Cordier, un point c'est tout !
Art contemporain / L'URDLA expose les grandes linogravures de Frédéric Cordier, artiste qui, à partir de quelques points et de quelques lignes seulement, construit de fascinants paysages urbains et industriels.Â
Photo : Vue de l'expo. Cécile Cayon
Né en 1985 à Montréal, Frédéric Cordier a suivi des études d'art à l'ECAL à Lausanne, et vit, depuis, entre le Canada et la Suisse, tout en produisant nombre de ses œuvres sur les grandes presses de l'URDLA à Villeurbanne. On a ainsi pu y suivre à l'URDLA l'évolution de son œuvre, passant de la série des "Vedute" (des vues frontales d'usines et de bâtiments industriels dont la monumentalité et la "neutralité" faisaient penser aux photographies de Bernd et Hilla Becher), à ses panoramas, de plus grands formats représentant des centres urbains, des autoroutes, des plateformes pétrolières, des avions de ligne, un déluge de pluies acides, etc..Â
L'univers de l'artiste rassemble ce qui pollue le plus la planète et ce qui défigure le plus la nature et ses paysages. Mais ces structures écologiquement néfastes recèlent aussi un grand pouvoir de fascination : monumentalité, étrangeté, technicité, démesure ! Pour composer ses images, Frédéric Cordier s'inspire de sites industriels réels, notamment ceux de la Côte Nord au Québec, découverts en 2015. Dans la monographie qui lui est consacrée, l'artiste raconte : « Les alumineries brutalement implantées dans le paysage naturel m'ont interpellé... Les apparitions soudaines de ces infrastructures monumentales se livrant à des activités secrètes m'apparaissent comme de véritables hallucinations visuelles. Cette dimension irréelle est traduite dans mon travail par des associations de motifs psychédéliques et de formes géométriques faisant également référence à l'op art [ou "art optique" ndlr] et au pointillisme ».

De l'écran à la main
Depuis les années 2010, Frédéric Cordier a mis au point une technique singulière pour représenter ses paysages urbains et industriels : un dessin exécuté sur ordinateur (dessin vectoriel) lui permettant de jouer sur les courbures et les dédoublements des lignes, et de trouver d'étonnants et hypnotiques effets de moiré ; un travail de gravure très manuel effectué de préférence sur linoléum ; des tirages de grands formats sur les presses de l'URDLA. Soit un entremêlement de techniques qui est aussi un entremêlement des différents "âges" de l'histoire de l'art et du graphisme. Avec pour résultat final des œuvres qui peuvent se regarder de près ou de loin, s'affirmer (de loin) comme des structures imposantes et indestructibles, ou se révéler (de près) comme de simples petits amas de points, de lignes et de pointillés que le moindre souffle pourrait faire disparaître. Tout n'est que poussière et le redeviendra selon l'adage biblique, même et surtout ce que nous avons cru de plus définitif : nos métropoles, nos complexes industriels, nos ponts et chaussées, nos gratte-ciel et tours de Babel titillant l'infini.
Drill Baby ! par  Frédéric CordierÂ
Jusqu'au 4 juillet à l'URDLA (Villeurbanne) ; entrée libre
