Isabelle Sadoyan : la Bonne-Âme

Portrait | Comédienne phare de Roger Planchon des années 50 à 70, Isabelle Sadoyan, 87 ans, continue à arpenter les plateaux de théâtre avec la vitalité d’une jeune fille. Rencontre chez elle, à Villeurbanne, au moment où elle lègue au Rize les archives de son immense carrière.

Nadja Pobel | Jeudi 30 juin 2016

Photo : © Anne Bouillot


À quelques encablures du TNP, Isabelle Sadoyan nous accueille dans l'appartement qu'elle occupe depuis plusieurs décennies et qui résume son existence : peu a peu, elle a fait tomber les cloisons pour en faire un espace unique peuplé de joyeux trésors (des livres essentiellement) avec partout la présence de son époux, décédé en 1989, le comédien Jean Bouise dont brille encore le César du meilleur acteur dans un second rôle reçu en 1980 pour Coup de tête. Les magnifiques meubles en bois qu'il a confectionné sont là, dont une table de couture rappelant qu'Isabelle Sadoyan ne s'est jamais départie de ce qui fut son premier métier, celui de sa mère aussi : couturière.

Quand elle naît le 12 mai 1928, rien ne la prédestine à plonger dans la marmite du théâtre. «Mon premier rôle est muet, c'est l'enfant Jésus dans une pension catholique. Ça tombait bien, car je bégayais. Cela durera jusqu'à mes 45 ans» se souvient cette athée convaincue. Son père arménien brocanteur, sa maman bulgare n'ont pas la moindre idée de ce qu'est le "milieu culturel". Mais dans les pentes de la Croix-Rousse, où elle habite enfant, et où dit-on même la police n'osait pas aller à l'époque tant c'était mal famé, il existe un patronage formidable montée de la Grande Côte : «tous les jeudis, je travaillais la toile de lin pour je ne sais quel orphelinat et ensuite on avait cinéma».

Elle découvre alors qu'il y a une vie ailleurs et garde un attachement pour les films en noir et blanc. Si elle ne sait plus comment elle parvient à passer un entretien pour entrer au Conservatoire, elle se remémore 77 ans plus tard le texte de révolte qu'elle a choisi - «alors que j'étais plutôt douce» - : «Rome, l'unique objet de mon ressentiment…» soit l'imprécation de Camille dans Horace de Corneille. Et lui reviennent ces paroles d'un professeur qui lui servent encore de viatique : «quel que soit ce que vous avez à jouer, que ce soit un mourant, un éclopé, une mère qui vient de perdre son enfant, restez dans la situation et ayez la jubilation du jeu».

Jouer

À pas même vingt ans, la voilà lancée dans la grande aventure du théâtre. À la fin des années 40, elle rencontre Roger Planchon — «la chance de ma vie» - dont elle prend les mesures la première fois qu'elle le rencontre pour le spectacle de sa compagnie ! Et le "groupe" comme elle dit en parlant de Claude Lochy, Robert Gilbert, Alain Mottet, «des bourgeois, deux-trois personnes du peuple dont Planchon et moi, fille d'immigrés».

Ils dévorent tout, n'ont pas d'argent mais tentent gentiment d'entrer gratuitement aux Célestins à l'entracte, y parviennent et finissent par tout voir du poulailler (Edwige Feuillère, Jean Marais...). «Ensuite, avec Roger, les spectateurs ont vu autre chose. Il a appris à faire de la mise en scène avec la troupe. On savait tous qu'il avait du génie. Nous étions nuit et jour entièrement disponibles et sans salaire, avec un métier à côté». C'est lui qui, fils de paysans ardéchois, met sur scène des gens du peuple alors absent des plateaux. À l'époque, tout se passe encore quai Saint-Antoine puis au théâtre de la Comédie, rue des Marronniers, dans l'arrière-cour de l'actuel CNP Bellecour. En 1957, ils débarquent au théâtre de la Cité dans le palais du travail à Villeurbanne, encore dédié aux opérettes.

Planchon est loin de ces apparats : il a fait la connaissance d'un jeune auteur contemporain méconnu, Michel Vinaver, venu voir sa version de La Bonne-âme du Se-Tchuan, lui laissant un texte, Les Coréens. Aussitôt lu, aussitôt monté ! «Vinaver a beaucoup compté car il me parlait, très peu d'intellos venaient vers moi» dit Sadoyan qui est aussi de la distribution de la création de Planchon de Par-dessus bord en 1973 et bien plus tard, au TNP encore dans la version intégrale de ce même texte monté par Christian Schiaretti en 2008. Un vrai compagnonnage !

C'est au moment des Coréens, que Sonia Bove rencontre Isabelle Sadoyan qui deviendra sa grande amie. Même si elle a quinze ans de moins que la comédienne, elle se souvient : «son jeu me plaisait, elle avait à la fois la simplicité, le burlesque, le baroque, elle était effacée et présente. Et cela n'a pas bougé d'un iota» confie-t-elle. «Le théâtre a toujours la même place dans son éthique. Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse aimer un métier à ce point-là».

En troupe

En 1972, le théâtre de la Cité devient le TNP. Avec plus de moyens et de renommée, Planchon fait venir des acteurs de Paris comme Francine Bergé dans Bérénice. Toujours avide d'apprendre, Sadoyan se souvient qu'assister aux répétitions valait tous les cours du monde. Il n'y avait pas de jalousie. Mais peu à peu, Planchon délaisse sa troupe originelle et Sadoyan a de moins en moins de travail. Par pudeur, elle ne s'étend pas trop sur cette rupture silencieuse avec celui qui habitait juste en-dessous de chez elle, avec qui elle ne s'est jamais vraiment fâchée.

Le cinéma la happe, par l'intermédiaire de Joseph Losey, en 1976 avec Monsieur Klein. «Dans ce film, je devais passer un examen médical pour savoir si j'étais juive». Voilà que ça la replonge dans ce qu'elle nomme délicatement «un problème de tristesse avec l'enfance. Je ne me suis toujours pas remise des camps, des massacres des Arméniens puis des Juifs, j'en faisais des cauchemars toutes les nuits et ils se sont atténués quand j'ai tourné cette scène que j'ai qualifié, pour parvenir à la jouer, de nu politique par opposition à nu érotique» dit-elle. Elle jouera par la suite dans Les Choses de la vie ou Subway, voire sur Canal + dans la série Les Revenants ; elle est actuellement à l'affiche dans Un médecin de campagne.

