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Slam : tenir le centre du vortex

Publié Samedi 10 janvier 2026

Techno / Sans jamais courir après une époque s'épuisant à suivre les tendances, Slam forge depuis trois décennies une œuvre protéiforme, entre techno fonctionnelle, acid et ambient.

Photo : Slam ©Brian Sweeney

Il y a chez Slam quelque chose qui relève moins de la trajectoire linéaire que du vorticisme : une rotation continue, obstinée, où les formes changent mais où l'énergie demeure. Orde Meikle et Stuart McMillan ne racontent pas l'histoire de la techno glaswégienne comme une suite d'innovations spectaculaires mais la maintiennent en tension, la font tenir dans le temps : une musique articulant une logique d'intensification, de fonction, de collectivisation du son.

Bien que traversé par une variété d'esthétiques surprenante (techno sèche, ambient dilaté, hypnose minimale, abstraction presque industrielle), dans leur son, quelque chose persiste : une sorte de signature cinétique, façonnant une même obsession qui anime chaque disque, chaque set : la nécessité d'organiser le chaos sans jamais le neutraliser.

Cette constance se manifeste par l'entremise d'une atmosphère dense et hypnotisante, mais toujours tenue. Là où d'autres saturent l'espace jusqu'à l'asphyxie, le duo ménage des respirations, des interstices, laissant la répétition devenir un outil de concentration plutôt qu'un enfermement. L'hypnose destitue ainsi toute claustrophobie, permettant l'émergence d'un champ magnétique dans lequel les corps se resserrent.

Lorsque la techno se densifie - comme sur Dark channel, leur premier album en sept ans - Slam adopte une posture presque martiale et algide. Les gestes deviennent précis, économiques, comme si chaque élément sonore devait remplir une fonction stratégique. La rythmique n'explose pas : elle avance, inexorable, agençant le chaos avec une froideur qui n'exclut pas l'émotion, mais la canalise. Ici la danse n'est plus euphorique, elle devient tendue, presque rituelle.

Froid organisé, expansion lente

Ce serait une erreur de réduire Slam à cette seule face sombre. Leur trajectoire est également traversée par une célébration splendide de l'ambient, dont Reverse proceed reste l'un des sommets. Là, le vortex ralentit, s'élargit, devient dérive. Les nappes s'étirent, le temps se distend, et la techno se souvient qu'elle est aussi affaire d'espace, suspension, contemplation active. Cette capacité à passer de la compression maximale à l'expansion méditative sans rompre le fil est sans doute l'un des traits les plus singuliers du duo.

Ni nostalgiques, ni opportunistes, les cofondateurs du label Soma records poursuivent un travail de sédimentation, accumulant couches et expériences sans jamais perdre le sens du mouvement. Leur musique ne promet pas l'avenir, mais elle offre un lieu où tenir, ensemble, pendant que tout se rembrunit.

Slam, Salem unsigned et Sina xx
Samedi 17 janvier 2026 à 23h au Sucre (Lyon 2e) ; 13 à 17€