Françoise Pétrovitch, pâles mélancolies
Art contemporain / En partenariat avec la galerie parisienne Semiose, Manifesta consacre une très belle exposition personnelle (peintures, dessins, sculptures) à Françoise Pétrovitch, artiste des présences inquiètes et incertaines.
Photo : Françoise Petrovitch DR
Les personnages (peints ou dessinés) de Françoise Pétrovitch ont souvent les paupières baissées ou, au contraire, les orbites vides et blanches... Un détail, certes, dans ses nombreux portraits, mais un détail qui insuffle à ses œuvres un caractère d'inquiétante étrangeté, de mélancolie "blanche", de silence reclus. Cadrées de manière très serrées, ses figures représentent pour beaucoup des jeunes gens d'aujourd'hui, seuls ou en duo. « L'adolescence, c'est le temps des métamorphoses, des possibles. Les premières amours, les vacillements ont aussi un côté provisoire. On ne sait pas si l'amour va durer. Si tu représentes un couple de personnes très âgées, symboliquement, tu représentes le temps très long de cet amour, tandis que là , on ne sait rien. Loin d'être dans un engouement béat, les adolescents sont plutôt conscients de la difficulté à vivre », déclarait Pétrovitch dans un entretien avec Gaëlle Rio, dans le catalogue de l'expo Aimer, rompre au Musée de la vie romantique à Paris, en 2023.
Les lavis d'encre très dilués et aux couleurs assourdies intensifient encore cette impression de temps fragile et suspendu, et de corps indécis. Les titres (quand il y en a) donnent des indications simples : Tenir, L'attente, Dans les mains... Par ses audaces plastiques (des visages passant du blanc au gris au bleu ; des figures d'allure masculine aux lèvres maquillées et sensuelles...), Pétrovitch trouble aussi les genres et les identités, dilue les certitudes visuelles, indétermine les frontières du corps et de l'espace qui le contient.
Langage plastique
Parfois, au fil de l'exposition, émergent au milieu des jeunes gens de grands tournesols esseulés, ou bien un animal que l'on caresse ou que l'on tient. Aucun récit ni narration ne relient ces différents motifs, mais cette suite de gestes et de postures (parfois inspirés de la danse, que Pétrovitch regarde beaucoup), de visages et de fleurs, ont une trame plastique commune, trame du doute et de l'évanescence, trame de l'infime et du silence. « L'art est un endroit de l'absolu. Quelque chose nous relie, qui est presque inatteignable. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de juvénile, dans cette façon de penser que l'art est possible - et pour moi, ça, c'est romantique. Cette forme d'absolu, et d'impossibilité - de chose plus grande que soi », a exprimé l'artiste. Les œuvres de Pétrovitch sont donc autant de poignantes tentatives de présences et de communications, autant de tentatives mises en échecs mais continuellement renouvelées.
Françoise Pétrovitch
Jusqu'au 11 mai 2026 à Manifesta (Lyon 1er) ; entrée libre
