Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

François Cau | Vendredi 17 septembre 2010

Hors-la-loi cherche, à la manière d'Il était une fois en Amérique de Sergio Leone ou de L'Armée des ombres de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans Indigènes, n'arrive ici qu'à un résultat péniblement académique. Les personnages n'ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c'est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l'ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n'est qu'un plagiat ridicule de celle de Dark Knight. Les acteurs s'expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d'action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l'ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c'est quand Bouchareb fait de gros clins d'œil à l'actualité, comme cette pub Karcher vintage placardée dans le métro. Si Hors-la-loi était irréprochable, on pourrait sourire. Mais comme il n'est qu'un blockbuster foireux façon Germinal, on en vient presque à éprouver de la sympathie pour le camp d'en face. Un exploit ! CC

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La Voie de l’ennemi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-ÉU, 1h58) avec Forest Whitaker, Harvey Keitel, Brenda Blethyn…

Christophe Chabert | Mardi 6 mai 2014

La Voie de l’ennemi

Remake contemporain de Deux hommes dans la ville de José Giovanni, La Voie de l’ennemi remplace la ville française par un désert américain à la frontière mexicaine et ne s’intéresse qu’à un homme sur deux, un prisonnier condamné pour le meurtre d’un Marshall qui, à sa libération, tente de retrouver le droit chemin guidé par sa conversion à la religion musulmane. Mais, dans ce sud de l’Amérique frileux entre lutte contre l’immigration clandestine, économie mafieuse et trauma post-11 septembre où l’Islam est le nouvel ennemi d’une Nation en guerre, le criminel repenti devient suspect désigné d’un shérif rancunier. Bouchareb avance donc sa thèse avec une lourdeur éléphantesque et un académisme plombant où chaque scène est annexée au propos développé, laissant de côté toute tension dramatique. Le cinéaste n’a par ailleurs aucun sens du contre-emploi, chaque acteur venant faire peu ou prou ce qu’on attend de lui – Whitaker joue la victime, Keitel le flic obsédé, Blethyn la bonne âme désarçonnée, Guzman le bad guy latino… On se croirait face à un vieux téléfilm rempli de clichés et de chromos sur une Amérique que Bouchareb investit pour mieux lui cra

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