Rencontres autour du film ethnographique : voyage au bout de la nuit

Festival | Pour leur 23e édition, les Rencontres autour du film ethnographique se focalisent sur le thème alléchant de la nuit. Et proposent, du vendredi 8 au lundi 18 novembre, une programmation d’une époustouflante diversité dans son contenu mais également sa forme.

Damien Grimbert | Mardi 5 novembre 2019

Photo : Droits réservés


On ne va pas se mentir. Pour le néophyte, un festival dédié au film ethnographique peut a priori sembler une proposition un peu pointue, voire intimidante. Ce dont a parfaitement conscience Jacopo Rasmi, coordinateur du festival aux côtés de Nina Moro : « On est très attentifs à cette notion d'accessibilité : on essaie de construire une programmation très variée, pour permettre au public d'entrer dans le festival avec des films immédiatement abordables pour ensuite transiter vers d'autres formes de cinéma plus exigeantes ou expérimentales. Il y a vraiment l'idée d'accompagner chaque spectateur, à la fois par le biais d'intervenants, qui vont pouvoir créer une forme d'échange entre le film et le public, et par la création de moments de convivialité où l'on peut boire un verre, manger, discuter de manière informelle… ». À ce titre, l'espace du Train Fantôme de la compagnie Ici Même, à côté de l'Estacade, se transformera le temps du festival en une sorte de quartier général permanent pour accueillir le spectateur.

Errances nocturnes

Thématique centrale autour de laquelle s'articule la programmation de cette nouvelle édition, la nuit présente pour l'équipe du festival des intérêts multiples : comme l'explique Jacopo Rasmi, « c'est un thème intéressant pour explorer les formes de socialité nocturne, les espaces et les communautés de la nuit, sous un angle qui peut être anthropologique, sociologique ou politique. Mais ce qu'on voulait aussi mettre en avant, c'était la question de l'esthétique visuelle et sonore de la nuit : les noirs, la lumière, la pénombre par exemple, d'un point de vue cinématographique, c'est assez passionnant ». Soit amplement de quoi construire une programmation extrêmement vaste, riche, diverse et foisonnante en termes d'expériences proposées. La place nous manquant pour disséquer cette dernière plus en détail, on se contentera donc d'en souligner quelques temps forts, comme l'exploration nocturne vendredi 8, la journée « Brunch, écoutes et performances » dimanche 10, les soirées « Nuit Zéro » et « Petites Formes XXL » mercredi 13 et jeudi 14, ou encore le focus sur la documentariste Yolande Zauberman vendredi 15 et samedi 16.

Rencontres autour du film ethnographique
Dans divers lieux du vendredi 8 au lundi 18 novembre

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"M" : maudite communauté ultra-orthodoxe

ECRANS | De Yolande Zauberman (Fr, 1h46) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Israël. Ancien enfant-chanteur, Menahem a été abusé sexuellement par plusieurs membres de sa yeshiva. L’homme qu’il est devenu s’est éloigné de la religion et de sa famille. Quinze ans plus tard, il revient dans le quartier orthodoxe de Bnei Brak pour faire la lumière sur ce passé occulté... Comme en écho au Grâce à Dieu de François Ozon, la documentariste Yolande Zauberman met ici en accusation le silence coupable d’une communauté qui, par omission ou au nom d'une solidarité aveugle revendiquée par de supposées traditions, a laissé commettre non pas un mais plusieurs crimes pédophiles. Son immersion documentaire dans Bnei Brak accompagne Menahem entre élégie et résilience sur le difficile chemin de la révélation et de ses réconciliations. Dans le même temps, elle révèle une invraisemblable quantité de tabous comme l’obscurantisme régnant autour des questions intimes chez les ultra-orthodoxes – la méconnaissance du sexe opposé n’en constituant que la surface. Heureusement, il semble qu’une nouvelle gé

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Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision "exotique" de l’ethnographie  »

Festival | Fortes d’une programmation aussi dense que variée, qui s’étend du vendredi 9 au dimanche 25 novembre dans plus d’une douzaine de lieux différents, les XXIIe Rencontres autour du film ethnographique veulent également s’ouvrir à un public plus large, comme nous l’explique Jacopo Rasmi, l’un des trois coordinateurs du festival.

