Les Nuits de Fourvière jouent les poids lourds

Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par le théâtre romain de Fourvière. Benjamin Mialot

Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4 500 spectateurs du théâtre antique qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing.

Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non-sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant).

Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de Balthazar et la country hétérodoxe de Lambchop – programmé au Musée des confluences, il y avait un piège.

Du grand spectacle

Côté arts de la scène, les choses sont moins binaires, des adieux à la scène de la danseuse Sylvie Guilhem, le temps de quatre petites formes chorégraphiées par autant de pygmalions (Khan, Maliphant, Ek et Forsythe, parmi tant d'autres qu'elle a croisés en près de 40 ans de carrière) à Cuisine et confessions, la dernière création des virevoltants 7 Doigts de la main en passant par les Beaumarchais en mode bucolique de la désopilante compagnie Marius.

S'il ne fallait toutefois retenir qu'un spectacle, ce serait celui de Bartabas, conçu au lendemain, forcément difficile, des attentats de janvier. Antithèse de Calacas, qui célébrait la mort dans toute sa fantaisie voilà deux ans, On achève bien les anges est autant une démonstration de virtuosité équestre qu'une réflexion crépusculaire sur la finitude des choses. Un équilibre entre souci d'accessibilité et quête de sens que tout festival se devrait de rechercher.

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