Au TNP

Françon, Lavelli, Terzieff la couvent dans les années post-TNP alors qu'elle s'est établie à Paris. En 2009, c'est elle qui ouvre la petite salle du TNP (avant la grande réouverture du 11.11.11 dans Ruy Blas dans lequel elle est bien sûr distribuée). Elle joue Conversation avec ma mère dans la salle nommée Jean Bouise… «Un nouveau-né» dit-elle à l'époque à propos du lieu flambant neuf, évoquant l'humour et la bonté-même de son homme. Le spectacle, magnifique, tendre et émouvant, instaure un dialogue entre elle et Didier Bezace, plus en forme que dans le pâle Retour au désert d'Arnaud Meunier, dernière pièce en date pour Sadoyan, irréprochable. Son intransigeance la guide : «quand elle aborde un rôle, elle sait plus que par cœur le texte. Elle est très souple avec les metteurs en scène, elle se met à leur service avec une disposition totale» confie Sonia Bove.

«Je peux me passer de beaucoup de choses mais pas de jouer. Parfois c'est dur mais je crois avoir compris que je n'aime pas le réel dans le réel, je l'aime re-transposé». Et de fouiller sur sa grande table en bois pour retrouver cette phrase de Flaubert, prononcée après avoir visité la Scala de Milan : «un théâtre est pour moi aussi saint qu'une église. J'y viens avec une émotion religieuse parce que là aussi, la pensée humaine rassasiée d'elle-même cherche à sortir du réel. L'on y vient pour pleurer, pour rire, pour admirer ce qui fait à peu près le cercle de l'âme». La voilà donc la religion de celle qui ne retenait pas l'arithmétique et la géographie à l'école, mais seulement les poèmes. «En fait je ne les comprenais pas mais il y avait quelque chose qui me plaisait».

C'est toute cette mémoire qu'Isabelle Sadoyan a souhaité transmettre au Rize, lieu culturel et de mémoire de Villeurbanne, quand elle a pris conscience que les archives du TNP étaient loin, à Paris, aux Archives nationales. Avec sa carrière humble et immense à la fois, elle est le trait d'union entre toutes ces générations de théâtre qui ont fait de Villeurbanne un lieu incontournable de l'histoire théâtrale européenne. Ironie de l'histoire, le Molière qui trône dans son intérieur a été obtenu récemment pour une pièce jouée dans le privé… L'Origine du monde de Sébastien Thiéry, un clivage qui la met hors d'elle.

Repères

1928 : naissance

1950 : premier rôle dans Bottines et collets montés de Labiche et Courteline (ms Roger Planchon)

1954 : premier premier rôle dans La Bonne Âme du Set-Tchouan (ms Roger Planchon)

1956 : Les Coréens (ms Roger Planchon)

1976 : Monsieur Klein

2008 : joue dans la dernière pièce de Roger Planchon, Amédée ou comment s'en débarasser

2009 : ouverture salle Jean Bouise au TNP

2012 : Chevalier des Arts et des lettres et Chevalier de la Légion d'honneur

2014 : Molière du second rôle pour L'Origine du monde (ms Jean-Michel Ribes)

2015 : Le Retour au désert (ms Arnaud Meunier)

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Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen & Julien Hervé, ce buddy movie des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès commise par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa “fille“, des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à l

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Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

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Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

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Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Isabelle Sadoyan est décédée

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Sébastien Broquet | Lundi 10 juillet 2017

Isabelle Sadoyan est décédée

Comédienne phare de Roger Planchon des années 50 à 70, Isabelle Sadoyan est décédée ce lundi à l'âge de 89 ans. Elle avait également joué au cinéma, dans Monsieur Klein de Joseph Losey ou encore Subway, mais aussi récemment à la télévision dans la série Les Revenants sur Arte. Isabelle Sadoyan était encore sur scène en décembre dernier dans Avant de s’envoler, au Théâtre de l’Œuvre. Chevalier des Arts et des lettres et Chevalier de la Légion d'honneur depuis 2012, elle était l'épouse du comédien Jean Bouise (César du meilleur acteur dans un second rôle en 1980 pour Coup de tête), décédé en 1989. Nous l'avions rencontré en juin dernier, dans son appartement de Villeurbanne, au moment où elle léguait au Rize les archives de son immense carrière : un portrait à relire ici. Réactions C

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Une ville verte ? Pas si naturel !

Exposition | Si voir fleurir des jonquilles dans de petits espaces au bord de trottoirs tronqués enchantent aujourd'hui les passants, cela n'a pas toujours été le cas. À travers l'exemple de Villeurbanne, la nouvelle exposition du Rize montre comment la nature a été exclue puis réinvitée dans l'espace urbain depuis plus de cent ans. Très instructif.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Une ville verte ? Pas si naturel !

Ça dépasse, ça se répand même parfois sur le trottoir, ça se faufile dans les fissures du béton à l'image de la belle affiche de cette exposition. Et puis la terre parfois mouillée salit un peu, déborde. Mais indubitablement, la nature regagne du terrain. Doucement. Très doucement. Sûrement. Ce que démontre d'emblée cette exposition qui se lit sur des panneaux de bois (ou dans la brochure – gratuite – en libre service) est que la nature a d'abord été, et pendant longtemps, l'ennemi de l'urbanisation. Le Rize nous a déjà beaucoup raconté (Des maisons à Villeurbanne en 2013, Villeurbanne la laborieuse en 2011) l'histoire contemporaine de cette ville. Encore très agricole au XIXe siècle, refusant de se laisser absorber par Lyon au tournant du XXe siècle, elle s'est industrialisée et urbanisée. Les ouvriers logeaient alors autour de leurs usines, elles-mêmes en plein champs, dans des lotissements attenants ou des bidonvilles, voire dans des jardi

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Arac, 25 ans d’âge

Cinéma | Depuis 1991, Rhône-Alpes cinéma se pose en productrice des films produits sur son territoire. Naviguant entre échecs et beaux succès critiques ou publics, cette activité joue sur la santé économique de la région et son prestige extérieur. 25 ans après, alors que la fusion avec l'Auvergne vient de s’opérer, quels bilans retenir de cette entreprise soutenant l’audiovisuel local ?