Damien Grimbert | Mardi 6 novembre 2018

Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision

Comment définiriez-vous l’objectif de ces Rencontres ? Jacopo Rasmi : Il s'agit de construire une alliance entre le support filmique, notamment le cinéma documentaire, et toute une série de questionnements qui se situent plus dans le champ des sciences sociales : l’ethnologie et l’anthropologie bien sûr mais aussi la sociologie, la réflexion politique…On essaie ainsi de choisir des thèmes – le corps l’année dernière, la ville cette année… – qui sont propres à la fois au cinéma et aux sciences sociales. Vous proposez donc une vision assez ouverte du cinéma ethnographique… En effet : tout le cinéma documentaire, qui est notre champ d’action privilégié, consiste à filmer des formes de vie, des gestes culturels, des manières de vivre… Et ça tombe tout de suite dans un domaine qui peut être celui de la réflexion anthropologique ou sociologique avec des questionnements autour des êtres humains, des sociétés, de la manière dont on vit ensemble, des variations entre nos modes de vie… Pour nous, la relation entre cinéma et ethnographie e

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Rencontres autour du film ethnographique : filmer l’autre pour (mieux) le comprendre

Festival | Zoom sur la 21e édition du célèbre festival grenoblois prévue du lundi 13 au dimanche 19 novembre.

Alice Colmart | Mardi 7 novembre 2017

Rencontres autour du film ethnographique : filmer l’autre pour (mieux) le comprendre

Le cinéma et l’anthropologie sont nés avec une ambition commune : appréhender et affiner notre connaissance du monde dans toute sa diversité. Depuis 1996, l’association grenobloise Oasis (Œuvres artistiques et scientifiques / individus et sociétés), qui travaille à la promotion de projets mêlant ces deux domaines d’activité, propose ses Rencontres autour du film ethnographique dans différents cinémas (le Méliès, Mon Ciné, la Cinémathèque...) et lieux (le campus, le 102...) de l'agglo. Une semaine de projections durant laquelle les spectateurs sont poussés à s’interroger grâce à divers films récents comme Appunti del passaggio, évoquant le parcours des migrants du sud vers le nord de l'Europe ; Go Back sur l’accueil des réfugiés ; ou encore La couleur du caméléon racontant le parcours d’une migrante homosexuelle. « Cette année, on parle des "corps en passage" » nous explique Nina Moro, coordinatrice du projet. « On souhaitait s’attaquer à l’actualité en évoquant la migration via le corps et ce que l’on a à l’intérieur de soi. »

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L’art est un jeu d’enfant

ARTS | Quand une maison de ville (celle occupée par le collectif Ici-Même) se transforme en véritable terrier, on se régale avec plaisir. Une aventure orchestrée par quatre étudiants, à vivre le temps d’une soirée ludique et culturelle. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 22 février 2013

L’art est un jeu d’enfant

Lorsqu’un lieu atypique et confidentiel invite des élèves en école d’art à investir son espace, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. Car les étudiants, aussi affables soient-ils, sont comme tous les êtres humains : différents les uns des autres. Comprendre que si certains ont dès le début un propos construit et passionnant, d’autres, quand on leur laisse le champ libre, tombent trop souvent dans l’intellectualisme low cost couplé à une conscience accrue que "franchement, le monde, il ne va pas bien du tout, et que moi, je vais vous le montrer". On se rendait donc avec curiosité et appréhension au Train Fantôme, maison nichée au cœur du quartier de l’Estacade, aujourd’hui animée par le collectif Ici-Même. Un collectif qui a ainsi donné carte blanche à quatre étudiants (Louis Emauré, André Guiboux, Elsa Ledoux et Hervé Priou) bossant entre Grenoble et Bruxelles. Et force est de constater que le résultat de ce chantier mené sur trois semaines est surprenant. Comme des lapins dans un terrier Refusant la traditionnelle monst

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Du répit pour le Train Fantôme

CONNAITRE | En février dernier, nous nous intéressions au cas du Train Fantôme, lieu honorant une culture multiforme (résidences, expos, rencontres...) dont les jours semblaient comptés. Mais les choses ont évolué...

Aurélien Martinez | Jeudi 12 avril 2012

Du répit pour le Train Fantôme

La compagnie grenobloise Ici-Même, qui occupe le Train Fantôme (quartier de l’Estacade) mais dont le bail semblait menacé (retrouvez notre article en suivant ce lien), est heureuse, comme elle nous le fait savoir: "Ouf ! Nous ne sommes pas mis à la porte ! En décembre dernier, la ville nous annonçait son intention de vendre le bâtiment et de ne pas renouveler notre convention (soit trois mois avant la fin de la dite convention). Nous avons finalement rencontré le nouveau directeur des affaires culturelles de la ville de Grenoble. La mairie renouvelle notre convention – soit une convention d'occupation précaire d'un an, renouvelable dans la limite de trois années et révocable chaque année avec un préavis de trois mois – nous sommes bien sûr soulagés de ne plus être dos au mur, mais notre situation reste fragile..." On suivra donc l'évolution du dossier avec soin...

