Pierre-Emmanuel Barré : « J'en avais un peu marre du stand-up tout seul avec mon micro »

Pierre-Emmanuel Barré

Summum

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Humour / Avec "Pfff…", l’humoriste acerbe Pierre-Emmanuel Barré propose une fausse conférence où son humour noir et vulgaire se fait autant politique que cathartique. On lui a posé quelques questions avant son passage par le Summum samedi 3 décembre.

Après Pierre-Emmanuel Barré est un sale con (2011) et Nouveau spectacle (2017), vous voilà en tournée avec Pfff... Pourquoi ce titre énigmatique et moins explicite que les précédents ?

Pierre-Emmanuel Barré : Tout simplement parce que je suis nul en titre et que je regrette les titres de mes précédents spectacles ! Pierre-Emmanuel Barré est un sale con, à la fin, ça ne correspondait plus à rien ; Nouveau spectacle encore moins. Alors, pour celui-ci, je me suis dit qu’en choisissant une onomatopée, je prenais moins de risques. Pour l’instant, je ne le regrette pas, et je trouve même qu’il fonctionne bien puisqu’il est finalement assez en accord avec la vision de la société que je propose sur scène : un peu cynique, désabusée…. D’ailleurs, peut-être même que le prochain spectacle s’appellera "Roooo" ou quelque chose comme ça !

Noir, vulgaire, désabusé, pipi-caca, politiquement incorrect, anarchiste… De nombreux qualificatifs sont utilisés pour définir votre humour. Vous conviennent-ils ?

Oui, c’est un peu de tout ça… Après, je n’aime pas trop être dans des cases car quand on est dans une catégorie, le public n’attend plus que ça. Pendant longtemps, à cause de mes chroniques sur France Inter et Canal +, j’ai été cantonné à m’assoir dans un canapé et dire "Manuel Valls fils de pute". Les gens étaient déçus si je ne le faisais pas ! Depuis, ça s’est un peu calmé avec le Journal du confinement sur internet dans lequel j’ai proposé des choses très différentes – de l’absurde, des courts-métrages, des conneries comme ça… Mon public s’est habitué et maintenant, j’ai le droit de faire autre chose sans que les gens soient mécontents, ce qui est plutôt chouette !

Votre humour est aussi politique lorsque, sur scène, vous abordez par exemple le sexisme, les violences policières ou encore la condition animale… 

Oui, même si, avec les années, j’essaie d’être un peu moins sur l’actu politique – j’ai l’impression d’en avoir fait le tour – mais plutôt sur de la politique sociale, avec un P majuscule on va dire comme on le fait tous, tous les jours, en choisissant ce qu’on mange, comment on vit…

Plus que politique, l’adjectif qui vous correspond est peut-être engagé…

Oui, engagé, sûrement. Après, je pense que tous les humoristes le sont plus ou moins.

Mais vous êtes engagé sur les questions progressistes, à l’inverse par exemple d’un Gaspard Proust…

Oui, voilà (rires) ! C’est vrai que je suis peut-être un peu plus woke que lui !

Pour ce spectacle, vous avez choisi la forme de la conférence que vous détournez. Cela vous permet une grande liberté ?

Exactement. Ça permet de changer de sujet très rapidement sans s’embêter avec les transitions : chaque nouveau slide est un nouveau problème, c’est très pratique. Et puis j’en avais un peu marre du stand-up tout seul avec mon micro. J’ai commencé ma carrière dans le théâtre, j’avais envie de retrouver le côté un peu théâtral avec le pupitre, la mise en scène, une sorte de personnage très professoral… C’est très agréable à jouer, et beaucoup moins stressant que le stand-up !

En un peu plus de dix ans de carrière, vous avez fédéré un public fidèle. Vous questionnez-vous sur qui sont vos fans, pourquoi rient-ils ? Ou ce n’est pas votre problème ?

J’ai de la chance, je pense que j’ai un public qui est plutôt d’accord avec moi. Bien sûr, lors de mon Journal du confinement où je disais du mal d’Emmanuel Macron pendant 58 jours, j’ai récolté quelques petits Zemmour et trucs comme ça. Mais vu qu’ils n’ont pas beaucoup d’humour, ils sont vite partis, surtout en voyant mes sketchs sur Zemmour !

Diriez-vous que votre humour a un effet cathartique sur votre public ?

Oui, les gens me disent beaucoup que ce que je dis a un effet agréable sur eux. Je vis ça aussi quand, par exemple, Philippe Poutou dit à François Fillon en direct à la télé que c’est un voleur : ça me fait plaisir quelqu’un qui parle fort en disant ce que je pense. Donc je comprends bien ce que peut ressentir le public !

Pfff… samedi 3 décembre au Summum ; de 22€ à 28€

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