Julien Homère | Mercredi 22 mars 2017

Arac, 25 ans d’âge

Pas étonnant que Roger Planchon, apôtre de la décentralisation théâtrale et cinéphile dans ses jeunes années, ait été à la manœuvre pour créer l’entité. 254 films plus tard, cette philosophie créatrice reste la même, revendiquant une pluralité encore omniprésente et une indépendance de l’Ile-de-France affirmée. « Notre ligne éditoriale se trouve dans la diversité des projets. On ne s’enferme pas dans une ligne exclusive : c’est le choix de la Région. » explique Grégory Faes, directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes cinéma. En théorie, le refus des querelles de clochers explique la bonne santé de l’entreprise privée, devenue Auvergne-Rhône-Alpes cinéma depuis la fusion des régions de tutelles début 2016. Pourtant, la réalité demeure beaucoup plus complexe.

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Le combattant Bataillon

Causerie du 3e | On a déjà évoqué les sympathiques Causeries du 3e, ce cycle de rendez-vous initié par Bernard Chardère et Patrick Picot, qui prend place dans la salle (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Le combattant Bataillon

On a déjà évoqué les sympathiques Causeries du 3e, ce cycle de rendez-vous initié par Bernard Chardère et Patrick Picot, qui prend place dans la salle Eugène-Brouillard de la mairie du 3e arrondissement de Lyon. Conjuguant à chacune de ses soirées une rencontre avec une figure (pour ne pas dire une mémoire) du monde culturel et les tintinnabulements des verres de l’amitié — avec modération, bien entendu —, ce moment convivial accueille le 1er février un homme que les amateurs des scènes lyonnaises connaissent au moins de nom : Michel Bataillon. Homme de l’ombre très actif aux côtés de Roger Planchon à l’époque du TNP (de 1972 à 2002), ce fin germaniste à la voix forte travailla à la conception des programmes de ce haut lieu villeurbannais. Témoin autant qu’artisan de la question de la décentralisation, il s’est fait le mémorialiste de cette “aventure théâtrale”, dont il a tiré avec le regretté Jean-Jacq

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"Une vie" Brizé

Le Film de la Semaine | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner “l'adaptation” d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de Jeanne — un hobereau quasi sosie de Schubert —, a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougie

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Stéphane Brizé : « J’ai eu l’impression d’avoir l’outil à la forme de ma main »

3 questions à... | Tout juste quinquagénaire, le cinéaste affiche la satisfaction d’un artisan ayant achevé son Tour de France et son chef-d’œuvre. Une vie, à nouveau, est un grand film.

Vincent Raymond | Mercredi 23 novembre 2016

Stéphane Brizé : « J’ai eu l’impression d’avoir l’outil à la forme de ma main »

Jeanne est un personnage d’une pure intégrité, c’est ce qui fait son malheur ? Stéphane Brizé : Jeanne reste très fidèle au regard qu’elle avait sur le monde à vingt ou quinze ans ; ce qui en fait un être d’une grande pureté. Cet endroit du beau est en même temps celui du tragique : il faut parfois être capable de trahir son regard pour ne pas souffrir. Lorsque la bonne lui dit « vous voyez, la vie c’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit », cette simple phrase dite par une petite paysanne — une phrase sublime, de très haute philosophie — lui fait accéder à la nuance après trente ans de souffrance. Comme si deux nuages s’écartaient pour laisser apparaître cette vérité. Je crois que j’ai voulu faire ce film pour accéder à cette nuance-là. En permettant à Jeanne d’y accéder, j’évite la désillusion, très douloureuse. Quand on est petit, on est doté d’une certaine forme d’idéalisme, ensuite on accède à la réalité et à la duplicité de l’Homme — et c’est une grande violence de voir la pureté qui s’éloigne. Après, on acquiert des outils de défense, il faut essayer de ne pas basculer dans le cynisme, trouver le juste milieu. Jeanne ne sait

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Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

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Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès d’Hippocrate, chronique du monde impitoyable des carabins et des mandarins, le Dr Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres.

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Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du bushido : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du rōnin : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie — le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme dans toutes ses nuances : en proie à des combats stériles et vains (son refus initial de se soigner), préservant à tout crin le droit de ses ouailles à bénéficier de traitements adaptés, même s’ils s’écartent des pratiques orthodoxes. L’on pourrait aussi parler d’u

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Un retour au désert trop surligné

SCENES | L’élaboration d’un casting de prestige (Catherine Hiegel, Didier Bezace, Isabelle Sadoyan) ne suffit pas à donner de l’entrain à la dernière création d’Arnaud Meunier. Statique et ankylosée, sa mise en scène du Retour au désert de Koltès ne convainc pas.

Nadja Pobel | Mardi 2 février 2016

Un retour au désert trop surligné

Un an avant sa mort prématurée, juste avant le Zucco qui fera polémique, Bernard-Marie Koltès veut s’essayer à la comédie avec Le Retour au désert, publié en 1988. La trame de fond est pourtant grave : la guerre d’Algérie. Mathilde, mère célibataire, revient du bled au terme de quinze ans d’exil et trouve sa maison occupée par son frère Adrien. Elle vient « récupérer ce qu’elle possède ». Lui a hérité de l’usine familiale. À travers ce duo, la confrontation de la France à son histoire brûlante s’incarne ici, ses fantômes et ses démons, sa nostalgie crasse et son incapacité à regarder ses exactions en face. Le texte ne fait pas dans les nuances pour opposer ces deux univers qui s’affrontent comme sur un ring : féminin et masculin, progressiste et conservateur, voyageur et rivé à sa terre : « la province française est le seul endroit du monde où l’on est bien, le monde entier envie (…) son calme, ses clochers, sa douceur, son vin, sa prospérité » clame Adrien. « Recommençons notre bonjour » Mais de ce monde en mouvement permanent, il ne subsiste sur le plateau qu’une déroutante atonie. Les acteu

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SCENES | À quelques mètres du lieu où ont débuté les illustres Roger Planchon et Marcel Maréchal, le Théâtre des Marronniers a pris racine. A l'occasion du trentième anniversaire de cette salle dédiée à l'émergence, son directeur, Yves Pignard, revient avec nous sur son histoire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 1 décembre 2015

