Indices à suivre : les expositions d'avril à ne pas manquer à Lyon

Publié Mercredi 1 avril 2026

Sélection / Le mois d'avril s'ouvre comme un jeu de piste poétique dans les salles d'exposition de la ville et des alentours. D'un lieu déserté à une empreinte animale, d'une surface travaillée à une archive déplacée, les œuvres composent un régime indiciaire où le réel se donne par fragments. L'exposition devient alors une enquête sensible, attentive à ce qui affleure, persiste ou se retire.

Photo : Analepse, Loco(s) aller simple © Frédéric Denis

Loco(s) aller simple

Photographies sonores / Loco(s) est le l'histoire d'une traversée, celle d'un regard qui interroge et se laisse hanter. Une pérégrination parmi des salles abandonnées, des halles dénudées, des passages étroits, accompagnée par des voix et des sons. Le dernier projet de la cie l'Ouïe de l'œil s'attache à un lieu chargé d'histoire et prometteur d'avenir de la métropole de Lyon : Les grandes locos. La matière sonore composée par Jean-Michel Pirollet, traversée de voix écrites et portées par Jean-Christophe Vermot-Gauchy, enveloppe les photographies de Frédéric Denis d'un voile donnant à ces fragments la forme de récits, narrations qui mettent à l'épreuve la réalité physique. Les murs deviennent ainsi des réceptacles, renvoyant à d'autres temporalités, comme si quelque chose continuait de se dire à même les surfaces.
FM

Le mur de ma chambre © Frédéric Denis

Loco(s) aller simple par la cie l'Ouïe de l'œil
Jusqu'à la mi-avril au Théâtre de la Petite rue (Villeurbanne) ; entrée libre


Paysage du loup

Photographie / À travers ses images, Étienne Maury compose un territoire d'indices où la présence se manifeste sans jamais apparaître. Empreintes, restes, paysages silencieux : tout converge vers une figure absente, celle du loup, et dont la trace organise le regard. Plutôt que de montrer, le travail opte pour le choix de laisser affleurer une présence diffuse. Entre observation et interprétation, l'exposition invite à suivre ces signes ténus, à habiter un espace où le réel se donne par ce qui manque autant que par ce qui subsiste.
FM

© Étienne Maury

Paysage du loup par Étienne Maury
Jusqu'au 25 avril 2026 à Item la galerie (Lyon 1er) ; entrée libre


Claude Venard

Peinture / À travers un parcours explorant plusieurs décennies de travail, la galerie Estades offre un accès privilégié à l'œuvre de l'artiste parisien. On observe des toiles des années 40 et 50, marquées par une densité et une matière compacte, presque inaccessible, jusqu'aux œuvres tardives des années 90, où la palette s'éclaircit et les formes se simplifient. Une transformation progressive du regard s'opère alors. Si l'ancrage post-cubiste, dans le sillage de Braque et Picasso, structure constamment l'espace, certains paysages, marins ou urbains, gagnent en respiration, tandis que la matière, enrichie de sables et d'éléments contingents, restitue la physicalité et l'âpreté du réel.
FM

Claude Venard, Le port d'Audierne, 195 x 114 cm

Claude Venard
Jusqu'au 15 mai 2026 à la galerie Estades (Lyon 1er) ; entrée libre


Rendez-vous, rue du Repos

Sculpture / Célia Coëtte explore une fatigue devenue mentale, diffuse, propre à nos sociétés contemporaines. Entre structures d'effort et de confort affaissées, formes organiques et gestes suspendus, l'exposition compose un paysage où le corps vacille et se délie. Traces, odeurs et matières prolongent cette expérience sensible de l'épuisement. Avec leur présence, les œuvres de Rendez-vous, rue du Repos nous semblent combattre le constat formulé par Byung-Chul Han : « la fatigue de la société de performance est une fatigue en solitaire qui produit un effet individualisant et isolant. »
FM

Vue de l'exposition ''Rendez-vous, rue du Repos'' par Célia Coëtte © Centre d'art Madeleine Lambert, Vénissieux et Blaise Adilon

Rendez-vous, rue du Repos par Célia Cöette
Jusqu'au 30 mai 2026 au Centre d'art Madeleine Lambert (Vénissieux) ; entrée libre


Discover

Photographie / Issues des voyages en Chine entre 2004 et 2018, les images réalisées par François Daireaux surgissent dans la rencontre avec l'imprévu. Les photographies, en continuité avec son travail de plasticien et de cinéaste, s'inscrivent dans la genèse profonde de ses sujets : captant des signes, des détails, elles ouvrent à d'autres récits qui exigent d'être interprétés ou imaginés. Profond humaniste, le photographe intercepte des figures surgissant dans des paysages marqués par la spéculation immobilière et la volonté politique d'effacement de lieux, comme celle qui vise à faire disparaitre les cimetières ouïghours. Entre passé qui se retire et futur incertain, ces images composent un ensemble signifiant et chargé, où le regard avance comme dans une enquête.
FM

