20 ans du Vertigo : vertige de la nuit

20 ans du Vertigo

Le Black Lilith

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Story / Et là, beaucoup de Grenoblois (ceux qui n’ont plus vingt ans depuis un moment) vont prendre un coup de vieux en apprenant que le Vertigo, mythique petit club du centre-ville, a 20 ans ce mois-ci. 20 ans, oui. Avant de fêter ça en grandes pompes pendant trois soirs (notamment avec la légendaire Miss Kittin), on est allés interroger son fondateur Camille Bahri, histoire de recueillir ses confidences sur autant d’années de fête, d’électro et de clubbeurs.

« J'ai fait mes études aux États-Unis, à Los Angeles. À l'époque, en 1986, il y avait au centre-ville une grande boîte qui s'appelait le Vertigo – ils étaient 40 à la sécurité pour vous donner un ordre de grandeur. C’était le club à la mode dans lequel venait tout le gratin de LA. L'accès y était assez difficile, je me suis fait refouler quelques fois avant que l'on m'accepte. Une fois rentré, j'ai adoré ! J'ai gardé ce nom en tête, ça sonnait bien pour un club. Je m'étais toujours dit que si un jour j'avais la chance d'ouvrir un établissement, je l’appellerais Vertigo. »

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C’est dans son Vertigo vide de monde (pour cause, il est 14h), sur une banquette défraîchie à deux pas des platines du DJ, que l’on rencontre l'imposant Camille Bahri, gérant de la boîte de nuit grenobloise depuis son ouverture il y a 20 ans. « Avant, j’étais déjà dans le monde de la nuit grenobloise – au Phoenix, au Drac Ouest, au Progrès qui est devenu le XIII… Un jour, j’ai appris qu’une boîte qui s’appelait la Fièvre était vendue aux enchères. On l'a achetée avec mon associé Alexandre Peyrot et c’est devenu le Vertigo. » Voilà pour l’historique. L’ouverture a eu lieu le 20 juin 1997. Le début d’une aventure.

« Faire venir les grands DJs »

Une boîte de plus à Grenoble en 1997 donc, mais une boîte légèrement différente. « J'ai connu l'électro au début des années 1990 : à l'époque, les gens comme moi étions considérés comme des extraterrestres. Cette musique était marginale. En regardant autour de nous, on est arrivés à la conclusion qu'à Grenoble, il y avait déjà assez de boîtes traditionnelles et qu'il fallait en créer une, on ne va pas dire électro mais juste à part, dans laquelle la tendance électro et techno dominerait. »

Un choix qui allait dans le sens de l’histoire de la ville. « À partir de 1993-1994, la scène électro grenobloise a commencé à monter, avec des DJs comme The Hacker, Oxia, Kiko, Miss Kittin… Quand nous avons ouvert en 1997, ça a été un plus pour nous. Jean-Marc Roche, mon DJ résident de l'époque, était très branché sur ces musiques. On avait ainsi une connaissance assez précise du monde électro, on avait les bons contacts pour faire venir les grands DJs. »

D’où le listing impressionnant de stars (en plus de celle déjà citées) que le Vertigo peut se vanter d’avoir accueillies. « Laurent Garnier est venu jouer ici deux fois – je voulais même le faire revenir pour les 20 ans mais ça n’a pas été possible ; Jeff Mills est passé en 2004 lors d'une petite tournée européenne ; David Guetta est venu pour les 7 ans du Vertigo… » On peut aussi évoquer, en vrac, Paul Johnson, Green Velvet, Cassius, Felix Da Housecat, Joachim Garraud, David Carretta, Brodinski, DJ Paulette, Teki Latex… Oui, ça claque, surtout pour un petit club ne pouvant officiellement accueillir que 250 personnes.

« Passer la main »

20 ans donc. En 1997, Camille Bahri ne devait pas imaginer que le Vertigo serait encore là en 2017… « En effet. En tout cas je suis fier de ce que nous avons pu faire. Je dis nous car tout ce que j’ai pu faire au Vertigo, ça a été avec mon équipe. D’ailleurs, beaucoup sont restés des années et des années au Vertigo. Il y en a même trois qui sont là depuis le début, ce qui est rare dans le métier. »

Les 20 ans seront l’occasion de marquer le coup avec force, sur trois soirs. Même si, on l’a senti dès les premiers mots échangés, cet anniversaire ne masque pas le fait que Camille Bahri n’a plus la motivation des débuts. Il pense même à vendre le club. Il a vu Grenoble changer (le fait que les bars puissent maintenant ouvrir jusqu’à deux heures du matin lui a fait du mal – « aujourd’hui, les gens viennent de plus en plus tard au Vertigo »), il a vu arriver la Belle électrique et sa force de frappe immense (« elle nous a fait beaucoup de tort avec ses soirées techno qui visent une bonne partie de notre clientèle »), il a vu le public changer (« on s’est adaptés, on est maintenant sur un style d’électro plus festif, moins puriste »)…

« Honnêtement, on est en baisse en chiffre d’affaires, en perte de vitesse, la fréquentation est très aléatoire. L’établissement a vieilli, il faudrait de l’investissement. Mais il y a tellement une absence d’engouement pour la vie nocturne à Grenoble que ça ne me motive pas à voir plus loin. Je pense que j’ai fait le tour de la chose ; j’ai eu des soucis de santé, à un moment il faut passer la main. » Mais l’histoire étant toujours pleine de surprises, peut-être qu’un anniversaire réussi pourrait le faire changer d’avis…


Repères

Inauguration : vendredi 20 juin 1997

Capacité d’accueil : 250 personnes (pour 220 mètres carrés)

Personnes qui travaillent au Vertigo : 10

Jours d’ouverture : du mardi au samedi + veille de fête de minuit à 5h30

Tarifs : gratuit du mardi au jeudi (sauf soirée spéciale) ; gratuit pour les filles le vendredi (sauf soirée spéciale) et 10 euros avec une conso pour les garçons ; 10 euros avec une conso pour tous le samedi

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