Le Théâtre des Marronniers fête 30 ans de bourgeonnement

Ils étaient au 3 bis. Lui est situé au 7. Mais l’histoire du Théâtre des Marronniers est indubitablement liée à celle de Roger Planchon et Marcel Maréchal qui, de 1953 à 1957 avec son Théâtre de la Comédie pour le premier, et de 1960 à 1968 avec son Théâtre du Cothurne pour le second, ont écrit une page majeure de l’histoire scénique. Désormais, se trouve là une des sorties du CNP Bellecour. Mais quand le comédien Daniel-Claude Poyet décide, dans les années 80, de quitter la troupe de la Criée de Marseille (que dirige alors Marcel Maréchal, justement) pour revenir dans sa ville, et trouve un local (en fait ancien atelier de couture) à louer au 7 rue des Marronniers, il y voit le signe que le théâtre doit à nouveau être au cœur de ce secteur longtemps dédié à la jeunesse. En effet, la SEPR (Société d’Enseignement Professionnel du Rhône) y a installé son siège social à la fin du XIXe siècle et y a dispensé des cours jusqu’en 1978. Il a parallèlement vu naître, en 1944, à l’instigation d’André Philip (grand-père de l’actuel maire du 3e arrondissement), la République des Jeunes, préfiguration de la Fédération Française des MJC qui verra le jour quat

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Stéphane Brizé : «Un film d’indignation et de colère»

ECRANS | Méthode Stéphane Brizé : «J’avais un scénario écrit avec des dialogues, mais aux acteurs, je ne donnais à chacun que les infos qu’ils devaient savoir. Par (...)

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Stéphane Brizé : «Un film d’indignation et de colère»

Méthode Stéphane Brizé : «J’avais un scénario écrit avec des dialogues, mais aux acteurs, je ne donnais à chacun que les infos qu’ils devaient savoir. Par exemple, à Pôle Emploi, j’avais donné à Vincent le nombre de mois depuis lesquels il était au chômage, combien il gagnait, les stages qu’il avait fait, combien il touchera avec l’ASS. Et le type en face de lui, c’est comme quand il reçoit un vrai demandeur d’emploi : il a les mêmes infos. Ils savent l’enjeu de la situation, ils savent où ils doivent arriver et ensuite ils viennent remplir avec leurs mots à eux.» Acteurs non professionnels «Même quand je travaille avec des acteurs professionnels, je les prends pour ce qu’ils sont. Ici, ce n’est pas tant ce qu’ils sont que ce qu’ils font. Il y avait des fonctions, et nous nous sommes dirigés vers des gens qui avaient ces fonctions : la banquière, c’est la banquière des castings ; elle a proposé un de ses collègues qui était le DRH de sa banque pour jouer le DRH ; le directeur du supermarché, c’est un chef d’entreprise que je connaissais. Moi-même, j’ai fait un stage d’agent de sécurité pour le film. Vous ne pouvez pas imaginer c

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Critique et propos du cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle Emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille — dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière de filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci repose, comme c’était déjà le cas dans son très beau film précédent,

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Au Rize, les ouvriers retrouvent la mémoire

ARTS | Le Rize poursuit son exploration de la mémoire vive villeurbannaise, à la rencontre des ouvriers de la ville et de leur condition. Un beau travail qui donne à entendre des voix en danger d'extinction. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 17 février 2015

Au Rize, les ouvriers retrouvent la mémoire

Il s’appelle Abdel, il a 46 ans. Au départ, son truc à lui, «c’était la BD, pas des Mickey hein, des bandes dessinées avec des scénarios et tout». Oui mais voilà, autodidacte, il a senti qu’il devait progresser et «les Beaux-Arts, ça coûtait une brique, et encore fallait acheter le matériel ; pour un fils d’ouvrier c’est pas possible». Ouvrier. Le mot est lâché. Abdel est nettoyeur dans le réseau TCL. Des équipes du Rize ont recueilli son témoignage, comme bien d’autres, en allant à sa rencontre avec de grandes pancartes à la main sur lesquelles était crayonnée cette question, titre de l’exposition : «Et ils sont où les ouvriers ?». Dans ce centre dédié à la mémoire et aux sociétés – il abrite d'ailleurs les archives municipales – Villeurbanne se penche une fois de plus sur son histoire contemporaine avec une acuité qui force le respect. Ville industrielle par excellence – 60% de la population était ouvrière en 1930, les deux tiers dans les années 60 – c’est ici également que le déclin du secteur, des crises des années 70 à l’inexorable montée du chômage qui a suivi, a été le plus ardu à vivre. Aujourd’hui, seuls 18% des Villeurbannais sont ouv

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Gadagne retrouve sa tête

ACTUS | Depuis le départ, juste avant l’été, de Maria-Anne Privat-Savigny, les musées Gadagne (dédiés à l'histoire de la ville de Lyon et aux marionettes du monde) (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 février 2015

Gadagne retrouve sa tête

Depuis le départ, juste avant l’été, de Maria-Anne Privat-Savigny, les musées Gadagne (dédiés à l'histoire de la ville de Lyon et aux marionettes du monde) n’avaient plus de directeur (sinon en intérim). Ce ne sera bientôt plus le cas, avec l'arrivée en mai à leur tête de Xavier de la Selle, actuel directeur du très dynamique Rize (centre de mémoire et société) de Villeurbanne. Il dirigera par ailleurs deux autres musées municipaux – le musée de l’Imprimerie et de la communication graphique ainsi que le musée Malartre consacré à l’automobile –   conformément au rapprochement avait annoncé par la Ville de Lyon dès cet automne. Si les musées Gadagne (sis dans un exceptionnel bâtiment Renaissance) et le Musée de l’imprimerie (dont la collection permanente a été totalement repensée cet automne et étendue au champ de la communication graphique) sont connus des Lyonnais, le musée Malartre l’est moins. Et pour cause : ce qui fut le premier musée automobile de France est situé à Rochetaillée-sur-Saône et est devenu propriété de la Ville de Lyon en 1972, suite au rachat de l’entière collection, du parc et des murs. L’adjoint à la culture et premier adjoint de la Ville de

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Quartier pas si lointain

ARTS | A l'entrée, deux grand-mères voutées se remémorent leur scolarité à l'école de la Cité, reconvertie en 1982 en Institut d'art contemporain. Plus loin, un père (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 24 octobre 2013

