"Au bout du monde" : Kurosawa sous le ciel de l'Ouzbékistan

Au bout du monde
De Kiyoshi Kurosawa (2019, Jap/Ouz, 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani...

De Kiyoshi Kurosawa (Jap.-Ouz.-Qat., 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani…

Présentatrice d’une émission japonaise de découvertes géographiques, Yoko est en reportage en Ouzbékistan. Aux nombreuses difficultés pimentant son tournage s’ajoute une mélancolie intime qui l’occupe hors caméra. Samarcande et Tashkent sont si loin de Tokyo…

Tout comme les compatriotes de sa génération et des suivantes, tels Kore-eda ou Kawase, Kiyoshi Kurosawa manifeste une certaine porosité à l’Occident tranchant avec l’esprit d’insularité ordinairement attribué aux artistes nippons. Deux ans après son escapade parisienne pour Le Secret de la Chambre noire, il jette son dévolu sur l’Ouzbékistan, plus proche géographiquement du Japon mais porteur d’un exotisme mystérieux. Et même si ce film est sans le doute le plus étranger au genre fantastique qu’il ait jamais réalisé, Au bout du monde se trouve traversé par une impression de bizarrerie et de déphasage constants.

Ce trouble n’a rien de surnaturel : Yoko ne parlant pas l’ouzbek, éprouvant le manque de son fiancé, ambitionnant une carrière de chanteuse plutôt que de présentatrice, subissant un tournage compliqué et devant de surcroît feindre la félicité suprême devant l’objectif, a bien des raisons d’être désorientée. Le seul expédient à ce sentiment d’égarement, elle le trouve dans l’errance physique, à l’occasion de balades solitaires et souvent nocturnes, qui la recentrent. Éloge de la perte (parce qu’elle amène les retrouvailles), chasse au Snark ouzbek, mise en boîte des programmes télé standardisés et hommage inattendu à Édith Piaf, ce voyage en terre inconnue est un retour heureux à une sérénité intérieure.

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Mardi 25 mars 2014 Après "Shokuzai", Kiyoshi Kurosawa ose la fable d’anticipation tout en conservant son style intimiste, bavard et glacé, désormais pleinement maîtrisé. Dommage qu’il ne le tienne pas jusqu’au bout de ce "Real" souvent passionnant. Christophe Chabert

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