures faites de béton, acier, zinc, bois, cuir, toile de jute, tissu, résine, peinture, vernis et pigment. Toutes griffes dehors, des chiens polycéphales dont les pattes et la queue semblent affleurer le sol dans un habile jeu d'équilibre-déséquilibre, se contorsionnent rageusement pour mieux montrer les crocs dans un silence assourdissant. Un bestiaire de métal écorché vif qui ne peut laisser le visiteur indifférent. Florian Poulin est soutenu depuis le printemps 2020 par EFG Art ltd. Un accompagnement à l'international des plus prometteurs qui permet à l'artiste stéphanois de rejoindre une poignée de plasticiens émergents que soutient ardemment la curatrice Elena Francia Gabriele, au sein d'un réseau de galeries, d'entreprises et de musées, de Londres à Milan. En marge de cette production personnelle dans laquelle il place trippes et âme, Florian continue à porter des projets artistiques au sein de multiples établissements scolaires du bassin stéphanois et, décidemment touche-à-tout, achève la réalisation d'un documentaire d'auteur de 52 minutes sur la team Carbone, une famille de boxeurs stéphanois dont l'histoire prend ses racines dans un petit village du sud de l'Italie...

Florian Poulin, Casser la figure, jusqu'au 30 juin, galerie Giardi au 27 rue de la République à Saint-Étienne

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Encré dans la mémoire

ARTS | C'est une ode à la mémoire collective des peuples que l'artiste Saïd Atek couche sur ses toiles. Tantôt à la pointe de son pinceau, tantôt à celle de son stylo, il réinterprète à l'encre ou en peinture les images d'archives qui ont façonné notre histoire.

Antoine Desvoivre | Mercredi 10 juillet 2019

Encré dans la mémoire

« Avant mes archives étaient intérieures, elles étaient le fruit de ma mémoire. Maintenant je me sers de la mémoire universelle. » C'est ainsi que Said Atek explique son choix de prendre des images d'archives comme inspiration pour ses œuvres. Il se prête à cet exercice depuis maintenant six ans et a réalisé ainsi de nombreuses séries de tableaux. Certains sont basés sur les portraits de femmes algériennes prises par le photographe Marc Garanger, d'autres sur les femmes tondues à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. De l'apartheid aux camps de concentration, le peintre traite de toutes les meurtrissures de l'humanité. Les instants chargés d'émotions et d'histoire, qu'il revisite par son travail, interrogent également notre présent. « Ce qui était hier ressemble beaucoup à ce qui se passe aujourd'hui. C'est exactement les mêmes choses, seul le contexte change », explique le quinquagénaire, diplômé de l'École des Beaux-Arts d'Alger. Il a trouvé une source quasi inépuisable d'inspiration dans l'iconographie historique, qu'il traduit en dessins ou en peintures, par des procédés aussi variés que les supports qu'il utilise. « Utiliser tous

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