Quartier pas si lointain

A l'entrée, deux grand-mères voutées se remémorent leur scolarité à l'école de la Cité, reconvertie en 1982 en Institut d'art contemporain. Plus loin, un père explique à son fils à quel point, à son âge, il avait horreur d'aller se faire tirer le portrait en tenue du dimanche par Marcel Excler, photographe villeurbannais qui a légué à la Ville des centaines de tirages et négatifs au début des années 2000. Ailleurs, une bande de potes évoque ses exploits sportifs de jeunesse à la MJC du coin.   De telles scènes, il s'en joue tous les jours au Rize, depuis qu'y a été inaugurée l'exposition Faisons connaissance, qui retrace la vie de son quartier d'implantation aux travers d'archives officielles et de photographies et anecdotes collectées auprès des riverains. Et à vrai dire, pour qui n'a pas usé ses fonds de culotte sur les trottoirs de la rue Valentin Hauy, elles donnent au début la désagréable impression d'êtr

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Epopée collective

SCENES | Cinquante personnes sur scène pour raconter les mois de mai, juin et juillet 68 vus sous le prisme du théâtre. C’est la grande épopée à laquelle nous convie Christian Schiaretti sur un des lieux même où s’est déroulée l’action de ces mois agités et fondateurs, le TNP. Reportage dans les coulisses de cette fresque comme on n’en fait plus. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 21 octobre 2012

Epopée collective

«Si on manque de spectateurs, on pourra assurer de remplir une demi-salle avec vous !» dit en plaisantant le metteur en scène Christian Schiaretti à ses nombreux comédiens et figurants qui occupent les premiers rangs du théâtre en cette après-midi de répétitions, à J-9 de la première représentation. Et d’annoncer ensuite que la comédienne Isabelle Sadoyan (fondatrice du théâtre de la Comédie devenu le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, ayant fait ses premiers pas avec Roger Planchon au théâtre des Marronniers et jouant encore sur la scène du TNP notamment cette magnifique Conversations avec ma mère dans la salle qui porte le nom de son défunt conjoint, Jean Bouise) se verra remettre les insignes de chevalier de la légion d’honneur des mains d’Aurélie Filippetti le 8 novembre. Il en va ainsi du théâtre au TNP : jamais le passé ne s’efface. Il donne sans cesse un sens à ce qui s’y trame. Mai, juin, juillet est un spectacle de transmission, résultat d’une commande passée par Christian Schiaretti à l’écrivain-philosophe Denis Guénoun. Le texte va bien au-delà d’u

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«Des sentiments, pas de sentimentalisme»

ECRANS | Stéphane Brizé, réalisateur de Quelques heures de printemps, cinquième film de cet amoureux des silences gênés, des plans séquences qui donne «vertige» et d’un cinéma qui créerait des émotions (fortes). Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

«Des sentiments, pas de sentimentalisme»

Comment en êtes-vous venu à écrire ce scénario original, après l’adaptation d’Éric Holder pour Mademoiselle Chambon ?Stéphane Brizé : Mademoiselle Chambon était pour l’instant l’exception, c’était la seule adaptation que j’avais faite jusqu’ici. Après, comment naît une histoire, c’est une question que l’on pose régulièrement aux réalisateurs, et ils répondent en général que c’est assez mystérieux. Dans mon cas, c’est très organique : quelque chose dans ma vie me pousse vers une histoire. Il y a deux choses ici : la difficulté de communication entre un fils et sa mère, c’est autour de cela que l’on a tout structuré ; et un autre élément dramaturgique fort, le choix de cette femme de mettre fin à ses jours par un suicide assisté. Ça, c’est particulier, je crois que c’est la première fois qu’on le voit dans une fiction. Ça étonne, ça questionne, ça fait écho à des choses qui sont évoquées en ce moment par les politiques. Pourquoi l’histoire entre un fils et sa mère ? J’ai déjà écrit des histoires autour des liens familiaux, et j’étais mûr pour parler de celui-là. Ce n’est pas ma vie, mais je parle de

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des p

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Participez au projet Jumelages du Rize de Villeurbanne

ARTS | Habitant de Villeurbanne, vous êtes peut-être la jumelle ou le jumeau d’un habitant d’El Eulma en Algérie.

Dorotée Aznar | Vendredi 17 février 2012

Participez au projet Jumelages du Rize de Villeurbanne

Si vous ou votre enfant êtes nés à l’une des dates suivantes, contactez le Rize de Villeurbanne  et participez au projet Jumelages en vous faisant photographier. Votre photo sera exposée à côté de celle de votre « jumeau », à partir de mars au Rize.  4 novembre 195523 décembre 196918 mars 197211 juin 197212 avril 198228 février 20048 août 200413 juin 2009   Depuis le 27 octobre 2011, Villeurbanne est jumelée à la ville algérienne El Eulma. La série de photographies « Jumelages » se propose de réunir les portraits des habitants des deux villes nés le même jour. S’appropriant la notion de jumelage, le photographe François Diot créé une passerelle photographique étonnante entre les deux villes et tisse des liens entre les habitants « pour reconnaître dans l’étranger le semblable différent ». Cette exposition accompagne aussi la programmation du Rize de la même période qui évoquera les relations entre la France et l’Algérie pendant et depuis la Guerre

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Planchon au Panthéon

SCENES | Il aimait Labiche, Vinaver, Marivaux et Shakespeare et écrivait des histoires de la paysannerie dont il est issu. Depuis un an, toutes ses pièces sont (...)

Nadja Pobel | Vendredi 6 janvier 2012

Planchon au Panthéon

Il aimait Labiche, Vinaver, Marivaux et Shakespeare et écrivait des histoires de la paysannerie dont il est issu. Depuis un an, toutes ses pièces sont publiées dans une anthologie parue dans la collection blanche de Gallimard, Théâtre complet. Roger Planchon, maître du théâtre villeurbannais durant près d’un demi-siècle peut bien recevoir un hommage dans la grande salle du TNP rénové qui désormais porte son nom. Son fils présentera un documentaire sur ce père qui incarnait la décentralisation en province (ce mot qu’il trouvait hideux) car, quand il commence presque par effraction dans les années 1950, il n’y a qu’un théâtre à Lyon, les Célestins. Planchon créera donc le Théâtre la Comédie rue des Marronniers avant de prendre, en 1957, la tête du Théâtre municipal de la Cité à Villeurbanne qui deviendra TNP en 1972. Pour lui, le théâtre «est une veillée» où l’on raconte des histoires comme celles qu’il entendait dans son enfance ardéchoise, «des faits divers, des Roméo et Juliette de village, proches du théâtre Nô japonais et du théâtre élisabéthain aussi» disait-il en embrassant toute sa discipline. Écoutons donc désormais le récit, p

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Le Palais du travail

ARTS | Autres lieux / La Ville de Villeurbanne a de la suite dans les idées. Pendant que le TNP flambant neuf va être inauguré ce week-end du 11 novembre, le Rize, (...)