© François Daireaux

Discover par François Daireaux
Jusqu'au 30 mai 2026 au Bleu du ciel (Lyon 1er) ; entrée libre


Desseins et autres destins

Photographie / S'organisant selon une logique de montage, les œuvres de Jacqueline Salmon agencent une véritable constellation d'images. Dans les salles du Fort de Vaise, les ciels photographiés se juxtaposent aux études de John Constable et de Tony Garnier, les cartes de vents deviennent tracés, tandis que les herbiers associent fragments de corps et végétaux. Un travail de rapprochement faisant apparaître des correspondances sensibles entre des formes hétérogènes : le montage - au sens où l'entendent Georges Didi-Huberman ou Georges Bataille - opère ici comme une méthode de pensée, organisant les écarts et les intensités entre les images.
FM

Jacqueline Salmon, Dytique avec Tony Garnier

Desseins et autres destins par Jacqueline Salmon
Jusqu'au 7 juin 2026 à la Fondation Renaud (Lyon 9e) ; 0 à 8€


Aux frontières du réel : La quête ésotérique de l'invisible

Imaginaires divinatoires / Dans la ville de Willermoz, Kardec et Nizier Philippe, la constellation d'objets hétérogènes de la Bibliothèque municipale composent une grammaire du destin. L'image, se manifestant par l'entremise de gestes figés, de signes hérités et d'affects transmis, agit ici comme une survivance. Du cosmos miniaturisé aux jeux imprimés, des corps féminins médiateurs aux diagrammes savants, le parcours condense, sans rupture avec la raison, une tentative de négociation avec l'incertain, cherchant à ordonner l'angoisse du temps à venir.
FM

Basilica Philosophica © Johann Daniel Mylius - BmL Domaine public

Aux frontières du réel : La quête ésotérique de l'invisible
Du 2 avril au 11 juillet 2026 à la Bibliothèque de la Part-Dieu (Lyon 3e) ; entrée libre


Au Mali, quand les animaux dansent. La donation Sonia et Albert Loeb

Anthropologie visuelle / L'exposition révèle un corpus récemment offert au musée, constitué par une centaine de masques et marionnettes qui, irréductibles à leur simple présence matérielle et à ce qu'ils représentent. Issus des traditions festives du sogo bò, ces figures animales ou hybrides activent un théâtre rituel mêlant satire, mythe et régulation sociale. Collectées par Sonia et Albert Loeb, elles témoignent d'un art profondément relationnel et d'une pensée visuelle indissociable du geste, de la musique et de la parole.
FM

Marionnette dajè kun [tête d'hippotrague ou d'antilope cheval], Mali, région de Koulikoro, milieu du 20e siècle, bois peint - Don de Sonia et Albert Loeb © musée des Confluences - Olivier Garcin

Au Mali, quand les animaux dansent. La donation Sonia et Albert Loeb
Du 3 avril 2026 au 1er février 2027 au musée des Confluences (Lyon 2e) ; de 0 à 12€


Feeling happy

Peinture / L'exposition personnelle de Motoko Tachikawa s'annonce comme un fragment narratif où l'émotion intime un dialogue avec la résilience du végétal. Présentant des œuvres de sa série récente Jardin sauvage, Feeling happy invite à une déambulation imaginaire parmi des éclats floraux. Les frontières du réel se dissolvent dans une matière onirique, instaurant un décalage subtil entre couleurs et lignes. Au cœur de cette démarche : une libération esthétique et la trace d'une écriture sensible, cherchant à traduire la vibration du regard.
FM

Motoko Tachikawa, Feeling happy , encre pigmentée, 76x60 cm

Feeling Happy par Motoko Tachikawa
Du 11 au 30 avril 2026 à la galerie 48 (Lyon 1er) ; entrée libre


Frédéric Cordier, Drill Baby !

Estampes / Artiste canado-suisse né à Montréal en 1985, Frédéric Cordier a créé de nombreuses estampes à l'URDLA, déployant sur de grands, voire de très grands formats, ses paysages industriels imaginaires, ses usines figées, ses paysages urbains nocturnes éclairés de quelques feux d'artifice... C'est par petits points, par petits traits ou par petites formes géométriques que Cordier compose ses paysages, leur insufflant une fragilité à l'image de nos sociétés industrielles et urbaines contemporaines. On attend avec impatience de découvrir ses nouvelles œuvres à l'URDLA qui lui consacrera une exposition monographique ce printemps.
JED

Frédéric Cordier, Crust 2, 2024, linogravure, 120 x 160 cm

Frédéric Cordier, Drill Baby !
Du 25 avril au 4 juillet 2026 à l'URDLA (Villeurbanne) ; entrée libre