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La Maison hantée

CONNAITRE | Le Train Fantôme est un lieu sympa et décalé, honorant une culture multiforme en synergie avec ses murs : résidences, expos, rencontres... Malheureusement, ses jours sont comptés : la compagnie Ici-Même doit plier bagage. Retour sur ses heures sombres comme ses heures fastes, et tentative de compréhension. Laetitia Giry

Aurélien Martinez | Mardi 7 février 2012

La Maison hantée

Article mis à jour en avril 2012 (voir ci-dessous) Peut-être ne connaissez-vous pas le Train Fantôme. Situé dans le quartier de l’Estacade – cet après Championnet qui accueillait la Bobine jusqu’à son déménagement en 2010, et peut se vanter de proposer le plus vaste marché grenoblois –, le lieu dessine un angle entre la rue Nicolas Chorier et le passage du train. Son nom, il le doit donc à la fois aux passages incessants des locomotives qui font trembler ses murs frêles en envahissant l’espace d’un bruit sourd, qu’à son emplacement : discret mais propice à se faire poste d’observation. Petite maison de 110 m2 aux nombreuses portes-fenêtres agrémentée d’un petit jardinet, le Train fantôme est la planque idéale : à vue, transparente, mais invisible pour qui ne la cherche pas. Train Fantôme, origines Au commencement : pas de coup de foudre. La compagnie Ici-Même (compagnie grenobloise qui fêtera ses vingt ans l’année prochaine) est délogée du Brise-glace (comme toutes les autres compagnies occupant ce squat du quartier Bouchayer-Viallet). La Ville de Grenoble lui met ce lieu à disposition contre redevance (loyer, mais d’aucuns sont pointilleux sur

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Constellation

ARTS | Le week-end dernier, dans le cadre des Rencontres-i, le collectif grenoblois Ici-Même a proposé diverses marches urbaines partant de différents points de (...)

François Cau | Lundi 3 octobre 2011

Constellation

Le week-end dernier, dans le cadre des Rencontres-i, le collectif grenoblois Ici-Même a proposé diverses marches urbaines partant de différents points de l'agglomération pour toutes converger aux Moulins de Villancourt. Des Moulins qui, depuis mi-septembre, sont ainsi le centre névralgique du collectif, ce dernier y présentant jusqu'au 13 octobre une exposition-installation « reliant l'intérieur à l'extérieur, à traverser, regarder et écouter ». Soit, entre autres, une immense sculpture évolutive convoquant les tuyaux qui ont servi aux marches. À noter que tous les jours jusqu'au vendredi 8 octobre, à 19h, aura lieu une « manipulation in situ des matériaux de Constellation », manipulation chaque jour différente. Pour finir, le jeudi 13 donc, par un grand « destockage massif » afin de fêter la fin de l'aventure. Avec, entre autres, une braderie de tuyaux !

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A l'aveugle

SCENES |

François Cau | Lundi 30 mai 2011

A l'aveugle

Vendredi 27 mai, 12h30, Échirolles : nous voilà donc embarqués pour un voyage sonore avec le collectif grenoblois Ici-Même (voir article de présentation sur notre site web). Une consigne de départ : se poster au milieu d’une place, les yeux fermés ; quelqu’un viendra nous chercher. C’est parti ! En un peu plus d’une heure, nous passerons dans divers endroits de l’espace public, plus ou moins reconnaissables grâce aux différents bruits environnants. Si dans les premières minutes, la tension due à l’absence de vue oblige à s’abandonner progressivement au bras de son accompagnateur (démarche plus ou moins difficile selon le degré de confiance que chacun peut accorder à un inconnu), une fois l’appréhension passée, le « concert de ville » prend littéralement tout son sens, notamment grâce à divers stratagèmes mis en place par l’équipe – que nous ne dévoilerons pas ici, bien évidemment. En résulte alors une aventure originale et déconcertante (même si on aurait aimé aller encore plus loin dans l’expérience), à vivre vendredi 3 et samedi 4 juin à Pont-de-Claix, soit en plein week-end de l’ascension : nous qui pestons souvent contre l’absence d’évènements culturels pendant les vacances

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