Nadja Pobel | Vendredi 4 novembre 2011

Le Palais du travail

Autres lieux / La Ville de Villeurbanne a de la suite dans les idées. Pendant que le TNP flambant neuf va être inauguré ce week-end du 11 novembre, le Rize, espace culturel “mémoires et société”, rappelle dans une sobre et belle exposition (jusqu’au 25 février) que ce lieu ne fut pas qu’un théâtre mais un Palais du travail aux multiples fonctions né en 1934 en même temps que les Gratte-ciels et la colossale mairie. Vaste projet architectural, proche des maisons du peuple (celles de Pierre-Bénite et Vénissieux voient le jour en 1934 aussi), le Palais du travail répond aux idées politiques claires du maire Lazare-Goujon : offrir un lieu pratique et festif aux ouvriers et développer l’éducation populaire. Dans ce bâtiment, construit selon les plans de Morice Leroux, se trouvent donc un dispensaire hygiéniste (pour faciliter l’accès aux soins), une salle de spectacle (des opérettes essentiellement), une brasserie, des bureaux pour les syndicats et même une piscine au sous-sol qui existent toujours. D’admirables photos noir et blanc, des plans, des affiches bigarrées de spectacles et des extraits vidéo de pièces retracent cette fascinante

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L’art populaire du théâtre

ACTUS | Story / Ce n’est pas une superstition qui se cache derrière le 11.11.11, date de réouverture du TNP de Villeurbanne, mais un hommage à son passé : le lieu a été inauguré le 11 novembre 1920 au Trocadéro, à Paris. Depuis 1972, l’un des plus importants théâtres français est implanté à Villeurbanne. Récit de ce «défi en province». Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 novembre 2011

L’art populaire du théâtre

Il y a plusieurs histoires du Théâtre National Populaire. Celle de cette appellation-même née à Paris au Trocadéro et confiée à Firmin Gémier, acteur et metteur en scène. Au sortir de la guerre, après bien des changements de noms, le TNP est aussi l’histoire de Jean Vilar, qui en prend la direction de 1951 à 1963, toujours à Chaillot, puis de Bob Wilson. Parallèlement, à Lyon, un jeune metteur en scène-acteur-auteur crée le théâtre de la Comédie en 1952 (aujourd'hui théâtre des Marronniers). Rapidement à l’étroit dans cette salle de cent places, il veut plus grand mais Lyon ne lui offre rien (Pradel est moins accommodant qu’Herriot) et c’est chez le voisin villeurbannais qu’il trouve hospitalité. Le maire Étienne Gagnaire lui permet de diriger (à 26 ans !) le Théâtre municipal de la Cité. Contrairement à ses missions, Roger Planchon ne poursuit pas la programmation d’opérettes, mais continue à faire ses spectacles dans un lieu de mille places au cœur du Palais du travail. En quinze ans, après avoir monté des classiques, des contemporains (Vinaver dès son premier texte, Aujourd’hui ou les coréens), après des anicroches avec le maire SFIO qui prend Planchon pour un «g

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Ciel, mon théâtre !

SCENES | Changements de direction à la tête des théâtres, nouvelles infrastructures, orientations artistiques différentes pour les lieux existants… Ces bouleversements vont-ils modifier en profondeur le paysage théâtral lyonnais ? Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 5 septembre 2011

Ciel, mon théâtre !

Rarement les institutions culturelles lyonnaises, et notamment les théâtres, auront connu de tels bouleversements. Dans un milieu dans lequel les directeurs ont la réputation (et souvent l’habitude) de rester en fonction autant que faire ce peut, parfois bien au-delà du raisonnable, on a assisté la saison dernière à des changements profonds. À l’échelle locale, le plus médiatique fut sans doute celui occasionné, en juillet 2010, par le décès de Philippe Faure, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse depuis 1994 et dont la succession a été le révélateur d’un malaise profond chez les metteurs en scène de la région. Dans les semaines qui ont suivi l’annonce de la disparition de Philippe Faure, dix-sept candidats ont fait connaître leur volonté de prendre la direction du lieu. Une grande partie d’entre eux était composée de metteurs en scène à la recherche d’un lieu dans lequel établir leur compagnie, un lieu dans lequel créer leurs spectacles et, finalement, un moyen de sortir d’une forme de précarité. Et le tollé provoqué par la décision de la Ville de Lyon (propriétaire du théâtre) de ne pas lancer d’appel à candidatures pour le recrutement d’un nouveau directeur ne dit pas autre ch

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Max Schoendorff

ARTS | Artiste, fondateur de l'URDLA, participant aux débuts du Théâtre national populaire. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 décembre 2010

Max Schoendorff

Petit Bulletin : Depuis 1997, qu'est-ce qui vous a marqué dans la vie culturelle à Lyon ?Max Schoendorff : J'ai l'impression qu'elle va s'appauvrissant plutôt que s'enrichissant. Aucun événement particulier ne me vient spontanément à l'esprit. Il se passe beaucoup d'événements ponctuels ici et là (telle biennale, tel défilé...) mais je ne perçois plus d'effervescence de groupe. L'une des choses positives depuis 97 c'est la nouvelle direction du Musée des beaux-arts qui fait référence en Europe. Je me réjouis moins des rétrospectives Keith Haring, Warhol ou Ben au Musée d’art contemporain. Qu'est-ce qui a changé par rapport au passé ?Dans les années 1950, 60, 70, on a inventé quelque chose. Lyon était un trou de province qui a accédé à la modernité. On croyait alors à la modernité, c'est-à-dire à la nouveauté, à la transgression. Cette modernité a été jetée aux oubliettes au profit d'une gestion d'événements pulvérulents. Depuis 97, je ne vois pas d'événement du calibre des premières du Berliner Ensemble, de Bob Wilson, de nos débuts au TNP avec Planchon, Chéreau, Bataillon... Quels sont les atouts et les défauts de Lyon ?Ses atouts sont imm

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Musiques ! Voyages sonores à Villeurbanne

ARTS | Le Rize n'en finit plus de donner la parole aux Villeurbannais de toutes origines et construit ainsi un intriguant et remarquable travail (...)

Nadja Pobel | Jeudi 1 juillet 2010

Musiques ! Voyages sonores à Villeurbanne

Le Rize n'en finit plus de donner la parole aux Villeurbannais de toutes origines et construit ainsi un intriguant et remarquable travail anthropologique. Jusqu'au samedi 2 octobre, avec «Musiques ! Voyages sonores à Villeurbanne», le centre mémoires et société propose de partager les sons qui bercent ou font danser les habitants de la ville voisine de Lyon. Que ce soit dans une yourte ou un salon recomposé avec de vieux canapés en velours, il est possible d'être transposé en une fraction de seconde en plein mariage marocain ou de se retrouver happer par des chants siciliens, andalous, kurdes ou encore d'entendre des prières juives, orthodoxes ou soufis. Dépaysant et enrichissant ! NP

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La nouvelle Nada

SCENES | Après avoir frôlé la mort sur scène lorsqu'elle chantait Brecht l'an dernier, la comédienne Nada Strancar revient au théâtre et inaugure le petit théâtre du TNP avec une mise en scène de 'La Fable du fils substitué' de Pirandello. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 octobre 2009

La nouvelle Nada

Elle dit avoir eu une passion à l'adolescence pour «La» Callas, elle pourrait bien un jour être nommée «La» Strancar. Comme la diva, Nada Strancar est reconnaissable entre toutes : une voix grave, une silhouette élancée, les pieds bien arrimés au plancher des théâtres depuis qu'elle a croisé la route d'Antoine Vitez. Née à Ljubjana, elle quitte à l’âge de sept ans ce qui est encore la Yougoslavie unifiée pour Paris et adopte le français si bien qu'elle a aujourd'hui oublié le slovène. Avec une mère ouvrière et un beau-père boucher, elle ne baigne pas dans un environnement culturel, mais aime l'école, s'inscrit au club d'art dramatique de son collège. Le premier rôle qui lui est confié est celui... d'un garçon ! Elle est Arnolphe de ‘L'École des femmes’. Au lycée, Nada Strancar poursuit son apprentissage, découvre le chant lyrique mais, après le bac, faute de pouvoir suivre des cours de chant trop onéreux, elle entre au Conservatoire d'art dramatique et rencontre Antoine Vitez, son professeur qui la dirigera dans une dizaine de pièces. «Il a été un révélateur, dit-elle. J'ai découvert un espace où le corps et la voix étaient en liberté, je n'avais jamais vu cela ailleurs. J'étais su

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Le TNP nouveau-né

CONNAITRE | Lundi 12 octobre dernier, Isabelle Sadoyan était très émue d'essuyer les plâtres du petit théâtre du Théâtre National Populaire qui porte le nom de son époux, le (...)

Nadja Pobel | Lundi 19 octobre 2009

Le TNP nouveau-né

Lundi 12 octobre dernier, Isabelle Sadoyan était très émue d'essuyer les plâtres du petit théâtre du Théâtre National Populaire qui porte le nom de son époux, le comédien Jean Bouise. Situé juste derrière la salle historique du TNP qui sera flambant neuf début 2011, ce nouveau lieu comprend une salle de spectacle de 250 places et deux salles de répétitions. Jusqu'au 1er novembre, Nada Strancar y présente une adaptation radicale et très picturale de 'La Fable du fils substitué' de Pirandello.

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Le nouveau-né du TNP

SCENES | Lundi 12 octobre, Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, a inauguré le petit théâtre Jean Bouise, en attendant la fin des travaux de la grande salle en 2011. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2009

Le nouveau-né du TNP

À la mi-temps des travaux, le Théâtre National Populaire renaît déjà avec l'ouverture d'une salle flambant neuve, rue Louis Becker, au dos de la grande salle encore éventrée. Sous terre, un espace de présentation pouvant accueillir jusqu'à 250 spectateurs a été aménagé et servira de lieu de jeu dès ce jeudi pour la création de ‘La Fable du fils substitué’ mis en scène par Nada Strancar. Dans les étages, plusieurs salles de répétitions et de formations ont été conçues pour que les artistes puissent résider sur de longues périodes au TNP. Les représentants de la Région, du département, de la Ville de Villeurbanne et l'État, via le directeur de la DRAC Rhône-Alpes, étaient tous présents à cette inauguration rappelant leurs souvenirs et anecdotes de spectateurs au théâtre de la Cité puis du TNP. Ces quatre contributeurs publics ont financé les 7, 2 millions d'euros de coûts de cet ouvrage et subventionnent aussi les 17, 3 millions d'euros de la refonte de la grande salle qui devrait être livrée en janvier 2011. Pour cette remise des clés symbolique à Christian Schiaretti, Isabelle Sadoyan et Didier Bezace se sont livrés à l'exercice de la lecture d'une pièce qu'ils ont joué 150 fois :

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand-peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les silences chastes, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer ‘Les Regrets’ de Cédric Kahn pour ‘Bad Boys 2’. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur routine mécanique que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense.

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Planchon quitte la scène

SCENES | Actu / Roger Planchon a définitivement quitté la scène mardi 12 mai, quelques semaines après les dernières représentations de sa dernière création "Amédée ou comment (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 15 mai 2009

Planchon quitte la scène

Actu / Roger Planchon a définitivement quitté la scène mardi 12 mai, quelques semaines après les dernières représentations de sa dernière création "Amédée ou comment s'en débarrasser", à Paris. Il est décédé des suites d’une crise cardiaque, à l’âge de 77 ans. Né à Saint-Chamond, ce metteur en scène, comédien, auteur, dramaturge et cinéaste avait fondé le Théâtre de la Comédie à Lyon en 1952, avant de diriger le Théâtre de la Cité, devenu le Théâtre National Populaire (TNP) de Villeurbanne dont il ne quittera la direction qu’en 2002. «Redevenu jeune compagnie, un pied dans la tombe», comme il aimait le déclarer non sans humour, Roger Planchon s’était depuis lors installé avec sa compagnie au Studio 24 où il poursuivait ses activités d’écriture et de mise en scène. Molière, Marivaux, Ionesco, Vinaver, Brecht, Tchekhov… il aura monté une centaine de pièces, défendant un théâtre «populaire et accessible à tous». Chef de troupe et homme de théâtre infatigable, Planchon était également le fondateur, le président et l'actionnaire majoritaire de Rhône-Alpes cinéma, une société coproductrice de films de détentrice de trois studios de cinéma à Villeurbanne. Mais en créant, il y a plus de ci

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Décès de Planchon, les réactions

SCENES | La disparition de Roger Planchon a suscité de nombreuses réactions officielles. Retrouvez-les ci-dessous dans leur intégralité.

Dorotée Aznar | Jeudi 14 mai 2009

Décès de Planchon, les réactions

Réaction de Gérard COLLOMB, Sénateur-Maire de Lyon, Président du Grand Lyon :"J'ai été profondément ému par la mort de Roger Planchon. Pour moi, comme pour beaucoup de lyonnais, Planchon a marqué toute une vie.Je me souviens, jeune étudiant, du Théâtre des Marronniers puis de celui de la Cité, enfin, de l'aventure du TNP où Roger Planchon s'est révélé le digne héritier de Jean Vilar.Les pièces de Planchon nous faisaient découvrir un théâtre dont les pièces les plus avant- gardistes savaient aussi toucher un public populaire.Roger Planchon qui multipliait tous les talents, auteur, metteur en scène, acteur s'était ensuite tourné vers le cinéma. Il avait créé Rhône-Alpes cinéma afin que cette région qu'il aimait soit au cœur de la production d’aujourd’hui. Il m’avait convaincu de développer Pixel afin de faire de Lyon un vrai lieu de la création cinématographique et de l'image numérique. C’est lors de l'inauguration des studios que nous avions eu notre dernière conversation. Il m'avait dit "il faut que je vous parle d'un projet…" Car Roger Planchon était comme cela, toujours tourné vers l'avenir, toujours bouillonnant d'idées.Il nous manquera. Il manquera à

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Planchon se dérobe

SCENES | Nécro / Roger Planchon est décédé mardi 12 mai, à 77 ans, succombant à une crise cardiaque. Retour sur un parcours exceptionnel.

Dorotée Aznar | Mercredi 13 mai 2009

Planchon se dérobe

Il est presque mort sur scène. Jusqu'au 19 avril dernier, Roger Planchon jouait encore dans sa dernière création «Amédée ou comment s'en débarrasser d'Eugène Ionesco». Décor de velours, bête immonde (le fils !) cachée dans les appartements d'un vieux couple qui radote, cette mise en scène n'avait pas l'apanage de la fraîcheur mais qu'importe. Planchon ne vivait que pour le théâtre, son besoin viscéral d'être sur les planches était plus que palpable. Tout jeune, à même pas 20 ans, il s'extirpe de son enfance rurale (dans la Loire puis l'Ardèche) et décroche un concours de théâtre amateur ; à 22 ans, il crée le théâtre de la Comédie à Lyon. Son histoire s'ancre alors dans la Capitale des Gaules et à Villeurbanne. Chantre de la décentralisation presque malgré lui, Roger Planchon hérite en 1972 de la direction du Théâtre National Populaire (TNP) parisien de Jean Vilar lorsque ce dernier est transféré à Villeurbanne dans les murs du Théâtre de la Cité que Planchon dirige déjà depuis 1957. Acteur, metteur en scène, dramaturge, il pratique le «théâtre total», selon la formule de Vitez. Il monte Brecht qu'il rencontre dans les années 50, mais aussi des pantomimes, Molière, une version

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Il court, il court

SCENES | Roger Planchon ne s'arrêtera jamais. Septuagénaire, le comédien-metteur en scène s'amuse encore à faire du théâtre. Jusqu'au 19 octobre au Studio 24 de (...)

Nadja Pobel | Lundi 13 octobre 2008

Il court, il court

Roger Planchon ne s'arrêtera jamais. Septuagénaire, le comédien-metteur en scène s'amuse encore à faire du théâtre. Jusqu'au 19 octobre au Studio 24 de Villeurbanne, il monte une des premières pièces d'Eugène Ionesco «Amédée ou comment s'en débarrasser». Un couple cloîtré depuis 15 ans passe plus de temps à se chercher des noises qu'à se dire qu'il s'aime. Jusqu'à ce que quelqu'un (l'amant ? l'enfant ?) caché dans la chambre ne soit pris d'une crise de croissance interrompue et envahisse l'espace unique dans lequel le couple puise son oxygène. La mise en scène un peu lisse ne masque pas l'incroyable énergie de Planchon et son bonheur d'être sur scène.

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Changement de décor

SCENES | En chantier / Si vous n'avez jamais mis un pied au Théâtre National Populaire de Villeurbanne, cette saison est celle de la dernière chance pour le voir en l'état. Dès le printemps 2008, le TNP déménagera pour retrouver un théâtre plus neuf, plus beau, plus grand. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

Changement de décor

Un goût certain pour les assertions tragiques pourrait nous inciter à parler de la «dernière saison du Théâtre National Populaire», mais économisons-nous. Il s'agit certes de la dernière saison dans le théâtre tel qu'on a pu le connaître jusqu'ici, mais le TNP ne cessera pas de programmer jusqu'à la fin des travaux, prévue en 2010. Le chantier ne devrait en effet pas entraîner d'interruption des spectacles, grâce à une seconde salle-relais de 250 places, construite à l'arrière du TNP, rue Louis-Becker qui accueillera les activités du théâtre et des ateliers de répétition à partir du printemps 2008. Une fois le grand plateau rouvert, cette salle permettra, selon Christian Schiaretti, «de présenter des travaux plus alternatifs et des longues séries». Les problèmes actuels que connaît le théâtre, pointés du doigt par le directeur du TNP (concentration de l'outil sur le grand plateau, absence d'une petite salle, de lieux de répétition et d'espaces alternatifs), devraient tous être résolus grâce à un investissement de plus de 18 millions d'euros (financé par la Ville de Villeurbanne, l'État, la Région et la Communauté urbaine). Le TNP pourra alors affirmer son «ambition internationale»,

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